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Full text of "Bulletin de la Commission royale d'histoire = Handelingen van de Koninklijke Commissie voor Geschiedenis"

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ACADÉMIE KOYALE DE BELGIQLE. 



COMPTE Wm DES SÉAKCES 



COMMISSION ROYALE D'HISTOIUE, 



KKCllEIL DE SES BULLETINS. 



TBOISIÉME SERIE. 



TOMK DIXIÈME - M"' BILLETIN 



% 







BULiXELLES, 



IMPKlMELIî DK L ACADÉMIE l'.OYALF. 



1869 



TABLE DES MATIERES. 



Séaiire dti II janvier IH('>9. 

CoRUEsi'OJîUANCE. — Dépt'clic dc M. k' Ministre de rintéricur (Iciiian- 
(laiU l'avis de la Commission sur une requête de M. Emile Varen- 
bergli i21I 

Kiivoi, par M. Vaii Sclioor, de cartes d'entrée à la trilmnc du Sénat. 21-2 

Knvoi, par le Comité d'histoire nationale, à Turin , du tome XII des 
Monumcnla fiistoriœ patriœ ?//. 

l'o>(Ds DES Chroniques. — État de situation au 31 décembre 186s. ib. 

C'OLLECTioN DES Chromoi'es ET DES Cartdl.vires. — Dépôl sur le 

bureau de la jtremièrc partie du Cartulaire de Cambron. . . . ih. 
Ordre adopté pour les travaux de la Connnission en 1869. . . . 213 
Note de M. Borgnct touchant des difficultés qui se présentent au 

sujet du livre 11 de la Chronique de Jean d'Outremeuse. . . . ib. 

liesolution de la Commission à ce sujet 218 

Détails relatifs à l'histoire de Flandre trouvés par M. le baron Kervyn 

dans un manuscrit de la P.il)liotliè(]ue de Borne ib. 

CoMMLMCATi<)>s. — 1. Lu liibliolliècjue des jirinces (Miigi, à Hume 

(Par M. G.vciiARD.) 21!» 

II. Relation du mariage du duc Charles de Bourgogne et de Mar- 
guerite d'York. (Communiquée par M. le baron Kehvvn , dapié- 

un MS. du Brilisli Muséum.) -V- 

III. .\n:ilee!i',s hisloiiques : quator/iènie série. (Par M. Gmhvrh) H' 



COMPTE RENDU 



DES SEANCES UE LA 



COMMISSION ROYALE D'HISTOIKE, 



RECUEIL DE SES BULLETINS 



COMPTE RErSDU 



DES SÉANCES DE LA 



COMMISSIOrS ROYALE D'HISTOIRE, 



RECUEIL DE SES BULLETINS, 



Troisième Série. 



T O m K U I X I E M 10 . 



^-^Xi^f 




BRUXELLES, 



Jl. HAYE/, IMI'IIIMEUU HE L\ »;OMMlSSU)i\ IlOVALE I) IIIS TOinE. 



1869 



COMPTE RENDU DES SEANCES 



DE LA 



COMMISSION ROYALE D'HISTOIRE, 



RECUEIL DE SES BULLETINS. 



TROI.«ilfr:.1IK !«I':RIF. 



TOME DIXIÈME. — Vh^ BILLETIN. 



séance «In 11 janvier tA60. 

Pi^ésents: MM. le baron de Gerlache, président; Gaghard, 
secrétaire; Bop.gnet, le baron Kervyn de Lettenhove. 



Le procès- verbal de la séance du 9 novembre 1868 est 
In et approuvé. 

CORRESPONDANCE. 

M. le Ministre de l'intérieur demande l'avis de la Com- 
mission sur une requête de M. Emile Yareubergb ten- 
dante « à obtenir les moyens de taire des recbercbes dans 
» les archives de Londres et des Cinq-Ports, afin de mener 
» à bien son ouvrage sur les Relations politiques et com- 
y> merciales avec VAnfjlelerre, commencé sous les auspices 
» du gouvernement. » 

Tome x'"% 5"'" série. M 



( "Ai"} ) 

Après mi mùr examen, la Commission délermine le sens 
(le la réponse qui sera faite à M. le Ministre. 

— M. Van Schoor, questeur du Sénat, envoie, par lettre 
du 10 novembre, pour les membres de la Commission , des 
cartes permanentes d'entrée à la tribune réservée de cette 
assemblée pendant la session législative de 1868-1869. 

Des remercîments lui ont été adressés, au nom de la 
Commission , par M. le président. 

— Le Comité d'histoire nationale à Turin annonce qu'il 
vient de publier le tome XII des Monumenta hisinriac 
patriac, et qu'il en tient un exemplaire à la disposition de 
la Commission. 

FONDS DES CHRONIQUES. 

Le secrétaire-trésorier présente l'état de situation du 
fonds des Chroniques à la date du ol décembre 4868. 

La Commission l'approuve et en ordonne l'envoi à M. le 
Ministre de l'intérieur. 

COLLECTION DES CHRONIQUES ET DES CARTULAIRES. 

Le secrétaire dépose sur le bureau la première partie 
du Cartulaire de Cambron, contenant, avec l'introduction 
de l'éditeur, les six premières sections de ce Cartulaire, 
savoir : Pririlerjia lioinanoruni. ponti/icuin , Carlac de 
Camberone , Carlarum de Lambisuele , Cartarum de Ro- 
aeiia, Cartarum de Sloupedic/i. 

Ce volume sera immédiatement distribué aux établisse- 
ments, aux sociétés littéraires et aux personnes qui re- 
çoivent la collection des Chroniques. 

— La Commission s'occupe de délerminer l'ordre de ses 
travaux pendant Tannée I8()î). 



( ^2\o ) 

Elle décide qiie,avaiU de mellre sous presse de nouveaux 
volumes de la collection des chroniques et des cartulaires, 
elle consacrera les fonds dont elle pourra disposer à 
l'achèvement complet de ceux qui sont en cours d'impres- 
sion , savoir : 

Le Cartulaire de Cambron : éditeur, M. le chanoine de 
Smet; 

r.e tome IH des Brabantsche Yeesten : éditeur, M. Bor- 
mans; 

Le tome II de la Chronique liégeoise de Jean d'Outre- 
meuse (le troisième dans Tordre de publication) : éditeur, 
M. Rorgnel; 

La Chronique de Brandon, formant le tome I des chro- 
niques relatives aux ducs de Bourgogne.: éditeur, M. le 
baron Kervyn de Lettenhove; 

Le tome I des Voyages des souverains (les Pays-Bas : 
éditeur, M. Gachard; 

Le tome III de la Table chronologique des chartes et 
diplômes imprimés concernant Thisloire de la Belgique : 
éditeur, M. Alphonse Wauters; 

Le tome I du Cartulaire de Saint -Trond : éditeur, 
M. Ch. Piot. 

— M. Borgnet donne lecture de la note suivante : 
« A la veille de commencer l'impression du livre II de 
Jean d'Outremeuse, je me vois forcé de soumettre à mes 
honorables collègues quelques difficultés qui se présentent, 
cl de demander leur avis sur les moyens que je propose 
d'employer pour en sortir. 

» Dans une séance (du 7 janvier I806) qui suivit d'assez 
près celle où, sur la proposition de notre honorable pré- 
sident, je fus chargé d'éditer l'œuvre du chroniqueur 
liégeois, je fis un exposé des ressources mises à ma dis- 
position pour remplir celte tâche. Nous possédions deux 



( i2l4 ) 

manuscrits appartenant à notre bibliothèque royale : l'un 
de Jean de Stavelot, moine de Saint-Laurent et le con- 
tinuateur de Jean d'Outrcmeuse; l'autre provenant de la 
bibliothèque du comte de Berlaymont de la Chapelle. Des 
quatre livres dont se compose la chronique de Jean d'Ou- 
trcmeuse, il ne peut être question pour le moment que 
des trois premiers; le quatrième doit avoir disparu il y a 
déjà longtemps, et ce que nous en avons conservé se réduit 
malheureusement aux rares extraits que Foullon a consi- 
gnés en marge de son histoire de Liège. 

» Quant aux trois premiers livres, le premier et le troi- 
sième se trouvent dans le manuscrit de Jean de Stavelot 
dont le texte a été, sur ma proposition, adopté pour l'im- 
pression. Reste le deuxième livre, qu'il s'agit de reproduire 
d'après le texte du manuscrit Berlaymont. Le copiste 
n'ayant pas suivi la judicieuse distribution de Jean de Sta- 
velot, qui a fait autant de volumes qu'il y avait de livres, 
la matière des trois livres se trouve là répartie en cinq 
volumes. Au moment où je fis mon rapport, de ces cinq 
volumes la bibliothèque royale n'en possédait que trois : 
le premier, le troisième et le cinquième. Depuis lors, la 
cession, qu'a consenti à faire M. Polain , d'un volume 
acheté, quelques années auparavant, à la vente Simonon, 
a mis ce riche dépôt en possession du quatrième volume : 
ce qui nous a permis déjà de suppléer à la perte d'un 
feuillet contenant le commencement du livre lïl, soit les 
quatre premières pages du volume V déjà publié; il va 
nous servir encore pour le deuxième livre. 

» En effet ce volume, étant le quatrième du manuscrit 
Berlaymont, renferme, avec celui qui le précède, la plus 
grande partie du deuxième livre, qui s'étend de 795 à 1207. 
Nous possédons ainsi un texte authentique pour les années 
postérieures à 825, et il ne reste à combler que la lacime 



( 21o ) 
comprise entre 795 et 825, soit trente ans. Pour cela à 
quels moyens pouvions-nous recourir? 

» J'avais appris que deux manuscrits, provenant de la 
bibliothèque Barrois, avaient passé dans celle de lord 
Ashburnham. L'un est intitulé : La vraie histoire et cro- 
uicque de Liège par Jean cVOutremeusc , arec supplément 
jusqu'en i4l9. Je suis disposé à ne voir là qu'une de ces 
nombreuses compilations qui ne donnent nullement le 
texte de notre chroniqueur, et se contentent de l'analyser. 
Ce qui m'autorise à le croire, c'est le titre d'abord; puis 
l'extrait du catalogue Barrois nous apprend que ce ma- 
nuscrit est du xvIl^ siècle et n'a que 516 feuillets. Or, le 
volume de Jean de Stavelot, comprenant seulement le 
premier livre, se compose de 310 feuillets d'une écriture 
compacte. L'autre manuscrit de lord Ashburnham est in- 
titulé : Chronique métrique de Jean d'Ouiremeuse. A en 
juger par les premiers vers qui sont inscrits au catalogue, 
c'est bien la Geste de Liège, que nous publions comme ap- 
pendice à l'œuvre principale de notre chroniqueur; mais 
cette Chronique métrique s'arrête à saint Hubert, et com- 
prend par conséquent à peine le quart du premier livre con- 
tenu, à peu près en entier, dans le volume que notre prési- 
dent a bien voulu mettre à la disposition de la Commission. 
Le volume 11 dont je termine la publication renfermera le 
texte de la Geste bien au delà de saint Hubert. 11 eût été 
néanmoins intéressant de vérilier si mes suppositions 
étaient fondées, et si le texte, que je crois incomplet, ne 
pouvait pas au moins nous fournir les quelques pages 
manquantes du commencement du deuxième livre. On a 
eu recours à la voie diplomatique, puisa l'intervention de 
personnes honorablement connues : rien n'y a fait, et les 
manuscrits de lord Ashburnham nous restent inaccessibles. 
H existait encore une ressource. Notre savant confrère 
M. Polain possédait jadis un texte de Jean d'Outremeuse, 



( "216 ) ■ 

qui lui a l'ourni le sujet d'un arlicle publié eu 1851 dans le 
MesscKjer des sciences historiques de Gand (vol. H, p. 571). 
Ce texle a passé dans les mains d'un bibliophile liégeois 
qui en a refusé la communication , puis dans celles de 
M. le chevalier de ïheux de Monljardin, qui a suivi cet 
exemple et celui de lord Ashburnham. J'ai exposé, dans une 
lettre du J9 mars 1865 adressée à notre honorable secré- 
taire, les détails de la négociation entamée par moi à ce 
sujet (1). J'ai cru et je persiste à croire que l'État a l'ait assez 
de dépenses pour avoir le droit de compter sur les bonnes 
dispositions des Belges qui pourraient lui venir en aide dans 
une j)ublication aussi coûteuse; je n'ai pas voulu et je ne 
veux pas encore proposer de consacrer trois mille francs 
à l'acquisition d'un texte incomplet, d'un texte où nous 
n'avons à prendre qu'un fragment d'histoire légendaire. 

» Dans cet état des choses, voici, à mon avis, ce qui 
reste à faire. La Bibliothèque royale possède encore un 
volume manuscrit, coté du n" 10465, dont le relieur a fait, 
par une erreur singulière, le volume IV de Jean d'Outre- 
meuse, au lieu du volume II. Je l'ai signalé dans mon rap- 
port du 7 janvier 1856, et j'avoue l'avoir un peu surfait : 
c'était dans l'espoir de ne pas éveiller l'esprit de spécula- 
tion, en n'ébruitant pas l'embarras où nous pouvions nous 
trouver. J'ai dû enhn l'examiner avec soin, et je vais con- 
signer ici le résultat de cet examen. 

» Ainsi que je l'ai déjà dit, ce volume n'est pas de 
Jean de Stavelot, quoiqu'il ait été rangé parmi les volumes 
qu'il a copiés; mais il doit avoir était fait sur le volume JI, 
qui manque dans l;i copie de ce continuateur de notre Jean 
d'Outremeuse. Pour me rendre compte de la manière dont 
la besogne avait été accomplie, j'ai pris les volumes III 

(1) Bullelins, o" série, I. V, p, 35. 



( ^2n ) 

et IV du manuscrit Uerlaymoiit, et avec Taide du lils de 
noire savant conlière M. Bormans, conservateur adjoint 
des archives de l'État à Liège, je suis arrivé à un résultat 
plus satisfaisant que celui auquel je m'attendais, car je ne 
|jrévo}ais pas trouver là autre chose qu'une compilation. 
Dans ce manuscrit 10465, que le copiste annonce comme 
renfermant le deuxième livre de la chronique de Jean d'Ou- 
tremeuse, il y a 587 feuillets. En commençant ma collation 
avec les volumes III et IV du manuscrit Berlaymonl par les 
dernières pages, je suis parvenu au folio 114 sans rencontrer 
de lacunes : le texte, quoiqu'un peu modernisé, est bien au 
fond celui de Jean d'Outremeuse. A ce folio 114 commen- 
cent des lacunes, qui sont le fait d'un copiste postérieur. 

» En effet, au r'4r°, après le récit d'une invasion du duc 
de Gueidre en Condroz, on lit : « Je ne shîs d'opinion d'ici 
» escripre touttes ces guerres, qui semblent plutost avoir 
» esté escriptes par Johan d'Oullremeuse et damp Johan de 
» Stavelot, pour en avoir passe-temps en les lisant, qu'uli- 
» lité ou édihcation, lequel passe-temps se pouldroit faci- 
» lement et avec moins de paines recouvert, pour quelque 
» peu d'argent qu'on donneroit aux libraires, en achaplant 
» ces histoires auprès d'eux tant fréquentes, qui ne diflè- 
» rent guères à celles ici escriptes, assavoir de Charleman- 
» gne, Doolin, Ogier, les quatre (îlz Aymond et semblables. » 

» Ainsi, pour la lacune signalée plus haut, qui comprend 
les années 795 à 826, nous n'avons qu'un texte écourté. 
Mais puisque , malgré nos démarches , nous ne pouvons 
nous en procurer un meilleur, voici l'alternative qui se 
présente : Faut-il renoncer à publier la partie de la chro- 
nique de Jean d'Outremeuse comprise entre les années 
795 et 826, parce que nous n'en possédons pas un texte 
pur? Faut-il, au contraire, ne trouvant pas mieux, com- 
bler cette lacune avec le texte du manuscrit 10465, sauf 
à informer le public de la valeur exacte de ce texte? La 



(218 ) 

chose me paraît assez importante pour que je ne puisse 
décider à moi seul. » 

La Commission, ayant délibéré sur la question qui lui 
est soumise par M. Borgnet, se prononce pour la publication 
du texte de d'Outremeuse tel que le contient le manuscrit 
n° 10465 de la Bibliothèque royale, et autorise M. Borgnet 
à le faire copier. 

— M. le baron Kervyn fait connaître que, dans un 
manuscrit de la bibliothèque de Berne, qui lui a été com~ 
muniqué et d'où il a tiré la cfironique relative aux ducs 
de Bourgogne de laquelle il a entretenu la Commission à 
sa précédente séance, il a trouvé, sur les événements ar- 
rivés en Flandre antérieurement à la mort du comte Louis 
de Maie, des détails très-intéressants, et qu'il a cru de- 
voir faire copier cette partie du manuscrit, avant de le 
renvoyer à Berne, pour que l'éditeur du Corpufi chronico- 
rii.m Flandriae puisse y donner place dans ce recueil. 

La Commission remercie M. Kervyn du soin qu'il a pris, 
et approuve la dépense qui en est résultée. 

COMMUNICATIONS. 

M. Gachard communique une notice intitulée La Biblio- 
thèque des princes Cliigi, à Rome. 

La Commission en ordonne l'insertion au Bulletin, ainsi 
que d'une nouvelle série (la XIV') {ÏAHalcctcs historiques 
présentée par le même membre. 

— M. le baron Kervyn communique une Relation du 
mariage du duc Charles de Bourgogne et de Marguerite 
d'York, d'après un manuscrit du Brilisch Muséum, avec 
un sommaire en français. 

Ce document sera également inséré au Bulletin. 



' ( 219 ) 



COMMUNICATIONS. 



I. 

La Bibliothèque des princes Chigi , à Rome. 
(Par M. Gaciiaru, nienilire de la Commission.) 



La bibliothèque des princes Cbigi doit sa fondation au 
pape Alexandre VII (Fabio Chigi), qui fut élu le 7 avril 1 655 
et mourut le 22 mai 1G67. Ce pontife aimait les sciences 
et les lettres; il se plaisait à s'entretenir avec des per- 
sonnes doctes sur la poésie, sur l'histoire, sur la politique; 
il composa même, à l'exemple de son prédécesseur Ur- 
bain YIII, des vers latins qui furent imprimés au Louvre, 
en 1656, sous le litre de Philomalhi M usae juvéniles, et 
que le public accueillit avec estime. 11 avait un goût pro- 
noncé pour les livres et les manuscrits, pour ces derniers 
surtout, au point que, selon un contemporain , l'hommage 
d'un manuscrit était pour les prélats un moyen assuré de 



( no ) 

lui l'aiic leur cour (1). Le lail est qu'il rassembla des uns 
et des autres une collection considérable, qui s'augmenta 
de celles du prince iVgostino et du cardinal FlavioChigi,scs 
neveux, et qu'ont encore accrue les acquisitions successives 
des princes de sa maison. 

Aujourd'bui la bibliotbèque Chigi se compose de 16,000 
volumes imprimés et de plus de 5,000 manuscrits. 

Le catalogue des livres imprimés est l'ouvrage du savant 
Assemani; il porte pour titre : « Catalogo délia biblioteca 
» Chigiana, giusta i cognoini degli autori ed i titoli degli 
» anonimi, coll' ordine alfabetico disposto, sotto gli auspicj 
» deir Eminentissimo Reverendissimo prencipe Flavio 
» Chigi, délia S. R. C, diacono cardinale di S. Maria in 
» Portico, da monsignor Stel'ano Evodio Assemani, arci- 
» vescovo d'Apamea. Roma, MDCCLXI V. » H a 655 pages 
grand in-l'olio, à deux colonnes. La dédicace est datée de la 
bibliothèque Vaticane, le 8 lévrier 1764. A ce catalogue 
ont été ajoutés depuis deux suppléments. 

Le catalogue des manuscrits forme un volume grand 
in-lblio, de deux cent cinquante feuillets à deux colonnes; 
il a été dressé ou copié au siècle dernier. On lit en tète : 
« Codicum manuscriptornm qui in bibliotbeca Chigiana 
» Romae adservanlur Catalogus, cui praemiKilur numeri 
» antiqui eu m reccnliori consensus. » 

Ce catalogue, selon l'usage généralement observé en 
Italie, est rédigé dans l'ordre alphabétique des noms des 
auteurs ou des matières. Il a été fait avec beaucoup de 
soin. Des notices biographiques précèdent les noms des 
principaux personnages qui y figurent. 



(1) « Oraclio il gciiio del papa c t'aUo publ)lico, tiilli iprelati laiino 

aile [tugna (jua per biiscar inanoscritti. » (Lettre d'Ottavio Falconieri à 
Magalotli, 1(565 : LcUcro d'uom. ill., t. I, j). 1:2."5.) 



( !221 ) 

La bibliollièque Chigi a pour coiiservalcur M. Ciignoiii, 
dont je ne saurais assez louer la courtoisie et l'obligeance. 
Elle n'est pas publique; on lit sur la porte (]ue, pour y avoir 
accès, un permis de M. le prince Mario Cliigi est néces- 
saire. Mais ce n'est là qu'une formalité à remplir, et il 
n'arrive probablement jamais que des personnes stu- 
dieuses s'en voient refuser l'entrée. 

Je dois des actions de grâces particulières à M. le prince 
Chigi, pour la laveur qu'il voulut bien me l'aire en m'au- 
torisant à y travailler d'autres jours que le jeudi. Ce jour-là 
jetais jaloux de le consacrer à la bibliothèque Barberini , 
où, comme on le verra en son lieu, j'avais un nombre con- 
sidérable de documents à analyser, extraire ou transcrire. 

Peut-être ne sera-t-il pas inutile de faire connaître ici 
les conditions auxquelles est subordonnée Tadmission à la 
bibliothèque Chigi. Au dos du permis qui me fut délivré et 
auquel j'eus à apposer ma signature, était un imprimé dont 
je vais donner la traduction : 

Règles établies par M. le prince de Campagnanu pour 
l'administration de la bibliothèque Chigi. 

« La bibliothèque est ouverte les jeudis, les jours de fête 
exceptés , de neuf heures à midi. 

» Nul n'y est admis, s'il n'est j)Oileur d'un billet de per- 
mis personnel. 

» Le bibliothécaire aura égard à ce permis pour les ma- 
nuscrits qui y seront spécialement désignés. 

» Si de tels manuscrits contiennent des choses inédites, 
le bibliothécaire, avant d'en laisser prendre copie, devra 
en référer au soussigné. 

» Il est absolument défendu de calquer quelque manu- 
scrit, dessin ou livre imprimé que ce soit. 



( 222 ) 

» On rappelle à ceux qui tirent prolit des manuscrits 
pour leurs publications, que la courtoisie, sinon la justice, 
leur fait un devoir d'en remettre à la bibliothèque au 
moins un exemplaire. S'il s'agit de choses inédites, le 
bil)liothécaire, après en avoir rendu compte au soussigné, 
aura soin de faire au préalable avec l'éditeur telles con- 
ventions qu'il jugera convenir à l'avantage de celte biblio- 
thèque, en se faisant donner à cet effet les garanties né- 
cessaires. 

» Rome, 1" avril 1868. 

» Mario Chigi, Prince de Campagnaîso (1). » 



(1) Mormc slabilile dal principe di Campaijnano pel govcrito délia 
biblioleca Chitjiana. 

La biblioleca è apeila nella mallina di ogiii giovctli , Iraniie i l'esUvi, 
dalle ore 9 aile 1:2. 

Niuno vi si animelte, che non sia munilo délia scheda personale di 
permesso. 

Taie scheda verra altesa dal bibliotecario lassalivamenle ai codici in 
essa nolati. 

Se lali codici conlenessero cosc inedile, il bibliotecario, prima di con- 
sentirue la copia, ne dovrà rit'erire al soUoscrilto. 

È assolutanienle vietalo il lucidarequalsivoglia codice, disegnoe libru 
slainpato. 

Achi trugga profilto dai codici per le sue pubblicazioni, lorna bene il 
ricordare essere, non che gentilezza, giusliz,ia il riporne nella biblioleca 
alnieno un eseniplare. Ove poi si tralti di cose inedile, sarà cura del 
bibliolecario di fare precedenteniente su laie proposilo (non senza averne 
inlerpellato prima il soUoscritlo) quelle convcnzioni che stimerà oppor- 
tune al vantaggio di essa biblioleca , e di premunirsi délie guarentigie a 
tal uopo necessarie. 

1 Aprile 1868. 

MaKIO CniGl, i'RI>CirE Ul Ci.Ml'.VG^A.\0. 



( 225 ) 



II 



La bibliothèque Chigiana est, comme la Barberina, 
comme la Coisiniana, mais moins pourtant que la pre- 
mière, riche en correspondances et en relations diploma- 
tiques manuscrites. 

Alexandre YII, avant son avènement à la dignité pa- 
pale, avait été, sous Innocent X, nonce à Cologne et dans 
les pays rhénans {Apostolicœ Sedis nuiilias ad tractuui 
Rheni cum poteslale legati de latere); il avait représenté 
le saint-siége au congrès de Munster. On ne trouve pas 
seulement, dans la bibliothèque créée par lui, ses dépêches 
personnelles relatives à la double mission dont il avait été 
chargé en Allemagne, et celles de plusieurs prélats qu'il 
envoya en ambassade pendant son pontificat, mais elle ren- 
ferme encore quantité de correspondances et de relations 
de dates antérieures. 

Dans rénumération que je vais donner de ces docu- 
ments, je ne suivrai pas l'ordre du catalogue, qui est, 
comme je l'ai dit, celui de l'alphabet; pour la rendre plus 
utile aux personnes qui auront intérêt à la consulter, je 
rangerai tout le fonds diplomatique, en rapprochant selon 
leurs dates les articles dont il se compose, sous les titres 
qui suivent : 

I. Lettres, instructions, relations du xvi"" siècle. 

II. Lettres, instructions, relations écrites sous le pon- 
tificat de Paul V (1605-1621). 

III. Lettres, instructions, relations écrites sous le pon- 
tificat d'Urbain VIII (1625-1644). 



( 224 ) 

IV. Correspondances d'Alexandre YII pendant sa non- 
ciature à Cologne. 

Y. Lettres et documents concernant les négociations de 
la paix de Munster. 

VI. Lettres écrites sous le pontificat d'Alexandre VII 
(1655-1667). 

VII. Lettres, instructions, relations de diverses époques. 



I.— LETTRES, IXSTRl'CTIONS, REJ.ATIONS DU \\V SIÈCLE. 

1. — Islnizioiii scriltiii'o apparlcncnli ni ponli(ic;>lo di 
Sislo IV, Paolo m c Giulio III. Alin lalmo, alia ilalo cxarala 
scrmonc. C. cli., var. char., scr. sro. XVII. In-fol. 

QI.6. 

2. — Diarlum legatioriis Antonii cardiiialis Paliavicinii, ti- 
fuli S. Praxcdis, ad Ferdiiiandiim Ilispaniarum et Lndoviciim 
XII Galliariim rogcs, qui .^Navonac conccssoranl anno l.')07. 
.^cc. XVI. In-.S". 

G [V. 103. 

5. — Sfondrato, Francesco o Gian-Franccsco, nal. ann. 1494. 
obiit 1550. A Paulo III cpiscopus Sarncnsis. Nuutius primo 
ad convcnlum Spircnscm, mox ad Carolum V. Cardinal. — 
Scritlurc'dclla legazionc di Germauia. Index nialeriaruni prae- 
currit. Alia lalino, alia italo sermone exarata. Sec. XM. In- 
folio. 

Ql.s 

4. — Islruzioni diverse, e lelterc di varj pcrsonnaggi, dcgli 
anni1550 c 1551. C. eh., ser. sce. XVI. In-4". 

5. — Délia Casa, Giovanni, Pandulplii et Mariettae Rueel- 
laniae fdius, Florenliae siimmo génère natus est iv cal. jnl. 



( 225 ) 

1503. Romac falo concessit 1î>;j(), posir. ici. no\cml)ris. — 

Islpuzioni e IcKcrc a nome dcl cardinal Caraiïa, dove si con- 

Ucnc il principio dclla rotlura dclla guerra Ua Paolo IV c l'em- 

pcrador Carlo V, l'anno lîio5,c tiillo il ncgozialo in Francia pcr 

ossa giicrra fino a" 4 d'aprilc 155G. In-4". 

QI. 10. 

6. — Istruzionc per ncgozj nclla corlc di Spagna a Lodo- 
vico Orsino, niandato a Sua Maeslà Callolica dal dtica di Brac- 

ciano, p. 598. C. ch., scr. sec. XVH. In-i". 

N H. 59. 

7. — Islruzioni, Icllerc, rclazioni c discorsi falli ne' ponti- 
fical! di Paolo IV e de' scgncnli papi a Clémente VIII. Priorcs 
se\ instrnctiones praefcrnnt nomcn auctoris, qui est Joannes 
délia Casa. C. cli., vario cliaract. exaralus. Sec. XVJ. In-fol. ■ 

.1 III, r,7. • 

8. — Lettere de" legali dal concilio Tridentino al cardinal 

Borromeo, nel IoG2 c 15G5. XonnuIIa desideraiitur in fine. 

C. cil., scr. sec. XVI. In-fol. 

M II ^0. 

9. — Lettere scrittc da divcrsi prelati e principi a Giovanni 

Druct, sottodatario, e ad altri, dal 1 îiOS al I rJ8j. Intcrserunlur 

nonnullae lalinae et hispanae. C. ch., anep., autogr., scr. sec. 

XVI. In-4". 

LUI 61. 

10. — Sega. Registro délie leUcrc scritte; mcntre era nunzio 
presse la Maestà Cesarea, nel mancggio dcl suo carico, al car- 
dinale Azzolino, dal di 7 febbraio 1581 al di 10 febhraio 1587. 

Scr.ann. 158GetI587. In-fol. 

M1I.4:>. 

II. — Istruzionc a monsignor vcscovo di Lodi inlorno al 

carico dcl nunzialo di Spagna, nel I5SI. Paragra])Iiorum index 

praemissus : snmmaria, et nolae niargini adjeclae. C. cli,, scr. 

sec. XVI. In-fol. 

Ul. 11. 



( 226 ) 

12. — Leltorc o cifrc de' nunzj di Polonin , Francia e 
d'altri a palazzo, dal I d82 al 4600. C. ch., autogr., scr. sec. XVI. 
In-fol. 

LUI. 67. 

\ô. — SixUis papa V. Lcllcrc scritte a divcrsi sovrani d"Eii- 
ropa, da 10 niaggio ITiSa a 27 agosto 1387. .4nep. autograf. 
Sec. X Vf. In -4". 

J 111.74. 

14. — Argenti, Giambattista, segretario délie cifrc ncl 
ponlificato di Sisto V, UrJjano VII c Gregorio XIV. Cifrc ori- 
ginali invcntalc cd iisalc da lui dall' anno 1585 siiio al la!>l. 
In-fol. 

M II. 30. 

1o. — Lettcre messe in cifra da divcrsi nunzj, vicelegali e 
niinislri délia scde apostolica nel pontificato di Sisto V, dici- 
fratc da Giambaltista Argcnli, e messe insiemc dal sno nipole 
Maltco Argenti in iv tomi. Singnlis veluti quaedam praefafio. 
mox tabula praccurrit. CC. cli., scr. sec. XVI. In-i". 

M 1I.51-04. 

IG. — Rcgislro d'una gran parte di lettere dicifrate elic in 
cifra sono statc scritte da nunzj et ministri aposlolici mandati 
da Sisto V, e residcnti appresso le corti di Venczia, Savoia, 
Firenze, Avignone, Svizzera, Ferrara, Vienna, Polonia,Colonia, 
Gratz, Spagna c Francia, dal I58C al 1590, essendo scgrelarj su- 
prcmi i cardinali Ilieronymo Rustieucci e Decio Azzolino,cui 
subentrô il cardinale Alessandro Montallo; raccolte in cinque 
voIumi,ognuno de' quali è diviso in due libri : primo praecedit 
quaedam praefalio, singnlis vero librorum index : (|uintus est 
miscellaneus. CC. ch., scr. sec. XVI. In-l'ol. 

M I. ij-i/. 

17. — Bolognetto, Albcrtus, Bononiensis. Relaziorie al car- 
dinal Rustieucci, segretario di Sisfo V, dcllc cosc di Polom'a 



( ^27 ) 

intorno'alla rcligionc c aile azzioni suc, ne' quallr' aniii eh' cgii 

è slalo niinzio in quclla pi'oviiicia. In-8". 

R I. 29. 

18. — Letlcrc scrittc in cifra da divcrsi nunzj nel pontificato 
di Grcgorio XIV e d' Innocenzo IX, suprerai segi'ctarj il cardi- 
nale Sl'ondrato c il vcscovo di Bcrtinoro; dicifralc da Giarn- 
ballista Argcnti, e messe insicmc da Mattco Argcnti : pracccdit 

tabula C. ch.,scr. sec. XVI In-fol. 

M II. 55. 

19. — Ârgenli, Matteo, segretario délie cifre. Cifre inventale 
ed usatc ne' pontificali di Grcgorio XIV, Innocentio IX, Clé- 
mente VIII c Paolo V, dal 1591 al 100(5. In-fol. 

M II. 36. 

20. — Rcgistro di Icttere scrittc in cifra da'cardinali, Icgati, 
nunzj, ministri apostolici, generali dclle armi, destinât! da Clé- 
mente VIII a diverse coronc, dal Io92 al 1603, csscndo segre- 
tario suprcmo il cardinal Aldobrandino; raccolte da Malien 
Argenli in xi torai : singulis quaedam veluti pracfatio, et index 
praccurrit. CC. cli., scr. sec. XVI et XVII. In-fol. 

M III. 62-7-2. 

21. — Registre di letterc scrittc in cifra a cardinali e nunzj 

apostolici, a diversi potentati, nel pontificato di Clémente VIII, 

dal 1592 al 1G05, scgrelarj supremi i cardinali Pietro cCinlio 

Aldobrandino; raccolte in iv tomi da Matteo Argcnti. Tabula 

pracccdit singulos, etsimplex gentilitium stemma duospriores 

tanlum: ad calcem iv voluminis liabcs litteras Leonis XI ad 

nuntium ducis Sabaudiae anni 1605. CC. cli., scr. sec. XV cl 

XVI. In-4". 

M III. 58-60. 

22. — Rcgistro di leltere scrittc al cardinale Aldobrandino, 
dal mese di marzo a' 3 di setlembre del 1594. C. cb., scr. sec. 
XVI. In-fol. 

M I. 11. 

Tome x'"% ^""^ séiiie. 18 



( ±2H ) 

-27). — Diai'io dol ving^io liiUo dal cardinal Piclio Aldobraii- 

dini, ncir andar Icgalo a Fircnze pcr la cclebrazionc dello 

sposaiizio dclla regina di Francia , c di poi in Francia pcrlac- 

comodnincnlo del niarclicsato di Saluzzio. Sec. XVI. In-fol. 

M I. 12. 

24. — Idem. In-4". 

M I. iô. 

2;i. — Idem. In-8". 

MI. 1k 

'2G. — Agncchia, Giambattista, Bononicnsis, Grcgorii XV a 
sccrclis hrevium, arcbicpiscopus Amassiae. Registro di Ictlcrc 
dcl MDLXXXXVII al MDCXXIX.' In-4'. 

M III. 57. 

27. — Agncchia, Giamballisia, clc. IstiMizioni a ininzj pcr 

diverse corli. In-i". 

QI. 17. 



II. — LHTTRES, INSTRUCTIONS, RELATIONS ÉCRITES SOUS 
LE PONTIFICAT DE PAUL V. (lOOo-IOSI.) 

28. — Registro di lellcrc scriUe in cifra dai nnnzj c ini- 

nislri apo.stolici dcslinali c rafferniali da Paolo V a diverse 

corli, dal 160.5 al I()06; raccoltcda Matleo Argcnîi : praecnrrit 

vchiti qnaedani praefalio; liinc lalmla. (1. cli., scr. sec. XVII. 

In-fol. 

M III. 75. 

29. — Registro di letlcre scrjlte in cifra ai nnnzj aposlolici 
rcsidenti a diverse Macslà c pi'incipi, confirmali da Paolo V, 
dalFanno 1005 a' 14 gingno de! ICO(), c raccolte da Alalleo 
Argenli : scqnitur tabula. (]. <'b. scr. sec. XVII. 111-4". 

m. 77. 

aO- Islruzione a monsignor RIalï'co Rarbcrino, ai'ci\cscovo di 
Nazarel. dcslinalo nunzio ordinarid al rc ci'islianissimo di 



( ^29 ) 

Francia.Sequitiir regisiro di Icllore di diversijdai 4 gcnn. IGOo 

al I di maggio 1607, et qualuor latinac cpislolac Pauli V ad 

regcm et reginam Fraiicoruni; relazione del successo intorno 

air accordo di Venczia et aliae cpistolae. C. ch.,scr. sec. XVlt. 

In-4". 

Q 1. 16. 

51. — Ubaldini, Robcrto, Florentiniis, Pauli V a secretis. 
Registre di leltcre nella sua luinziatura di Frauoia, sciitte nel 
pontificato di Paolo V al cardinal Borghesc, dall" anno 1607 
al 161(i, divise m due tomi. Sec. XVII. In-4". 

M 1.1.^-16. 

5:2. — Paolo papa V. Lcttere scrilte a varj sovrani e prin- 

cipesse d'Furopa, dalT anno 1610 al 16'^0. Scr. sec. XVII. 

In-4". 

.1111.76. 

55. — Regisiro di letterc scritte al cardinal Borghese e ad 

allri di palazzo, e a' cardinali capi di congregationij nella 

nunzialura di Gratz, da' 6 agosto 1615 al 16!24; divise in vu 

volumi : singula indiceni praeferunt; duo priora autem suni- 

niariuni litlerarum liabent ad caleem. CC ch., scr. sec. XVII. 

In-4". 

M m. -{-76. — NI. 1-4. 

54. — Borghese, Scipione, Ronianus, Pauli V ex sorore 
nepos, S. R. C. cardinalis et episcopus Sabinensis. Obiit 
anno 1655. — Lettere e cifre scrilte al nunzio di Gratz , dal 
1615 al 16:21 5 in très tomos colleclae. In-4". 

M I 17-19. 

55. — Registre delle leltcre scritte al cardinal Borghese, ad 
allri di palazzo e a' cardinali capi di congregalioni, nella nun- 
zialura pres.-o il re di Boenna e rimpcradore, dal principio 
dcir anno 1C18 al 16:2i2, raccolte in duc lonii : priores duo 
praeferunt indicem quenidum. C. ch., scr. scculo XVII. In-4". 

N I. 5-6. 



( ^iod ) 

30. — Isli'ii/ioni, i-elitzioiii c- scriltiirc nppartencnti iil poiili- 
lictlo tli Paolo V c di allri succcssi in (luel lempo. Pracccdunt 
l)racclicliones qiiacdam, ah anno HiOo ad 1()44, malis hcxa- 
mctris versibus expressac, oh conjuiiclioncm Joviset Saliirni, 
anni iGO't. C. ch., anep., vario char., scr. sec. XVII. In-fol. 

J III. 75. 



III. - LETTRES, INSTRUCTIONS, REL.VTIONS, ÉCRITES SOUS 
LE PONTIFICAT D'URB.\IN VIIL (1623-16'i4.) 

57. — Lodovisi, Lodovico , Iloralii Gregorii XV fralris cl 

Laviniac filins, Bononiensis (I). Ohiit Bonoiiiac xiv cal. dec. 

1(532, aimos nalus 57. — Rcgislro di Icttere scrilte da monsi- 

giior Agiicchia in risposla a nionsignor Corsino, nunzio in 

Fi'ancia ncl ponlilicalo di Grcgorio XV {-2), dal 1(>!21 al l(»i>l). 

Sec. XVI. in -4". 

M I 2!. 

38. — Carafa, NapoHlanus. Rciazionc dcllo stalo dcll' lin- 
perio c délia Gcrmania per tutlo Tanno 1628. In-4°. 

Q IL 42, 

3i). — Alexander papa VII. Ncgozialo del MDCXXXII falto 

da monsignor Corsini c da monsignor Chigi, commissarj sopra 

le controversic Ira la sede apostolica c la rcpnhhlica di Vc- 

nezla pcr li confiai di Aviano c di Lorco. C. ch., scr. sec. 

XVIÏ. In-fol. 

A 1.26. 



(1) Il fut d'ahoi'd réléreiidaire a» Vatican, puis archevêque de Bologne, 
puis cardinal. 

(2) Nous avons placé ce l'ecucil de lettres sous le pontifical d'Ur- 
bain VIII, parce qu'elles s'y rapportent pour la plus grande partie, Gré- 
goire XV n'ayant régné que de 1021 à 162.Î. 



( ^^51 ) 

10. — Rcgisli'O (li cifre scriltc du divers! a nionsiguor Vi- 

Iclli, nunzio a Vcnczia, ncgli aniii 1G32 c 55. C. cli., scr. sec. 

XVll. In-4«. 

N 1.21 

41. — Alcxander papa VU. Regislro di Ictterc al signor car- 
dinale Antonio Barbcrini, dal MDCXXXII al MDCXLV, raccolte 
in due tomi : primo index pracfigiliir. CC. ch., scr. sec. XVII. 

In-fol. 

A I. 19-"2(). 

42. — Regislro di leltere scrilte, in tempo d Urhano VllI, a 
diversi nunzj ed altri ministri apostolici,dal 1054 al 1642, rac- 
colte in due tomi. CC. ch., scr. sec. XVII. In-i". 

L 111. 36-37. 

45. — Regislro di letlere scriltc a varj pcrsonnaggî, dcl 

1642 : accedunt aliqua ad caiccm, maximi momcnti. C. ch., 

scr. ab anno 1642- In-4". 

M 1. 24. 

44. — Visconti,archiepiscopus Larissac et ad regem Poloiiiac 
pontifîcius oralor. Rclalione dclla nunlialura di Polonia, fatta 
air Em"'° R"'" Sig'' cardinale Barberino padrone, nel mese di 

luglio 1636, In-fol. 

R 1. 27. 

4o. — Scritlure venute di Fiandra con le letlere dcll' abbale 

di San Anastasia (I), dal 1642 al 1652, con altre simili e con 

leltere de' nunzj di Francia e di Spagna : nonnulla latina et his- 

pana inlermiscenlur. Sec. XVII. ^1-4". 

R 1. 10. 

46. — Istruzioni, discorsi e relazioni faite nel pontificalo 

d'Urbano VIII : materiarum catalogus praeflxus. C ch., anep., 

scr. sec. XVII. ln-4". 

J 111. 84. 



(1) Les lellrcs de l'abbé de Saiiil-Aiiaslasc soiil à la bib]iolliè(|ue I5ar- 
beiiiii. 



( ^2.")^ ) 

47. — Isti'iizioiii cd altie sci'itturc l'alto ncl poiililicalo (rL'i'- 
baiio VIII. Rcruni pracmissus clciu'hus. C. ch., ancp., scr. sec. 

XVII. In 4". 

.1 111.85. 



IV. — CORRESPOiND.\NCES D'ALEXANDRE VII PENDANT SA 
NONCIATURE A COLOGNE. 

48. — Alcxander papa VII. LcUere a cliversi,dal iMDCXXVI 
al MDCXLIII. C. ch., lilulo carcns, autographus, praediclorum 
annorum. In-fol, 

Al. 52. 

49. — Lettere e cifre di palazzo a moiisignor vcscovo di 
Nardi, nunzio pcr la j)acc générale a Munster in Vesll'alia, dal 
1629 al IGol, in XI lorni raccoltc : viri qui scribunt singulos 
tonios j)raccedunt. CC. ch., aulogr., scr. see. XVII, In-fol. 

A II. 56-16. 

50. — Alcxander papa VII. Uegislro cd abbozzo di letlere in 
confuso a diversi , in IV lomi diviso, dall' aiino MUCXXXI 
al MDCXLIV. CC. cli., praediclis annis exarati. In-fol. 

A I. r2-5. 

:j1 .— Alcxander |»apa Vil. LeUere a' familiarj, dal MDCXXXII 
al MDCXLVII. C. ch., ancp.. aulogr., scr. sec. XVII. In-fol. 

Al. 51. 

52. — Alcxander papa VII. Registro di letlere scriltc a varj 
|)ersonnaggi, dal MDCXXXII al MDCLII, raccoltc in tre lonii : 
virorum index singulis libiis pracmiltilur. CC. ch., dictis annis 
scr. In-fol. 

Ail. 27-29. 

53. — Letlere dclla congregazione del sanl' olïizio a nionsi- 
gnor nunzio di Colonia, cd in specie circa il nuKrinionio del 



( 235 ) 

tliita (li Lurciia, il Giaiiscnio e le inissioiii di Olaiida, clal l(i3*J 

al IGiS : aliquac latinac et gallicac itumislac. C. ch., aulogr., 

scr. sec. XVH. In -fol. 

A 11. 49. 

o4. — Ale.xandcr |;apa VII, Epistolanim latinarum ah aiinu 

MDCXXXIXad MDCXLIX variis ex locis dalarum acla, in duo 

volumina divisa : ulrique corum, ad quos litlerac scriplac 

sunt, juxla litleras index praecurrit; intermisccniur quacdam 

ilalo et gallico scrnione exarata. CC. cli., anep., scr. pracdieiis 

annis. In-4'\ 

A i. .M-45. 

55. — Alexander papa VII. Hcgistro di letlerc scrittc a inon- 
signor Albizzi, asscssorc del sant' oflizio, dal RIDCXXXIX al 
MDCLI. C, ch., scr. pracdictis annis. Iti-fol. 

A 1.22 

o(). — Alexander papa \'1I. Registre di iedcre a nionsignor 

Maeehiavclli, palriarca di Costantinopoli c vescovo di Fcrrara, 

poi cardinale, dal 3IDCXLI al JMDCLII. C. ch., praediclis annis 

exaratus. In-fol. 

A I. 21. 

57. — Lettere a vai-j personnagi, bie\i, decreti, rclazioni 

e scrilture su varie niaterie jiolilichc , dal 1043 al IG'ii, ripar- 

tite in IV volunii : alia latine, alia itale, alia gallicc scripta; 

singulis loniis materiarum index praefixns; index IV tomi est 

Fabii Chisii manu exaratus. Epistolas et orationes aliipioruni 

viroruui lilteris illustj'iuni uiistas rcpcrics. CC. ch., anep., sei'. 

sec. XVII. In-fol. 

Q 11. 46- i9. 

58. — Registre di eifrc di segretaria di Stato a monsignor 

Chigi, arcivescovo di Nardo e nunzio apostolico al Reno, dal 

IG43 al 1G51 : scribenlium index praeniissus. C. ch. , scr. 

sec. XVll. In-fol. 

A il. 47. 



( 234 ) 

59. — Alc'Xfuulor })iij)a VU. LcKcic sciillc da !:22 cli (litciii- 
brc IMDCXLIV (iiio a' 20 di otlobre dcl MDCXLIX, corum, ad 
quos niissae siint, sccundiim liUciaïuni scriim, index prac- 
currit. C. di., j)racdicto teniporc cxaratus. In-fol. 

A 1. 6. 

(iO. — Alcxandcr papa VII. Registre di lellere a monsigiior 
D'Elci, arcivcscovo di Pisa e nunzio apostolico iii Venezia, dal 
1647 al I65I, c a monsignor Rospigliosi, nunzio in Madrid, dal 
1644 al iG52. C. cli., scr. sec. XVII. In-fol. 

A 1. 25. 

(jl. — Alexander papa VU, Lellere italiane scrille dal IG di 

novembre de 1649 fino tulto il 51 dicembre del 4650. Se- 

quunlur lellere latine scritte da' 12 di dicembre del 1649 fino 

tulto il 31 dicembre del 1650; incipiunt p. 114. Utriusque 

linguae epistolis index litlcrarum ordine praecedit. C. cli., scr. 

praedictis annis. In-fol. 

A I. 7. 



V. — LETTRES ET DOCUMENTS CONCERNAINT LES NÉGO- 
CIATIONS DE LA PAIX DE MUNSTER. 

62. — Alexander papa Vil. Ilegislro di letterc scritte in 
Munster per la pace générale al sacro collegio, a papa Inno- 
ccnzo X , a' signori cardinali Panzirolo c Panfilo, dal MDCXLIV 
al MDCXLV. C. cli., ipsis annis scr. In-fol. 

A I. 1. 

6Ô. — Alexander papa VJI. Scripturarinn ad pontilicium 
secretum missarum et per numéros expressarum acta, cum 
liUeris scparatis l'abii Cbisii, nuntii aposlolici ordinarii ad 
Iraclus Rbeni, et exiraordinarii Monaslerii pro pace generali, 
ab anno JMDCXLIV ad MDCL. V voluminibus comprebcndun- 
tur : noinuiUae italo scrmone cl gallico exaralae miscentur; 



( ^255 ) 

siiiii;ulis voluniinibus nialcrinrum index praclixus. CC. cli., 

scr. sec. XVII. In-fol. 

A I. 9-15. 

04. — Alexander j)apa VII. Rcgislro di leltcre scriltc da 
Munster di Vestfalia (ovc si fecc il coiigresso per la pacc géné- 
rale, ma solo conclusero la Joro gli Spagnuoli con gli Ollandcsi 
c Francesi, e gli Svizzeri con l'Impcradore), e poi da Aquis- 
grano, a monsignor Cc.millo Mcltio, arcivescovo di Capoa e 
niinzio délia santa scdc appresso l'Impcradore, dal lG'i4 al 

1052. C. cb,, scr. praedict. annis. In-fol. 

A I. 25. 

05. — Alexander papa VII. Registro di lettcre e cifre scritlc 

a palazzo, mcntr' era nunzio ordinario al Reno e straordinario 

per la pace générale a Munster di Vestfalia, dal IG4G al 1051 , 

die fù il suo ritorno in Italia, comprese in V tomi. CC. cb., scr. 

praedicto Icnipore. In-fol. 

A I. l-i-18. 

06. — Alexander papa VII. Registro di Ictterc scriHe da 

Munster di Vestfalia dal congrcsso per la pace générale, e [)oi 

da Aquisgrano, dal MDCXLIV fino al MDCLl, a monsignor 

Niccolo de' conli Guido, nunzio al rc crislianissimo Luigi XIV. 

C. cb., scr. praedict. annis. In-fol. 

A 1. 24. 

07. — Alexander papa VII. Lettcre a don Augusto e don 

Agoslino Cbigi, dal 1048 al 10u4; Folia quaedani praefixa. 

C. cb., autogr., praedicti tcmporis. In-8". 

A 1. 59. 

08. — Alexander papa VII, Lettcre a don Mario Cbigi, dal 
1049 al 1034. C. cb., autogr., ipsorum annorum. In-8". 

A 1. 40. 

09. — Peneranda, cornes et Hispaniarum régis legatus et 
arbitcr in pace Monaslcrii firmanda. Lettcre S|)agnuoIc per la 
pacL' di Munster, dal 104-5 al IGIO, a Fab. Cbigi. Acccdunl non- 



(25(5) 

iiullac linporaloiiîi cl Galli niiiiislri opistolac ad cunulcin. 

In-fol. 

Q 111.59. 

70. — Conlarini, Alvisc, Vonetac rcipublicae ad Romanam 

aulam legatus. Viv. 1G50. — Lcllcrc scriltc, da' 15 agosto 1G49 

a' 29 luglio IGoO, ad Alcssandro V^ll, incntrc cra nunzio in 

Colonia. In-fol. 

B 1.4. 

71. — ïraltali, coiicordali c Icttcrc diverse |)Ci' la pacc di 
3Iunster, dall' aniio IGIO al l(j4(), laccoltc in due tomi : sin- 
gulis raateriarum index praemissus. Sec. XVII. In-i". 

Q III. (io 06. 

72. — Alexander papa VII. Memoric, note c polizze circa 
1 trattati délia pace in Munster, dal iMDCXLlV al 3IDCXL1X. 

C. cil., aulogr. sec. XVII. In-4". 

A i. i-2. 

75. — Scripturacdivei'saepi'o pace Monastcrii, abanno I(i52 

ad 1049. Sec. XVII. In-fol. 

Q1IJ.68, 

74. — ScriUure perla pace Ira l'Imperalore e il re di Francia 

in Munster, dall' anno I6i4 al 1049 : legendae notae scriptac 

manu Fahii Cliisii, pleraquc gallico et latino scripta sermonc. 

Sec. XVII. In-fol. 

Q III. .j8. 

75. — Scrilture pcr la pace générale délie duc corone di 

Francia e di Spagna in Munster, dalP anno 1044 al I6'(!). 

Legenda nota praemissa cl aliae passini insertae manu Fabii 

Chisii. Sec. XVII. In-fol. 

Q 111.57. 

70. — Scritturc diverse spcllanti al traltato dclla pace di 

Colonia c di .Munster. Materiaruni index praecedit : haec ita- 

lico, illa latino, haec gallico sermonc exarata. Sec. XVII. 

In-4'. 

Qll.oi. 



( ^i57 ) 

77. — SLi'ilttirc, iratlali, cdili, nrlicoli. liinostrcUizc, pro- 
teste, iclterc c c'osc simili pcr la pace tli IMimster, dalF 
anno lOii al \(\i[) , divise iii IX voiiiini : alia latina,alia 
ilala, alia gallica. In pinnio volumine interseruntur noiinulla 
poetica et alicjua , in hoc et in ultimo Fabii Chisii manu 
scripta; praeter quatuor priera cetera indicem materiarum 

liajjcnt praefixum. Sec. XVII. In-4". 

Q 111. 69-77. 

78. — Scritlurc diverse del Irattato di Munster, dal [(jï\) 

al 1650, raccolte in IN' protoeolli. Praecedunt nonnulla ab 

anno IG58 ad 1645. Omiiia latine, itale et gallice cxarala. 

Scr. sec. XVII. In-fol. 

QUI. 00-0.3. 

VJ. — LETTRES ÉCRITES SOUS LE PONTIFICAT 
D'ALEXANDRE VII. (1Gj5-1G07.) 

71). — Propostc e risposte di cifri de' nunzj apostoliei, de' 
cardinali, legati, di alcuni governadori e di alcuni areivescovi, 
dair anno IG5o al 1GG7, raccolte in XV tomi. In-l'ol. 

cm. 75-78.— UI. 1-11. 

80. — Leltere, viglietti, mcmoriali cd altro de' cardinali, 
prclati, minislri, olliciali cd altri a papa Alessandro VII, dal 
IGjo al IGGG. C. eli., autogr. , scr. sec. XVII. In-fol. 

cm. 62. 

81. — Chisius, Marius, frater nalu major Ale.xandri pa- 
pac VII, totius ponlificiac militiae praefeetus. Cifrc dell' 
anno I6o6 al 1660. Sec. XVII. In-fol. 

EIIL65. 

82. — Lettere di ogni génère, scritte da' cardinali, areive- 
scovi, vescovi, prelati, principi e titolati a D. Mario Chigi, 
dair anno 1656 al 1662, in XXXVIH tomi divise. CC. th., 
autog., scr. sec. XVII. Iii-lol. 

F 1. i-il. 



( -238 ) 

85. — Chisius, Flavius (seiiior). 3Iiirio Aloxaiulri VII gcr- 
inano fratre et Bérénice de Aciaria cditiis (1). Obiit idiis sep- 
lenibris 1095. — Cifrc scritte a diversi niinzj c Icgati, dall' 
anno d657 al ICOj, in XXI tomi diAise. In-fol. 

E I. 15-50.— EH. ôl-ôo. 

84. — Lcltere in cifra a" iiunzj , dal 1658 al 1G67. C. cli., au- 

logr. , scr. sec. XVII. In-4". 

Dl. 12. 

8o. — Chisius, Marins, llegistro de leltere scritte a diversi 

personnaggj ncll' anno 1058. In-fol. 

E 111.64. 

80. — Lettcrc in tilVa de" luiiizj, dal 1059 al 1067. Index 
])raefigiUir. C. cli., aulogr., scr. sec. XVII. In-i". 

D 1.13. 

87. — Proposte e risposte di cil'ra de" nunzî di Polonia, 

Colonia, Brusseles, Lucerna, Spagna, Venezzia , Torino e 

Malta, deir anno 1601, divise in duc tomi. Scr. sec. XVII. 

In-4". 

Nil. 27-28. 

88. — Altoviti, Jacopo, Athenarum archiepiscopns. Rcgis- 
(ro di cifre e lettere scritte, nella sua nunziatura di Venezia, 
alla segretaria di Slato di .\lessandro VII c ad altri, cou le ris- 
poste di ognuno ad esso monsignor nunzio, dalli 15 ottobre 

1658 al 1600, raccolte in VII tomi. In-4». 

DU. 11-20. 

89. — D'Elci, Scipione, patritius Scnensis, ex episcopalu 
Sienlino anno 1056 ad archiepiscopatum Pisanum translatus 

est Ab Alexandi'o VII cardinalium senatui anno 1057 ad- 

junctus est. Ob. prid. id. aprilis 1670. — Rcgistro di lettere 
scritte, nella sua nunziatura di Vienna apprcsso 1 imperatore 
Fei'dinando III, a monsignor Giulio Rospigliosi, arcivescovo di 



(1) Il lïil carcliiiai-inèlro au lilir de S. Marin de populo, léyal [urs 
Louis XiV cl prélcl do la i)il)liullic(iue Valicaiic. 



( 239 ) . 

Tarso, scgrelario cli Slato, che lïi poi Clcmonle papa IX, c al 
cardinal Chigi dopo la sua j)romozionc al t-ardinalalo sollo 
Alexandre papa YII, dalli 2!2 liiglio 1050 sino alli 17 olto- 

bre 1G57. In-4». 

N I. 26. 

90. — Chisius, Flavius (senior). Leltere di relazione del suo 
viaggio in Francia, da' 5 di niaggio 1G64. Scr. 1664. In-4". 

E II. 3G. 

91. — Chisius, Flavius (senior). Regislri del viaggio in 

Francia. Scr. lG6i. In-S". 

EU. 57. 

92. — Chisius, Flavius (senior). Diario dcl suo viaggio in 

Francia a Lodovico XIV, Scr. an. 1664. In-fol. 

E II. ôH. 

93. — Leltere, scritiure, relazioni politiche ed avvisi, dcl 

1655 sino al 1667. Index matcriarum praccurrit : parlini 

lalina, partim ilala liugua e.xarantur. C. ch., ancp., var. char., 

scr. sec. XVII. In-fol. 

III. ôi. 

94. — Lctlere di ncgozj de' ministri fuori di Ronia , scrittc 

al cardinal Sigismondo Cliigi, di più anni. C. ch., autogr., scr. 

sec. XVII. In-4". 

E 11.57. 

95. — Alexander papa VII. Cifre diverse diciferale, e let- 
tcre : cominisecnlur alicjua hispana , alicno characicre con- 
scripta. C. ch., autogr., scr. sec. XVII. In-fol. 

A I. Ô3. 



VU. — LETTRES, INSTRUCTIONS, RELATIONS DE DIVERSES 
ÉPOQUES. 

96. — Istruzioni diverse ripartite in due tomi, dall' anno 

4550 aH607. CC. ch., scr. sec. XVII. In-4". 

Q 1. l,--l i.' 



- ( ^^40 ) 

1)7. — Lellci'c c cifrc ilc' miiiz), dnl 10(10 al 1G59. C. cli., 
nnep. , scr. sec. XVII. In-4". 



N I. 7. 

98. — Isd'uzioni c rclazioui faite nel pontificato di Gregorio 

XV. C. cil., aiiep., scr. sec. XVII. In-fol. 

.Mil. 80. 

99. — Istnizioiii, Icltcrc e rclazioui su diverse niaterie , 
dal 1021 al 1000. Mateiianmi index praoli.xus. C. cli., scr. 

sec. XVII. In-4". 

Q 1. 18. 

100. — Notizie politiclie raccolle in XIII toini, dall' anno 
102;J al 1051. Singiilis tomis index materiarum praelixus, 
ullimo excepto, ciii suhjectus. Sec. XVII. In-4". 

1.1-13. 

101. — Mazarino, Giulio. Regislro di letlerc scritlc dal lOiO 
al IG50, in cinqiie lonii divise. Sec. XVII. In-4". 

M I. -27-29. — M II.."0-.")1, 

10:2. — Alexander papa V'II. LeUcre al .signor Atanasio 
Ridolfi, dal 1049 al 1054. Sequnntur nicmorie e noie di lui 
nienlr' era segretaiio di Slato, con lapis e à penna , ccc. le 
lellere e cifre di segrelaria. C. cit. antogr. , sec. XVII. In-8". 

A I. 57. 

105. — Alexander papa VII. Lellere volgari scrille a divers!, 

dal 1051 al 1052. Secundum lilleras index praecedit : p. 14î) 

incipiunt epislolac lalinae ipsorum annoruni. C. ch., .scr. sec. 

XVII. In-fol. 

A 1.8. 

lOi. — Alexander papa VII. Copie di alcuni brevi pel car- 
dinal Fahio Chigi, e schizzi c niinule di lellere, cifre, ed allre 
cose, mcnlr' era cardinale. C. cli. aiitogr. , sec. XVII. In-4". 

D I.7-S. 

105. — Lellere scrille da' ponlclici, cardinali, vescovi. 



( Mi ) 

pi'incipi c (].i ailii a divcrsi : omnium iiidox |)i'tu'riiri'il. C. cli., 

scr. sec. XVII. Iii-fol. 

LUI. 58. 

lOfi. — Islnizioni, ricordi c relazioiii diverse : calalogus prac- 
missus. C. cil., var. char., scr. sec. XVII. In-'î-". 

1. 12. 

107. — Islnizioni per le nunziatnre. C. cli., scr. sec. XVII, 

In -fol. 

1.21. 

408. — Islnizioni c scrilturc diverse, divise in due libri. 
Primo index praemiuiliir, scd oscilanter facliis : alia lalino, 
alia italo sUlo conscri|)ta; nonnnllibi in laova coiumna sdiolia 
cl, nolae appingiintiir. C. cli., scr. sec. XVII. In-fol. 

I. 22. 

109. — Istruzioni e rclazioni diverse. Xonnnlla latine 

cxarata inlerseriinlur. Uerum index atl caiccm rejeclus. C. cli., 

scr. sec. XVII. In-4". 

01.15. 

* . . 
HO. — Islnizioni a' niinzj per diverse corli. C. cli., scr. 

sec. XVII. In-i". 

I. 20. 

111. — Islorie, relazioni, istruzioni, annolazioni, dialogi 
salirici, discorsi, diarj, conelavi, letlcre, IraUali cd allro in 
XXXV tomi divisi. Generalem indicem materianim, lillera- 
nim ordine obiler distrihulum, iiiilio primi voluininis appin- 
gendiim curavi : ilenim singulis index materiariim praefixus, 
praeler XXIV el nlliniiim, (|iiil)ns siibjocdis; alicpia laline 
exarala. Sec. XVII. In-i". 

F V. 125-127. ~ F VI. 128-157. 

112. — Islnizioni diverse. lias inler reperies : Diceria di 
Dino Compagni di Fircnze, ambasciadore del commune a papa 



( ^i:2 ) 

Giovanni XXII, ([u.iikIo lii iallo papa, a rallegrarsi délia sua 
crcazionc con le altre ambasccrie, p. 1 ; Copia di Ictlcra scritta 
da Ballassarrc Castigiionc a Franeesco-Maria , diica dTrbino, 
p. 45; Islruzionc a monsignor Alticri, vcscovo di Canierino. 
mandato dal saoro coliegio, nclla scde vacante, pcr inlerporsi 
a siio nome, c per sedare i nioti clic insorgono tra il duca di 
Modena c il governador di Milano, a' 17 marzo 1055, dcltala 
dal cardinal Fabio Cliigi, p. 208; Memoriale dalo ad Inno- 
cenzo X, pcr parle del vcscovo délia Pncbla, contra li gesuili 
délia Nuova Spagna, p. 280. Ceterorum praefigitur index in 
scbedula. C. cb., var. cbar., scr. sec. XVI et XVII. In-'i". 

QI.7. 

115. — Lettcrc su varie matcrie scritto in divcrsi tenipi ad 
Alessandro VU, prima della sua assunzionc al ponlificalo, da 
divers! pcrsonnaggi, dalF anno 1()20 al 1034, in XXII tomi 
raccolte. NonnuUibi areanae epistolae occurrunl : liabes idcMi- 
lideni scriptormii vitac coinpcndium: singulis lomis corum, 
qui scripscrunt, praecurrit clencbus. CC. cb., anep., scr. 
sec. XVII. In-fol. 

A FI. :ii-r>-2, - A m. ,Sd-g9. — b i. 1-5. 



A l'exception des dépèches des nonces à Bru.veiles dont 
il est fait mention dans la liste qni précède, la bibliothèque 
Chigi ne renferme pas de manuscrit qui concerne en par- 
ticulier l'histoire de la Belgique, si ce n'est une Notitia 
compendiosa Leodienshim episcoporum, écrite au xiii" siè- 
cle, et qui déjà a été signalée par M. Ruelens dans ses 
Notes sur les bibliolhèques de Milan, Pioine et Florence (1). 



(1) Pag. 29. 



( 245. ) 
J'appelle rallcnlion des liistoriens espagnols sur les 
deux manuscrits suivants : 

Caravajal. Mémorial o rcgistro brève de los lugares donde el 
rey y la reina calliôlicos; nucstros senorcs, estuvieron cada 
afio, de sesenta y ocho hasta que Dios los llevô para si. In- 
folio. 

R I. 8. 

Guerra di Lombardia dcll' anno 1522. Opusculum in XIl 

capitula divisuni et bispano fusuni sermone. Praeit prael'alio 

niai-cbioni Pelro de Avila. lli'tï. ln-8". 

G IV. 100. 

Deux volumes de lettres d'Alexandre Vil écrites, dans 
le temps qu'il était nonce à Cologne, au père jésuite Vali- 
der Veken, d'Anvers (1), pourraient être consultés avec 
fruit pour l'histoire littéraire, politique et religieuse du 
temps; j'en donne ici les titres : 

Alexander papa VII. E|)istolac, quas episeopus Nerilonensis 

ad Iraclns Rlieni cl Iraclalur.i paeis apostolicus nunlius Colo- 

nia. Monasierio , Aqiiisgrano, Roma, etc., per plures annos 

manu propria dédit ad patrem Francisoum Vander Vckcn, 

S. J., ab anno VIDCXLII ad MDCLIX, in diias partes divisae : 

in prima aliarum reruin calcem versus babetur appendix. C. 

cb., duo autograpbi iiracdidorum annorum, primus in folio, 

aller in-8*'. 

A I. 3i-ô:'.. 



(1) François Valider Vfkcii ou Vercinis, né à Anvers en lo96, admis dans 
la eompagnie Tan 1615, enseigna les Immanilés, la pliilosopliie et pro- 
fessa ensuite, pendant trente ans, la théologie à Cologne. Alexandre VII, 
connaissant son mérite, le nomma théologien de la pénitencerie,à Rome : 
il y mourut dans la mai.son professe le 28 avril 16Gi. (Bihliotlièqtie des 
écrivains de la compagnie de Jésus , quatrième série, p. 720.) 

Tome \""', O'"'' si':RiE. 19 



( 2ii ) 

Epistolae Aimiliarcs cpiscopi Noiilonrn^is ad Iractuin Rlic- 
ni, etc., legati apostolici, ad palrcm Franciscuni Vander 
Vckcn, S. J., ab anno MDCXLII ad MDCLIV;pauca alia ad cal- 
ccni adduntur. C. ch., scr. pracdictis annis. In-fol. 

A. I. r>6. 

J'aurais eu grand plaisir à parcourir, à extraire plusieurs 
des volumes de lettres, d'instructions, de relations, dont 
les litres sont énumérés pins liant, et spécialement ceux 
qui concernent la nonciature de Bruxelles et les négocia- 
lions de la paix de Wesiphalie. Mais je fus obligé, à mon 
grand regret, d'y renoncer : le temps me manquait. 



( 24o ) 



H. 



ïielalion du juan'arje du duc Charles de Bo>irgnf/}ie et de 
Marf/nerite d'York. 

(Commiiniciuéc par M. le baron Kervva de Lettenhove, d'après le MS. du 
llrilish Muséum, Cullon, iNoro C. IX. — Cfr. un texte différent de celte 
relation, publiée d'après un MS. de sir Thomas Phillips, dans le l. XXXI 
de V Archéologie britannique. — Voyez aussi les Mémoires d'Olivier 
(le la Marche, liv. II, ehap. V, et une relation anonyme, publiée par 
M. H.-.I Enschedé, dans la Kronijk van het liislor. Genootsrliap le 
Ulrecht, y>i" série , 2^'- deel (1 8G().) 



SOMMAIRE. 

Le i8jiiini468, Marguerite, sœur du roi d'Angleterre, 
quitte Londres pour aller épouser le duc Charles de Bour- 
gogne. Après avoir fait ses offrandes à l'église de Saint- 
Paul, elle traverse la cité, montée en croupe derrière le 
comte de Warwick et suivie d'un grand nombre de comtes, 
de barons et de nobles dames parmi lesquelles se trouvait 
la duchesse de Norfolk. Le maire de Londres et les alder- 
man lui présentent deux bassins qui renferment cent livres 
en or. Le même soir elle couche à l'abbaye de Stratford 
où se trouvent le roi et la reine. De là elle se rend en 
pèlerinage à Saint-Thomas de Canterbury; mais aussitôt 
après son départ le roi témoigne l'intention d'assister à son 
embarquement. 



i ^24(i ) 

I.e vendredi anrès la SaitJl-Jean, elle prend congé du 
roi qui s'éloigne avec les dnes de Clarenceet de Glocester, 
et les comtes de Warwiek , de Shrewslniry et de Nortliiim- 
lierland. Avec elle s'embarquent à Margatc lord Scales, 
lord Dacre, sir John Widewille, sir John Haward et beau- 
coup d'autres chevaliers et écuyers. — Noms des navires 
qui portent la princesse et sa suite. 

Le lendemain elle arrive à l'Ecluse où elle est reçue par 
Simon de Lalaing. Le môme jour elle sort de son navire et 
est conduite solennellement par l'évèque d'Utrecht et la 
comtesse de Charny, lille illégitime du duc Philippe, jus- 
qu'aux portes de la ville où les habitants, par l'ordre du duc, 
la reconnaissent pour leur souveraine et lui offrent douze 
marcs d'or qui valent deux cenls livres de monnaie an- 
glaise. Elle se rend au logement qui lui est préparé, au 
milieu des manifestations de l'allégresse publique. — Eeux 
de joie dans la ville et au château. — Chaque habitant se 
lient à la porle de sa demeure, une torche à la main. 

Vis-à-vis du logement de la princesse on avait construit 
un théâtre en bois orné de tapisseries et fermé par des 
rideaux. On les leva rapidement , de sorte que la princesse 
et le peuple purent y porter leurs regards. On y voyait repré- 
sentés Jason conquérant la Toison d'Or, Eslher et Vasthi. 
Le lendemain arriva la vieille duchesse de Bourgogne avec 
une suite nombreuse dans laquelle on remarquait Adolphe 
de Clèves, le seigneur de Fiennes et Jacques de Saint- 
Pol. Avec la vieille duchesse de Bourgogne se trouvait 
aussi Mademoiselle de Bourgogne qu'accompagnaient beau- 
coup de nobles dames. 

La princesse reçut la vieille duchesse à la porte de son 
logement. Toutes deux s'agenouillèrent avant de s'em- 
brasser, et gardèrent un instant le silence. La vieille du- 



( '^'^'^ ) 

chessc considéra altenlivcmerU la (igmc de la [)rinccsse, 
ensuite elle la serra dans ses bras et lui olFrit la main cpie 
celle-ci ne crut pas pouvoir accepter. Alors la duchesse la 
conduisit, avec beaucoup d'honneur, à travers la foule des 
Anglais et des Bourguignons jusqu'à sa chambre où elles 
dînèrent ensemble; puis elles parurent dans une salle où 
pouvaient les voir tous ceux des deux nations. Cela lait, 
la vieille duchesse prit congé de la princesse et remonta 
dans son chaiiot pour retourner à Bruges, afin de s'y pré- 
parer aux solennités qui allaient avoir lieu. 

Le lundi suivant, le duc de Bourgogne se rendit secrè- 
tement à l'Ecluse près de la princesse. Là se trouvaient en 
ce moment l'évèque de Salisbuiy, lord Scales, lord Dacre, 
la duchesse de Norfolk, lady Scales et beaucoup de sei- 
gneurs et de nobles dames. Le duc et la princesse échan- 
gèrent de grands témoignages de respect. Puis le duc la 
prit dans ses bras et la baisa ainsi que toutes les dames; 
ensuite il la regarda et contempla sa beauté en se réjouis- 
sant, et fort longtemi)s. — Comj)araison du duc de Bour- 
gogne et de Tro'ilc. — Le duc prend la princesse par la 
main droite et la fait asseoir près de lui. il lui adresse 
(|uelques mots à voix basse, et appelle l'évèque de Salis- 
bury et lord Scales. L'évèque de Salisbury célèbre les fian- 
(•ailles. Les seigneurs bourguignons et les conseillers du 
duc saluent la princesse comme duchesse de Bourgogne. 
Le duc va loger au château. 

Le lendemain, l'évèque de Salisbury et lord Scales se 
rendirent du logement de la princes.se (chez un marchand 
sur la place du Marché) au château près du duc, (pii moula 
à cheval pour retournera Bruges; mais, quand il arriva 
devant le logement de la princesse, il mit pied à terre et 
la baisa, ainsi (pie toutes les dames. Le même mardi, 



( 248 ) 
après le dépari du duc, la vieille duchesse de Bourgogne se 
rendit près de la princesse, et elle vint ainsi la voir tous 
les jours. 

Le mercredi arriva à l'Ecluse l'évèque de Tournay, 
accompagné des députés des étals de Flandre; il fil un 
discours où il parla d'un roidesOrcadesquidésirail trouver 
une femme belle et bonne. 

Le jeudi soir, le duc revint à l'Écluse et descendit de 
cheval devant le logement de la princesse qui vint au- 
devant de lui jusqu'à la porte. Le duc la baisa en présence 
de tout le peuple qui en fut grandement réjoui, ensuite il 
baisa également toutes les dames anglaises, mais celles-là 
seulement. Etant remonté à cheval, il se dirigea vers le 
château. 

Le vendredi, le duc monta à cheval devant le logement 
de la princesse, et l'ayant de nouveau baisée, il alla dîner 
à Bruges. 

Le samedi, selon les dispositions arrêtées par le duc et 
son conseil, la princesse se rendit par eau à Damme où 
les bourgmestres la reçurent processionnellement en lui 
offrant une coupe précieuse. La vieille duchesse de Bour- 
gogne l'y attendait avec quatre chariots garnis de drap 
d'or et huit chevaux aussi couverts de drap d'or. 

Le dimanche, le duc arriva entre cinq et six heures du 
matin, et le mariage fut célébré par les évoques de Salis- 
bury et de Tournay, en présence de la vieille duchesse de 
Bourgogne, de lord Scales, de lord Dacrcet des chevaliers 
et écuyers et des dames qui avaient quitté l'Angleterre 
pour accompagner la princesse. Le comte de Charny et un 
grand nombre d'autres seigneurs étaient chargés de l'es- 
corte. La princesse monta dans une litière. — Richesse de 
son costume. — Pompe du corlége. — Avant d'entrer à 



( 249 ) 

Bruges, elle rencontre les marcliands de diverses nations. 
— • Magnificence de leurs costumes. — Aux portes de 
Bruges, les maijistrats lui offrent du vin>et de la cire en 
signe d'honneur et de souveraineté, et la supplient d'être 
bonne et gracieuse pour la ville. — Ce qu'on avait lait 
pour orner la porte de Sainte-Croix. — Procession des 
évèques et des abbés. — Description des échafauds et des 
intermèdes. — Création d'Adam et d'Eve. — Alexandre 
épousant Cléopàlrc. — Notre-Dame et saint Joseph. — 
Les noces de Cana. — Le cantique des cantiques. — Le 
crucifiement de Jésus. — Moïse épousant la fille du roi 
d'Egypte. — La vierge à la Heur de lys. — Tobie. — 
Échafauds emblématiques élevés à l'entrée du palais. — 
Le pélican d'or qui verse l'hypocras. 

Description de la salle destinée à la réception solennelle 
de la princesse et de la table qui y était dressée. Admira- 
bles tapisseries faites à Arras, qui représentent l'histoire 
de Gédéon. On y voyait aussi deux châteaux bâtis sur des 
rochers qui semblaient faits de pierres précieuses et qui 
étaient entourés de murailles d'or. — Candélabres ornés 
de miroirs où se reflète l'image de tous les assistants. — 
Détails sur un buffet à plusieurs étages d'une rare magni- 
ficence. 

Le duc donna la main droite à sa mère, la main gauche 
à sa fille. D'un coté se trouvaient cinquante-deux dames; 
de l'autre une foule de seigneurs. Quant, après avoir 
assisté aux joutes, il revint au banquet, la grande table et 
une autre table placée dans la même salle portaient des 
plats d'argent remplis de mets délicats. 

Le mardi , le duc dîna dans la grande salle et se rendit 
avec notre princesse aux joutes. — Description du costume 
du duc et du harnais de son cheval. — Les joyaux étaient 



( 250 ) 

(rune richesse qui n'avait jamais été égalée. A son retour, 
lu table était couverte de sept plats. Chaque plat était 
placé sous une lente et chaque tente portait une ban- 
nière. Sur la même table il y avait seize pâtés sous des 
pavillons à pennons. Au milieu de la salle s'élevait un châ- 
teau à quatre fenêtres où se montrèrent successivement 
des sangliers, des chèvres , des loups, des ânes et enhn des 
singes qui trouvèrent un marchand endormi et lui enle- 
vèrent sa mercerie pour la distribuer à la fouie. 

Le jeudi suivant, il y cul un autre banquet où prirent 
place soixante barons et baronnets. Description de la robe 
d'orfèvrerie du duc. Il porte sur son chapeau le grand 
balais de Flandre. Après avoir assisté aux joules, il revient 
dans la grande salle du palais, éclairée par des torches. — 
Merveilleux inlermèdes. — Eléphants portant des châteaux. 

— Cygne argenté. — Coqs de bruyère aux armes du duc. 

— Licorne portant des oranges, etc. Au mémo banquet 
lurent représentés quatre histoires d'Hercule. Dans la 
chambre du duc on représenta le mariage de la lille du roi 
Clolaire de France et du roi de Bourgogne. — Trente- 
deux chambres étaient ornées de riches tapisseries. 

Le dimanche, huitième jour des fêtes, on représenta 
quatre autres histoires d'Hercule, savoir comment il punit 
les brigands, tua le sanglier, chàlia l'homme du désert cl 
l)la(;a des colonnes dans la mer. 

Le lundi soir, la table porta trente et un parcs ayant 
chacun un arbre d'or couvert de feuilles, de lleurs et 
de fruits, entouré de vignes couvertes de grappes de 
raisin et portant de plus un chandelier d'argent. Ceci (igu- 
rait les trente et une abbayes des États du duc, dont les 
armes y étaient placées. — Autres intermèdes. — Persoii- 
nages de diverses conditions se rendant au marché, etc. — 



( 2S1 ) 
Tour ornée d'un grand miroir. — Jardins remplis de fleurs. 
— Admirables fontaines. — Image d'un prophète dont la 
main fait couler l'eau de Damas, etc. 

Pendant ces neuf jours, les joutes se succédèrent sans 
interruption. Le roi d'armes Jarretière en a une description 
en français. — Néanmoins l'auteur de cette relation croit 
utile d'en raconter la dernière journée. Le duc y rompit six 
lances, puis il se retira dans le logement qui lui était pré- 
paré. — Ordonnance du juge du pas de l'Arbre d'or. Tous 
les chevaliers se rangent en ordre de bataille. — Vivacité 
de la lutte. La princesse agite son mouchoir pour la faire 
cesser. Plaintes de quelques chevaliers blessés, qui accu- 
sent leurs adversaires de déloyauté. D'autres chevaliers 
prennent leur place. — Arrivée de douze chevaliers riche- 
ment armés qui conduisent le duc au banquet. Le prix du 
tournoi est décerné à sir John NVidcwille; celui de la joule 
au sire d'Argueil , frère du prince d'Orange. 

The inariufje of llte Ryijhl HUjh and nnjghlij Prince ihc Duc 
of liurgondie wilh the lUcjlil Iliyli and exceUcnl Princesse 
Munjarelt, suslcr unto (lie Ricjht Higli and niyghty Prince 
and most crislen kyng , kyng Edward the iiif^' aj'ler ihe 
conqueste, kyng of England and of Fraunce, and lorde 
of Ireland. 

The saturday ihc \^iij"' day of June, Ihe viij'^' yerc of Ihc 
l'cygnc of our said soveraync lorde, Ihc sayd princesse weiit 
IVoin a place in London calicd ihc Kinges-vjardrope devoulely 
toward lier mariage as ensuyth : 

Fursle unto the cliurche of Seynt-Paulc in Londone abovc- 
said, and (hcrc made luir offringc with grett dcvplionc, and 
aflcr liiir oiïrinn soo niadc, slio tokc liur hors and rode lo- 



( 25^2 ) 

wartle Uic said cile, llic t'ilc of Warrcw ykc ridiiig bcforc liiif 
on Imr hors, atid \vilh liiir olhcr orlcs and barons grctt num- 
Iji'c, tlic (luclics of Norfohke and othcr ladics and gentil 
womcn of gi-elt nonnibrc. And al hiir said cntry into llie 
Cli('j)e, Mic niaiorc of Londone and his brellicrn Ibc aldcrmcn 
prcscntid hui- a peyrc of riche ))assynis, and in Ihc said ba- 
s\nnys a C. i' of gohic; and liic sanie nyght she h)ggid at Uic 
abbay of Stratlforlli, whcrc ihe king and Ihc qucnc lave ihe 
sanie nyght. And frorn tlicnce she tokc hnr j)ilgremagc unto 
Saynte-Thonias of Canlerbury, and afler hiir dcpartyng lo- 
Avarile Canlerbury, it pleasid the kyng to send after hiir and 
to see luirsliipping. 

The fiiday ncxte afler ihe Nativité of Se} nt John-Baptiste 
slic shij)pid ait Margale, and liiere she tokc levé of tl)e kyng 
and depaitid. Thcre wenle ageync with thc kyng the due of 
Chirence, the duc of Glouecster, ihe cric of Warrcwyke, thc 
erle of Shercwysbury, the erlc of Norlhumbcrland, and liierc 
abodc wilh niy lady atlendyng hur in hur shippe, my lorde 
Scalcs hur présenter, niy lorde Dacrc hur chamberlayne , 
sir John Widdevyle, sir John Ilayward , with many other fa- 
niosc knytes and esquires , and she was sliippid in thc .Vt'fr 
Olive of London, and in hur navy and compayne ihc John 
of ihe New Caslell, thc 3/arij of Salesbury, and many othcr 
roialle shippis. 

And on liic morowe landed ait Scluse in Flaundres, and as 
soon as her shippe and eompany of shippis were cnlrydde 
into thc haven , there reecyvid hur theis asiates ensueying, 
sir Simond de Lalcyn and the waler-bailli, in divcrcc vesselles 
as bolis and harkis, euiparreldc redy for hur hmdyng, and aiso 
oder grelt eompany of botes for hur peplc, and landyd ihat 
same day in the towne of Scluse in Flaundres, and ait hur lan- 
dyng, the fursle asiate ihal reecyvid hur, was Ihc bissliop[)e 
of Ultrighle, welIe accompanicd wilh noble peoplc, and the 
countes of Sherne, baslcrd doughier to dtic Phili|)peof Fîur- 



( 255) 

goignc, ami widi hiir intiny lordes and gciililiwoincn, and soo 
procedyiig in, ail thc gale of ihe saine lownc, Ihere thcy prc- 
senlid hur llic lownc and slicvcd hur thcrc, iippon ihc diikcs 
high commandcuicnt, llial llici sluild prcsenle to hur ihe said 
lownc, and hur lo takc for ther sovraync hidy, and thcy gaffe 
unlo my lady xij markc of gold, thc which ys in Ihe value 
ce. £ of cnglyssche money. And soo my lady procedyng 
through Ihe towne unlo hur logyngc, the people made firis in 
gretl nunihre of wax-lorchcs and torchcUcs outc of evcry 
house, pynacles snhtellic devisid in ihc lownc and in ihc castelle 
with fircs hrannyng in thc slrelcs grelt numhrc. Also evei'y 
houscholdcr stondyng in tho strell withoule ther dores, cvc- 
rychc a tordie in his handc brannyng. 

Evcn aposite my ladys loggyng, Ihcrc >\as a stage niadc of 
lymbre warke under ihis forme as ensewylh; ihe stage dcvidid 
in thrc pagcaunlcs, richely covcrde with lappctles and beforc 
subtelly corteynyd, wilh oute those cortayncs a man ycvinge 
allcndance ait soelic lyme as my lady passid by, and drew ihc 
oortayne of ihe lasl pageaunle of the iij pageauntcs afore re- 
hersid, and than sccrclely closcd it agaync and shcwdc as 
lylill sight as myghl be shewed, and soo sodenly from pageaunl 
lo pageaunl. Thc ffurst pageaunl casl thc curtayncs sublyiy 
thaï thc people hadde ihercof a sufliciant sight. The pageaun- 
tcs wcre soo obscure that I ferc me to wryte or spekc of thcm 
bccausc ail was countcnaunce and noo wordes. In my ondcr- 
stondyng the ffursle pageaunl thorough wome Jason wan ihe 
fflees of golde. The ij'^" was qucne Astor ihat was laste wyfc 
unto Assuerus the kyng, and the iij''" pageaunle was Vcstie 
that was fursl wife unto the kyng Assuerus. And on Ihc morow 
the oldc duchés of Burgoigne come unlo my said lady, accom- 
payncd w il!i many grelt asiates as cnsewelh : my lorde Ravy- 
sten, bi'olher to the myghly Prynce tlie duc of Cleve, Ihe 
lordc Ffcenes, thc lord Jakes of Scynt-Poulc, and many olhcr 



( 254 ) 

kiiNglites and cciuycrs, \vi(h thc oldc diichcs llic PryiK'cs flic 
maydcn of Burgoigne, witli inany ladics and gcnlilwomen. 

ïlic niclyng of thc oldc diichcs and llic light liigli and 
excellent princes byCorc rcllCl^^idd was in lliis ffornic as cn- 
suylh : llic said ()rynccs mette liur att thc halle dore of luir 
logyiigc, cthei' of ihcni knclyng a down to othcr, enbrasyng 
cther other in armys riglit am\'ablc, and stodc stillc in com- 
munication a tract of lyme, and than llie oldc dnchcs avisid 
thc visage of niy lady, and lokc hur eftsoncs in luic arms, 
and proferd hur thc right hande, and shc wold notl; and thc 
oldc duchés tokc hur very modcrly wilh grett rcverancc, and 
ladde hur ihrow thc ahundanec of thc pco])le of Englisschc 
and Uurgoynncs, and soo to hur chambour, and there toge- 
dres dyncd with as grett joy as couthc hc thought, and after 
d\narto communication in a ircsaunce hetwyxtwhere ail thc of 
bothc thc nations myght se iher fainiliaritc. And than thc old 
duchés tokc hur levé, and departid and wcnte to hur chare, 
and rode to Brugges to cmparelle for thc solempnilc as cn- 
suith. 

On thc monday ncxtc after come thc dukc of Burgoinc to 
Sclucc with XX'' pcrsoncs sccrctely to my lady, and there was 
in thc présente my lorde bisshop of Salesbury, my lord Scalcs, 
my lorde Dacrcs chamherlcyn unto my sayd lady, thc duchés 
of Northolke, thc lady Scalcs, and aile thc ahoundaunce of 
knyghtes, esquiers and gcntiliwomcn environ Ihe chambre, 
and than the duc and my lady heyng in myddys of thc 
chambre, révèrent obéissance madc cther to other, thc dukc 
loke hur in his armys and kissiddc hur, and than kyssidde 
ali the ladyes and gcntilwomen; and whcn hc had soo donc, 
loked and rcgardcd to the beauté of hur, he rejoysed, and in 
his rejoyse in soche case me thought as Troilus was inné, for 
hc tarryd and avysed hur a tratle of tyme as he wcnt to hur 
agaync, and than revercntlcly wcnt to hur and tokc hur by 



( 255 ) 

llio rvglit liand, and sert Itollie licin downe ond axe lier a ques- 
tion seeretely, and than eallid llie busslioppe of Salesliuiy 
and llic lord Scales, and than axid ihe bisshoppe llic fformc 
of llie ffiaunecynge; and than llie hisslioppc shcvcd hym and 
my lady botlie the maner and in higli wordes pupplislic hilye 
fiaunced ayther other. The lordes of Burgoinc and the dufces 
concelle thcr beyng eallid hur duehcs of Burgoine, and than 
after a while comenyd. And Ihan the ducdepartid to the cas- 
tell and ihar logid. 

And on the morow the hisshoppc of Salesbury and the lord 
Scales wcnle from my ladycs logyng, whiche was in a niar- 
chauntes house in the markette place of Sluse, to the castcU 
to the saide due, and Iherc hadde connecll; and Ihcn the duc 
toke his hors and soo on horsebaeke rode towardes Brygges, 
and whan hc corne before my ladies logyng, he lyght of his 
hors and kyssidde hur and ail ihc ladys and gentihvomen in 
hur compaync, and ihen eftsonys kyssid my lady, and than 
departid (o Brigges; and after his departing my lady the 
dukys moder of Burgone comc to liur the same twysday and 
so dayly the tymc of hur beyng there. 

And on the wenysday the bisshoppe of Turney come to 
Scluse and in his compayne the iiij estâtes of Flaundres, that 
is to say ihem of Gaunt, and theym of Brugges and Iprissc, 
and the eomynys of the land , and the bisshoppe shevedc his 
proposition a story of the kyng of Orkenay how he desirid gret- 
tely to be maryde to a wyfe that was bothc fayre and good : 
hit were to longe to reherse, whcrefore I passe over and goo 
to my Ifurst mater. 

And on thethursday att nyght the duc of Burgone come to 
Sclus, and in his comyng before my ladycs loggyng, alyght of 
his hors, and my lady mette hym att the halle dore, and he 
kyssid hur in the opyn sight of ail the people of bothc na- 
tions, in the which kyssyng the pcoplc of the lande gret- 
tely rejoyscd, and aficr that he hadde soo donc, he kyssid ail 



( 256 ) 

fhc ladyes aiid gcnlilwoinen that wcre cnglysshe, and other 
lit' woldc nolt. And llicn hc (okc niv lady offsonys and kyssid 
liur, and departid to hors and rode to thc castell befoi-e re- 
liersid, and on ihe ffryday ncxt folowyng toke hors beforc 
niy ladyes logyng and did right as he didc in his coniyng lo 
thc said lownc, for ihat was his eranl to sec hur wcifare and 
kyssc hur, and so rode to Brngges lo his dynere. Antl on thc 
saturday my lady hy the dnkes appoyntlenicnt and ail his 
eouncell rcmovcd hy vvater lo thc Dame, and therclogged, 
and aftur hnr logyngc ait the Darne the lowne receyvidd hur 
witii procession; thc borowc-maistres with thcr irelishippe 
prcseniid hur a riche coppe, and the olde douches of I3ur- 
goync there rnelt har sone aflur hur landyng with iiij cha- 
rcs garnisshcd with clothc of golde crynisvn and vui horses 
in a soute of thc saine clothc of golde. 

And on sunday the duc came in thc mornyng l)etwixlc v 
and VI on the clocke; ihcy wcre wcddid hy the bisshoppe of 
Salcsbury and thc bisshoppe of ïurncy, there hcyng ait ihe 
forsaid masse thc old duchés of Burgoync, my lord Scales, ihe 
lord Dacrcs and thc knyghtcs and csquiers, ladyes and gen- 
lilwomcn that comc with my lady ouïe of Englandc, and 
Iherc was chargcd therlc of Sherne chamberlayne and other 
lordes of the dukes eouncell, knyghtcs and csquiers grclt com- 
paynyes on hnrsebacke yevyngc entendance. And my lady was 
. sett in a liltur richely cnperayled with clothc of golde crym- 
syn, hursurcotc and hur mantcll with clolhe of golde furryd 
with ermyn, and she hurselfe rychcly coroned. i\extc hyfore 
hur kyngis of armys and heraldes of dyverse realmcs and 
nations, noys of trumpcttes of dyverse realmcs, greft com- 
payny of lords and knyghtcs, and then lolowyng hir aftur viii 
gentilwomen in thc saine suie beforc rehersid , and iiii cha- 
res of a suie, and aforc hur entre into thc lownc of Brigges 
mette hur the maistre of thc Florcntynvs, and yafF hur un 
cowrsei's trappcd wilh whilc damaske browdrcd with blew, 



( 257 ) 

and worshippc liur willi 1" torches hrannyng, and tlicy tliat 
berc Ihe torchis, werc clothcd in biew, and tho that wcre mar- 
chantes, were clothed in crymsyn velvelt, and tho thatwcrc 
servantes werc clollicd in crymsyn clothe. And thcn niett hiir 
the Venysyansand the Janiiays with dyverce olliir nations as 
Estcrlynges, Espaynnardcs, Lucans and Scottes; and ail werc 
on horsebacke, savyng the Scottes, whiche were al on fote. 
And than the storme of the rayne corne soo faste 1 myght nott 
to ryght the certayne of the presentationes. And at the towne 
ol' Brigges th'astalis of the towne presentid hur ihe wyne and 
the wax in honour and soveraynte, and besought hur to bc 
good and gracions lady to the towne, and tliay wcre clolhid 
in blacke damaskc, and of thcm were grclt noumbur. And ait 
hur entre in att the gâte whiche is callid the Crosse Gâte, ail 
the towrys and carneaus of the gale enramplisscd wilh melo- 
dius mynstralsy and bcscnc i-ichcjy with tappcttes, castyng 
oute of fllourcs, rcjoysyng of the pcopic, and then att the 
nexle turnyngin the strete procession recevydhur, bnsshoppis 
and abbotes with soicmpne procession and grctt solempnylc 
vni" and vi crossetles. And than a pageaunt inade by snbtillc 
crafte aftur the forme of a casteile-gat. And in ihc substance 
the slory in the pagcanl was the création of Adam and Eve and 
of thcr mariage, and ther bcfore was written : — Dominus 
Dens in paradiso volitpUtlum addiixit Evam et Adam, ut iixor 
et conJKx ipsius esset. Genesis i&. And Adam hildea rolle in 
his hand, wherin was wrcttyn : — Hoc nnnc os ex ossibus 
meis et caro de carne niea. Ge.nesis n''". Atid ourc Lord God 
hild a rolle in the whiche was written : — Cresrite et miilfi- 
plicaminî et replète terrarn. Ge.nesis i'"". 1 wold write of the 
countennance, but it was soo niarvelous wcllc donc, for it was 
nott in imagery, it was in veeray levynge crcaturys, the coun- 
tenaunce of hem so sapient unto the pcople was shcved and 
soubdanly dosed with corlaynis drawynge craftclye; and othcr 
pageauntcs of dyverce ystorycs aflin* the^amc forme enduryng 



( ms ) 

iinld llie Pryiucs palice as ensuitli. Tlio ir''' pagcaiint wa.s ol" 
Alixandrc ihc i^rcll conqiicror, how lie conquorod Dcmotrius 
llie kyng, and lie niaried llie dougliter of llic kyng of Egypte, 
and thcrc was writt} n : — Rex Ptolomeus venit et Cleopatrani 
ejus fUiam Alexandro régi dedil vxoreni. Primo Machab., 
CAPiTULO X". And ihcre a prophète liilde a rolle, wherein was 
writtyn : — Gaudeanuis et exidtemus et demus gloriam Deo, 
quia veneriint nuplie Acjni, et uxor ejus preparavit se. Apocal., 
XIX"'" CAPiTLLO. The Ml''' pageaunt was of Oure Lady and Jo- 
scpe, and evyn by llic sanie a pageannt of a yonglyng like lo 
a bridgiome with niony yonglynges, and he hildc a roUc in 
his hand , wherein was writtyn : — tu pulcra es arnica mea et 
sponsa mea. And there was a maid wilb inany otlier maydyns 
like to bryde, and she hilde a rowle in hur bande wberin 
was writtyn : — Filie, anitunciate dilecto nieo (/nia amore 
langueo. Tbe un"' pageaunt of Archedecline; tiiere Jhesus of 
water inadc wyne, and with onte tbat was writtyn : — Nup- 
lie /'acte siiiit in Cana Galilée, et erat mater Jiiesn ibi; vo- 
catiis est Jhesus et discipuli ejus ad nuptias. Joiiannes ii''". Tbe 
a"' pageaunt was of (Lv.mica canticokum and of ibe iii° eapitulo, 
wberin was a briddc with inaidMis, and she biide a rolle in 
bur bande, wherein was writtyn : — Inveni c/uem dili(jit 
anima mea. And a yonglyng as a bridgrome with many olher 
vonglynges, and he hilde a rolle in likewysc wherein was 
writtyn : — Tuta pulcra es arnica mea , suavis et décora. The 
VI pageaunt was of (he crusiliyng of Oure borde Jbesu Ciistc 
and there was w rittyn : — Civitas solis vocahitur nna ; in die 
illaerit allare Domini in medio terre et titulus Dominijuxta 
terminum ejus. Isaye , xix"''. The vu ebappicre how Moyses 
weddid Tharbis tbe kynges dougbtur of Egippete, and witbc 
oute tbat was writtyn : — Moyses, posiquam diutiiisobsedisset 
civitatem, Tharbis ffilia Régis Egiptii in eum oculos injecil, 
qtiam ipse Moyses poslmodum duxit. Petuis Comestorius in 
Ilistoria Scolastica. The viii pageaunt was a niaydyn sittyng 



( 259 ) 

belwene a iyon aiul a liipcrde being tlie armys of Biirgoygne, 
thc whicli ardues conqucred ffroin the bestcs, and above the 
maidyns bcdde tlierc was a grctt filoiir-do-lis, and withoiite 
was writtyn : — Léo elpardus in greniio fjlosculi se amplexi 
sunt suh lilio, wilh nior tbinges in tbc same pageaiint. The 
ix"' pagcaunt was of llic ix"' chappiter of Tbobic, and tbis was 
the texte, as thei shewed by wrilyng: — Benedicfio super nxo- 
rem iuam et super parentes tuos, et videbitis ffilios vestros et 
ffiiios fjiliorum veslroriim usque in lerliam et quartam gene- 
rationem. Ovyr ihe courte-gate, in the prynccs entre was a 
riche hebne ricbcli labernacuiid of goold , subtiley graven 
ihinges in pinacles , to lyons hoidyng the liehne cnvironed 
with armys of dyverce lordeshippes, tbat is to say : Bor- 
goignc, Brabant, Lembrokc et Lushamliourk , of thc marquis 
of the Holy Empire, Flaundrcs, Artoys, Burgoigne, Enaud, IIo- 
land, Zeland, Prisse, Salins et Malyns. And also uppon ihe 
same galt witboute the tabernacull afore rehersid on ether 
side an archer on wilh a crosse-bcwe bcndc wilh a maleras, 
oui of ihe whiche rannc redde wyne atl my ladies entre, and 
ihe arclier on tlie lyfle side wilh a longe bcw drawyng a 
brode arow, ihc which ranne white wyne, and in the courte 
upon a Ircc a pellicanc of goold from bis hart rannyng ipo- 
cras, and the halle garnisshid as ensuelh. 

The halle thaï my ladi kepte in hur eslate was lxv paas of 
lengelbe and xxxn'' in brede, an high table, the ffurst day, nat 
aile thynges contayning the brede of the hall. And on that 
table, conteyning the lengith of the table and more, a clothe 
of goold of tisshue right riche , and within tbat clothe another 
dolhe of astatc roiall of riche clothe of gold of vm breedes of 
the dukys coionrs of purplle and blake, the valaunce of the 
said clothes rieheli fryngid. On bothe sidis thc halle tables on 
stages, the costers of the said halle of riche arras : marvelous 
in my mynd ihc curyous makyng thaï is in the forsaid arras, 
and is of anncien ystory of ihc Bible of ffamous Gcdeon , tbat 

Tome \"'\ o'"' série. 20 



( m) ) 

by llio iiiigellc ol God was coiiinjauiiclid llic lices aiitl display 
hit il) haners. and ho aiinswererd the anirclle and said : « ïhoii 

« Miaiste he a spirite olthc (I) and nott an angelle, and 

» maiste cause nie lo oirende God. Yeve it hc soo ihat thés 
» lïlecs Ihat show hasle takyn lo me, wol noll receyve waler 
» in lyme of rayne, I wol beleve that ihow art an angelle 
» of God, » and it fortnnyd in shorle tynie aftiir thcre fêle 
grelt rayne, and the fltesses reeeyvcd no water, biitt in grctt 
droughthis it was moysle, wherethrough the said Gedionc 
Irustid ihat it was the wille of God, that he shuld ruie the 
peoplc, as more opyniy is shewed in the Bible. In the said 
halle was hangyng ii candilstickes yevyng light cgally. Unto 
mee noo thyngsoo obscure as the crafte of the makyng of the 
rocke, the whiche a eastelle stade uppone, everyche of the said 
candilstickes, the said rocke semyng to be a rocke of pre- 
cious stonis, niervclisly wrouglit, envyroned aboute wilh wal- 
lisof golde, and the nethermost parte of the said candilstickes, 
in eche of hem vu grett glasscs curiously sett thcrin and in 
soche wise as the aboundancc of the people and countenaunce 
appered in the said glasse, and on every of the said candil- 
stickes vui lightes, and over that to encrecc the lumer of the 
said halle on every sidc vu othir candilstickes one eche of them 
IV lightis. The rooffe of the said halle palye white and blewe 
dolhe, and in the middis a copborde in triangle of ix stages 
highly rychely inramplisshid with coppes, on the lowest 
stage, and on the n''^ stage coverede coppes, and so enviro- 
nyng the said copbord in triangle, what in coppis , fllagons, 
and pottes right riche to the i.v"' stage, and uppon the 
roundelle a coppe that contaynid tiie circuite of the triangle 
above , and on the m corners of the said triangle beneth, 
through it were nott above but after, the brode of the coppe 



(1) Lacune clans le manuscrit. 



( 261 ) 

beforc rchcrsid wcre of a grett, circuite, on every cornare an 
unicorns-liorne llie poynlc garnyssliid, and othcr mi in otlier 
places accomplisshyng tlic cop-bordo. Tbo prynccs, aftor \va- 
ter, sett to mete in the rigbt stand tbe ducbes auncien, and 
on ihc seconde band tbe damsell of Burgoigne. And att the 
oone side table was lm ladies and gentilwonien , and att the 
other lordis and knyghtes of bothe nations, than the cop-borde 
standyng on tbt rigbt side of tbe balle. And aften tbat tbe duc 
adressid hyni to the justis, and after tbe justes to tbe bankett, 
and att bis entre into tbe halle tbe bigh table and tbe table 
on tbe leftband was egally accomplissbed witb grett cbargers 
of silver fîulle of délicate nieetes , every messe covered witb 
disshes egallye. 

And on the tewysday the duc dynid in bis grett chambre, 
and after diner toke my lady and wend to tbe justes in this 
abite ensew yng : a shorte govvne of gofdesmythe werke , the 
base of tbat gowne mcrvelusly riche me to wryle of the dia- 
mantis, perles and soo grett balas, mcrvelous to me soo grett 
riches in soo litill a space. His haknay which he rod on thesaid 
tewisday to the justes, was barneysid as ensuelb : tbe cbafe- 
rounce, paytrelle and crowpcr garnished witb fyne golde em- 

browdered witb grett perlettes, the (1) of the hangers en- 

ramplissbid with grett balas , tbe riches of tbe cbafrount before 
rehei'sid and of the harnes in jugement tbe richet juelles that 
1 hâve sayne. And after tbe justes att his entre into tbe hall uppon 
the bigh table vu cbargers with mete, every charger covered 
with a tente, and uppon and every tente to baners, and up- 
pon tbe said table xvi dysshis, every disshe pavylyoned, on 
every pavylion a penon of arniys. And wben the duc was 
sett, the tentes and tbe pavillons were taken from tbe messes 
among the comyn peoplc ho so wolde, the nurabre of tbe ten- 



(1.) Lacune dans le texlc. 



( ^(i^i ) 

(es aiul |>avili(ms xlvi. And in thc niyddcwai'd oC llu; ludlo, 
wIkmt tlie cop-borde st.odc, iherewas a curisli wi'oughlcastellc, 
and in llic castellc a warden, thc wliich with a hic;h voycc 
cailid "jppon his nieyny to (akcwaclicaboulc tynieol llic niyd- 
dcs of thc bankclt, and blcw an hornc, and att thc un windo- 
wes of thc castellc appcrid un grctt becrys. Than llic Avar- 
daync badd liis trunippctlcrs : « Blow fast to rccomfort this my 
» forltras » , and thanc cche of the said bcres hadd a trumpctt 
with a bancr of the dnkys armys, and hildc it with his fore- 
fotc snbtily, and blcw cch onc of tlicni sfowtcly well, and 
aftcr that hc hadd soo donc, hc cailid his inynstralles to 
njake mclodi , and ait thc sanic windowcs whcrc thc beercs 
werc, appcrid gcttcs with longe pipis and pipid,and aftnr a 
grett prolonge of hym'sclfc in spekyng, cailid againc uppon 
pcople to wachc his castellc, and att every wyndow'thcre ap- 
pcrid wulves, and aftur appcrid att thc samc windowcs asses. 
The v""^ tymc hc cailid on his peoplc to scrchc his place 
that nothingc préjudice lo that his place in any wyse rnyght 
approche. And att every wyndowe and dore yscwcd apes and 
serched thc place, and in the basse-court thci fount a chap- 
nian asicpe with warc niany sondry smalc thynges as broches, 
pnrscs, lases, beedis and glasses, thc Avhichc the said apes 
distribute aboiitc to thc aboujidancc of the pcople, and att 
llic wakyng of thc chappcnian soo distrcssid hc made a hevy 
conntcnannce. 

And on the thursday nextc folowyng, thc ducke keptc his 
asiate in a gowne richely bcsene of goldcsmythes worke, and 
in his grett chambre sittyng att ii tables lx barons en baro- 
nettes, and on his heddc a blacke hatt, on that bat a balas in 
a panyerre callcd thc balas of Flaundrcs a nicrvellous riche 
jewellc, and att nn of thc clockc hc corne inlo the marte (o the 
justes and aftur thc justes to thc chambre and sone aftur into 
thc grett halle, the duc and thc duchés with aile thc lordes 
and ladyes, thc halle att that lymc accomplisslicd wylh the 



( 205 ) 

candilstickes afore rehersicl , lx torselles, and ail llie fore said 
tables sclt willi diverse nictes : ffiirst a grelt plalcr setl willi 
dyverse meetes aftur tlie niancr of the counlray, and every 
messe a olyfaunteberyrig bis caslell vvilb a subtilité , a swanne 
rostid and silverde marvehisly slandyng in a larrage, a pe- 
eocke in lyke forme, every peeocke liavyng a ma nielle oC 
armys of brotber of tbe fleese , and a unicorne beryng triis- 
singe cofers fulle of counfestcs, an harte charged witb a 
basket fillid witb orenges, and many otbcr dissliis of dcli- 
eaties raervelous to me, and so from mese to messe, tbe bigb 
table aforesaide egally throvve tlic balle , att every otbcr mese 
a tortcs a broebe ibe cbandelers of silvere, and att tbe saide 
bankett nn ystories of Ercules countcnauncyng and noo spe- 
cbe; tbe yslory of tbe duckes grett cbambre was of tbe 
mariage of tbe dougliler of kyng Glotte of Fraunce and tbe 
kynge of Burgoyne, and wbat issue tbat tbey hadde, rigbt 
ricbe arras, and aftur tbat otber cbambres hanged an-as 
silke and lapstre xxxn cbambre. 

And on the sonday tbe vni"' day of the fest, at bankettes 
was nn stories of Ercules. The furst was how be ebastisede 
tbe theves witb bis owne bandes, the n^' was how be slew 
the bore, the m'*'' how be ebastisede the wyld men of tbe 
wildernes, the nu""' how be sett piliers in the see. 

The bankett on munday at nyght the duc and tbe duchés 
wilh asiates of the lordes and ladyes come into tbe halle, 
the table accomplissbcd as ensueth : xxx'' tarages and every 
tarage a tre of golde wilh grene levés and blossomes of 
diverce ffruttes ripe as orenges, ap[)les, pères, roses white 
and redd, pomgarnadis, hawtbornes blowyng and diverce 
othir thynges marvellously wrought. Tbe tarage before re- 
hcrsid watclid witli gold within tbe watclyng aboute the 
sayd tre, and everyche of hem fillid witb meetes dyverce 
grctt abundancc, the whiche trecs sinyfied xxx" abbayes undur 
the duekisobcisaunce, and uppon every tre apenon of îhedukis 



( 264 ) 

armis , aiid tlie nanic of the abbaye. Betwvxte evcn lie e a bake- 
inete kovered with a vyne beryng grapes, lorsettes a t)roeh 
tories stantlyng on a chaundeler of silver, lo every tree tlirow 
the hall dyverce sublilites drawyng to the numbre of lx men 
aud wemen, some two men beryng a barow betwene hen 
Jodyn with subtilités, and uppon some barow a basket lood in 
like wise, and some lyke wiffes, as they corne to the markett 
ward with a baskett on hur hed and on othir in hur bande, 
and some as laborcr beryng a grett baskett on bis backe with 
bolbe bis bandes, and some as maydyns spynnyng, and 
some as gentilwemen beryng a gentille-manys hatt in bothc 
the bandes Iode in likc fforme, some as gentilwemen beryng 
ffannes ioode in like forme , some as gentilwemen in the 
duché maner. afore hur in hur kerchcfFe of hur bedd subti- 
lités, and soche dyverce other moo than I canne wryte of, 
the countinaunce of hem was soo straunge and the dyverce 
array. And uppon the hygh table afore the astate was madc 
a goodcly towne with nu towrettis curysly wrought, and on 
the myddys of the said towre thcre was a grett glasse ston- 
dyng uppon a shafte of goolde. The glasse accompasshid with 
baytayllyng of goolde and pynnacles, and on the roof anc 
ymage of a man beryng a pennon of the dukys armys of 
Burgoyne, and before the gatis of the said towre an arbare 
walledd and craftely made with flourys and herbes. And in 
the myddes of the arbare a fontayne made vni square, and 
over eche other quare a baner of the diikes armys, and on 
the rolTe a litille ymage of a profett holdyng uppe bis hande, 
and oute of bis fore-fyngre rynnyng a myglity streme of 
Avater of Damaske. 

To wryle of the justes that dayly was duryng the forsaid 
IX dayes in the markett place of Brigges, ys over longe a thyng 
to bc wriltyn in this abbreviate. Garter the kyng of armys 
hathe it in fï'renche, and for that cause I levé to wrytt. But 
of the lurney and justes of the last day of the ITcst was as 



( 265 ) 

ensuytli : tlic duc atlrcssed liyni hoisid and armyd tryhuin|)- 
liosly acconipayiicd witli lordes iinto thc ffeldc, xii coursoiirs 
lolo\vynij[ liym richely besceu in divorce trappcrs, nono 
lyke anothcr, and (licrc the said duc found in thc lîelde thc 
lorde that kepte thc pacc, rcdy horscd and armyd, and 
they rannc curagiously togcthrcs, and ihc duc brakc uppon 
the saide lordc vi spcrcs. And aftcr that hc hadde soo donc, 
went to his loggyng that was assigncd l)y thc lorde of thc 
pace, and as a felow nnto hcni of thcin ol' the said pacc , as 
aile other that before hadd justid with the said of the pacc , 
dede soo, in onc corapayny, adressed hem to the iïilde to the 
turney, the numbre of hem of the party within was xx" vi 
and they aunsword xx" vi corners of the party withoute, and 
aile they of the party within liadd diverse trappcrs uppon 
ther horses purpille with trces of goldc enbraudred, and so 
the enranged them in fcyre baytaile and oposite the xx'' vi 
commcrs , and by thc juges ther assigncd by the compayne 
of the lorde of thc Tree of golde delyvercd speres egally and 
swcrdes, the poyntes of the egys rebalid; and when that thei 
wcre reddi, soo enranged before tlie prynces of the fest in 
the said markctt. There was ordaynged that cvery man had 
spere and swerd att his avauntage, and that without strake 
with the sowne of a trompe shulde be ther chargyng toge- 
dres, and evyn inmcdiately the trom})c sosvnyng, speres 
fast in reste, the speres broken, the temyng of sadelis, the 
hewyng on bassynettes with blout swcrdes, the strokcs in- 
numerable; for the juges thatsattc, nor thc pryncesse of thc 
ffeste with dolorous countenauns wavyng hir kerchefe, tooke 
nott upp the sporte lille att the lasl it pleesid the pryncc, 
that was shoo in the compayne, that had yevcn many grett 
buffettes and myghtyly défendent, lo corne to ihe juges, and 
thay in any wysc besoughtc hyni that he wolile in noo wysc 
contenew the turnay, for wilhoulc that it lykcd hym to be 
rehehnede, and so with opyn face lo charge hem lo ceasc , il 



( im ) 

y^as likc lo grow to a grett inconveiiyenre. And tlieii in niy 
jugynK'iit every nian had yiiougli, thc pleye was so conil)rous, 
and tlian ihe duc onhelmyd hym and with a grcU slafl'e his 
persone charged peece in payne of dethe, and soo willi grett 
labor lie drove thc pertycs asundrc. And tlien the cerlayn of 
the said perties fonde them agrevcd. « niy lordc, twayne 
» of lien sett uppon me crewelly, and soine on thaï ollier 
» side ni cliargid on me unlawfullye. » The duc charged thaï 
they shuld eche man kepe his ranke lill he had spoken wilh 
the juges, and soo thc prynce and the juges joyned thre 
agensl other thrce thaï \vere aggrevcd, and to lo n, and con- 
tynewed the play lile thei were salisfide. And in the tyme of 
iher turneyinge corne in xn coursers. Yf il like yow to re- 
meniber, I spake of xii coursers, but I spake notl of thés xn, 
for theis were of a sute in crymsyn vehett cnraniplisshid 
with grett campeywnes of fine golde, and then adressed hem 
to the bankett aforc rehersscde the last day of the fest. 

The pryce of llie (urney hadde sir Jolin Wydvyle, brother 
to the Excellent Elisabeth, by the grâce of God, Qucne of aile 
britons yslys and Fraunce. 

The pryce of the justes had my lord d'Argelec, brother (o 
the prynce of Orange. 

Deo Gratias. 



( 207 ) 



III. 

A nalectes historiques. 
Quatorzième série (i). 

(Par M. Gachard, membre de la Commission.) 

CCCLXXIII. 

Lettres de Philippe le Bon par lesquelles il décide différentes 
questions et débats qui s'étaient élevés entre les villes de 
Gandet de Bruges : 12 août 4450. 

Phelippe, duc de Bourgoingne, conte de Flandres, d'Artois, 
de Bourgoingne, palatin, et de Namur, seigneur de Salins et 
de Malines. A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. 

Comme , pour accorder et appaisier les débas et questions 
qui esloient apparans de sourdre entre ceulx de nostre ville de 
Gand, pour et ou nom d'icelle ville, d'une part, et ceulx de 
nostre ville de Bruges, pour et ou nom d'icelle, d'autre, à 
cause des poins ey-après déclairiez, èsquels lesdis de Gand se 
disoient estre à tort déroguez et grandement grevez, contre 
leurs drois, previleiges, franchises, libcrtcz et prérogatives, par 
lesdis de Bruges, qui aucunement vouloient soustenir le con- 



(1) Voy., dans la 2"= série des Bulletins, \e lome V, pp. 197-228, 299- 
580; le lome VU, pp. 2|)-220; le tome Vlll , pi». G7-268; le tome IX, 
pp. 103-25C; le lome XI, pp. 167-il8; le lome Xll, pp. 559-olG;dans la 
S" série, le lome I*^^'', pp. 511-496; le lome 111, pp. 545-ooi; le lome IV, 
pp. 323-566; le lome VII, pp. lo-208; le lomc VIII, pp. 273-5ltr»; W 
tome IX, pp. 291-118. 



( '2m ) 

traire, Nous, estons devant Conipiengiie, eussions esciipt et 
ehargié, preniièi-enienl à révéïens pères en Uieu nos amez 
et féaulx conseilliers les évesques de Tournay et de Soissons, 
le prcvost de Saint-Donas de Bruges, le seigneur de Roubais, 
le doyen de Liège et pluiseurs autres de nosire conseil estans 
par delà, de vacqucr diligenment et entendre à niectre jus et 
modérer lesdis débas et discors, et depuis à nostre très-cbier 
et féal chevalier et cliancellier le seigneur d'Aulhunie, qui 
tous se sont diligenment emploicz à le faire, et en ont tenu 
diverses journées, en traictant entre lesdites parties, et par le 
rapport d'iceulx ayons sceu et entendu la nature desdis diffé- 
rans et questions, et aussi les droiz, previleiges et franchises 
(jui ont esté touchiez et proposez d'un couslé et d'autre : 

Savoir faisons que, [)ar boiuie et meure délibéracion de 
conseil, nous disons et déclairons que, combien que lesdis 
de Bruges aient soustenu aucuns bannis de nostredilte ville de 
Gand, et aussi escrij)t et envoyé aucunes lettres de delTense 
en la chastellerie d'icelle ville, comme maintieiignent lesdis de 
Gnnd , que toutesvoyes ils ont fait à tort de soustenir lesdis 
bannis par la loy de Gand ; et aussi, s'ils ont escript ou envoie 
lettres de deffcnse en la chastellerie de Gand , pareillement ils 
l'ont fait à tort : car ils ne pèvent ne doivent soustenir les 
bannis de nostrcditte ville de Gand en aucune manière, ne 
escrire ou envoyer en leur chastellerie quelques lettres de def- 
fcnse ne requcste par manière de deffcnse. Et pour tant leur 
dclfendons et cnjoingnons expressément que d'ores en avant 
ils se gardent de plus faire l'un ou l'autre. 

Et ([uant est de ce que lesdis de Bruges vueillent porter et 
avoir la parole en icelle nostre ville et autres nos villes devant 
eulx ressorlissans, et mesmcment qu'ils s'estoient avanciez de 
vouloir porter la parole en nostre ville de rEscluse, à la venue 
de nostre très-chièrc et très-amée corapaigne la duchesse, 
nous voulons et ordonnons, pour ce (pie nostrcditte ville de 
Gand est la jilus ancienne de fondacion, première en ordre et 
aussi la principale de nosti'cdit pays de Flandres, et (juc |)ar ce 



( 269 ; 

à ic'clle doiliippiirtcnir de droit le iivaiil-parlej' par lout uoslre- 
dit pays de Flandres et ailleurs , que lesdis de Gaïul portent et 
aient la parole lout partout en nostredit pa}s de Flandres et 
ailleurs, sauf et réservé que, pour ce que cculx de la loy 
d'icelle nostre ville de Bruges ont, depuis aucun temps en çà , 
eu l'avant-parler en leurditte ville, laquelle chose leur a esté 
laissié pararaistié et fraternelle amour par les députez d'icelle 
nostre ville de Gand qui ont esté cnvoicz aux journées et autre- 
ment en nostre ville de Bruges dessusditte, veu qu'ilz estoient 
corps de loy et en leur propre lieu , que, en continuant icelle 
fraternelle amour, ledit avant-parler sera ainsi laissié et en- 
tretenu d'ores en avant ausdis de la loy de Bruges dedans icelle 
nostre ville de Bruges, sauves illecqucs aux députez de nostre- 
ditte ville de Gand leur avant-aler et autres prérogatives 
comme ils ont eu jusques à ores. 

Et quant est de Josse de Valmerbeke et son varlet, bourgois 
de noslredilte ville de Gand, naguèrcs pronunciez pour bannis 
par la loy de nostreditte ville de Bruges, nous disons, ordon- 
nons et voulons que laditte pronunoiacion et tout ce qui a esté 
procédé contre lesdis Josse et son varlet par ceulx d'icelle loy, 
est et doit estre vain et de nulle valeur, comme fait par non- 
juges et cculx qui ne le povoient ne dévoient faire, et que par 
ce icellui Josse et son varlet sont, seront et demourront frans 
hommes de loy et de telle condicion en toute manière qu'ils 
estoient paravant ladite pronunciacion du ban. Et pour tant 
naus enjoingnons et commandons à tous nos baillis, justiciers 
et officiers de nostredit pays de Flandres que ils cl chascun 
d'eulx les tiengnent, réputent et congnoisscnt pour tels, tant 
en nostreditte ville de Bruges comme tout partout ailleurs en 
nostredit pays de Flandres. Et au regard du ban pronuncié par 
lesdis de Bruges sur les autres en faveur desquelz lesdis Josse 
et son»varlet se combatoient en nostreditte ville de l'Escluse, 
nous leur ferons grâce et leur ferons baillier noz lettres de 
rappel de ban en la forme accoustumée toutes les fois que ils 
nous en requerront, sans leurs cousis ou fraiz; et aussi ferons 



( TiO ) 

baillier audit Josse, pour lui et son variet, toutes les l'ois qu'ils 
le requerront, sans leurs cousts et fraiz, telles lettres (jui leur 
sera expédient, selon nostreditte ordonnance. 

Et en oultre nous plaist que lesdis de Gaiid demeurent tous 
entiers de leurs previleiges et franchises en nostre ville de 
Diquemuc (1), comme ils esloient jiaravant lesdis débas et 
questions. 

Et quant est du point touchant les fais perpétrez en nostre- 
ditte ville de Bruges par les bourgois de Gand , nous en lais- 
sons les parties en aimable traictié, comme ils estoient par ey- 
devant, pourveu que, s'ils ont aucun différent entre elles, 
nous en ordonnerons pour icelles appaisier, gardant leur 
droit en temps et lieu , se mcstier est et ils le requièrent. 

Et moyennant ces choses, à nostre command et pour nous 
complaire , lesdis de la loy de Gand ont consenti à nosdis 
conseilliers de non procéder sur aucunes de nosdittes villes de 
Bruges et de Diquemuc, à cause desdis débas, jusques à nostre 
venue en nostredit pays de Flandres et ung mois après, et 
que de ce ilz feront recort à leurs successeurs en loy. 

Toutes lesquelles choses nous avons dit, ordonné et voulu, 
disons, ordonnons et voulons, comme seigneur et prince des- 
dittes villes, afin d'estre entretenues d'ores en avant selon que 
dit est dessus : car ainsi nous plaist-il estre fait. En tesmoing 
de ce, nous avons fait mectre nostre seel à ces présentes. 

Donné à Louvain, le xn'' jour d'aoust, l'an de grâce mil 
quatre cens et trente. 

Par monseigneur le Duc, à la relacion du conseil : 

Delamandre. 

(Original, aux Archives de la ville de Gand.) 

(1) Dixmiide. 



( ^^7i ) 



CCCLXXIV. 



Itésol niions prises par les étdls fjénéraux <les Pays-Bas 
assemblés à Garni pour l'armement général du pays : sans 
date (février 1477). 



Ce sont les avis fais et coneeiiz par les depulez des troix estas de 
nosire Irèsredoublée damoiselle de ses pavs de par declià sur le 
fait de l'aimee ijénérallo pour résister à ses nialviieillans. 

i" Que l'on fera faire serment solcnipiicl à tous et chascun 
d'eux qtii seront envoyés en ladite armée, que ils serviront, et 
léalmcnt, madite damoiselle et sesdis pays, et qui seront obéis- 
sans à leur cappitainc ou connestable et chief, chascun d'eux 
en la charge qu'il leur sera baillié, et que ce ils ne laisseront 
pour chose aucune qui leur sourviègne, mcismemcnt pour 
crainte de la mort. 

Item est, par l'advis dcsdis députez, présuposé que chas- 
cun de ceulx qui seront envoyés de par lesdis pays en ladite 
armée seront paiez de moix en moix bien et deuement, ainsi 
et par le manière que par chascun dcsdis pays sera ordonné, 
et comme cy-après sera plus à plain déclaré, assavoir : 

Un chevalier à quatre chevaulx, . xxx francs par moix. 

Item une lanchc à trois chevaulx. . xx o 

Item deux arbalestriers contct pour 
une lanche xv » 

Item chascun homme à piet ... v » 

Item seront les dessusdis jiaicz devant la main de deux mois, 
pour eux metti^e suz. 

Item, que les gaiges dessusdis ont estet miz si hault aftin 
que les gens d'armes ne faccnt point de dommage sur le plat 
pays, etafïin qu'ils paient touttes choses. 

Item est avizé que le cappitainc ou chief de gens d'armes 
sera tenu de restituer les donimaiges que ses gens d'armes 



( 272 ) 

feront à l'cncontrc de ces ordonnances, on cas ({ne aucune 
complainte en vienne. 

Item, se aucuns desdis gens d'armes prenoienl aucune 
chose sans paier, l'on les porroit aussi recouvrer sur son corps 
et biens. 

Item, que s'il avcnoit que aucun desdis gens d'armes en- 
voyez en ladite armée fust prins honnorablement, en ce cas 
lesdis pays ayderont à rachater tel prisonnier, selon la qualitet 
de son estât et à la discrétion desdis pays. 

Item, s'il avenoit que aucun desdis gens d'armes demorast 
mort oudit serviche, déleissant après lui femme ou cnffans 
mineurs d'ans, l'on pourvèra à iceux, de par lesdis pays, de 
souffissancc de bled pour leur vivre, jusques à ce qu'ils seront 
de compétente caige, en tant qu'ils en aront nécessitet, et par- 
deseure l'on les favorisera et aydera en tous leurs affaires. 

Item, et s'il advenoit (que Dieu ne vueille) que aucun desdis 
gens d'armes retournast ou se abscntast sans congic ou con- 
sentement, en ce cas est l'avis desdis députez, dès maintenant 
pour lors, que l'on statuera et ordonnera, par édit j)ublique à 
tenir inviolablemcnt sans enfrainte, que l'on pugnira telles 
personnes et chascune d'icelles par la derraine suplice sans 
déport. 

Item est meismcs ordonné par lesdis députez que, ensuivant 
la première requeste faite par maditc damoiselle auxdis estas 
de ses pays d'avoir secours et assistence, etc., que l'on meltera 
suz, de par tous lesdis pays de par dechà, pour la deffense et 
d'elle et de sesdis pays, une armée généralle de cent mille 
combatans, assavoir : 

Le pays de Brabant pour commenchemcnt. . . viij m. 

Flandres, y comprins Lille, Douay, Orchies et 
Malines xij » 

Hollande et Ziellande vj » 

Ilaynnau iij » 

Artois et Boulenois . iiij » 

Namni' j » 



( 273 ) 

Ilcm, que cliascmi pays se poiirvèra (rarlillciic de Ircl, de 
maillez de plomb el de tous basions deHensables , et par cs])é- 
eial de |)iques. 

Item, que ehascun pavs trouvera la paye de ses gens soubz luy. 

Item, que les gens d'armes seront prestz dedans le premier 
jour de march prochain venant. 

Item, que ceux de Flandres feront leurs monstres, endc- 
dens ledit jour, entre Courtray et Lille, là où ilz trouveront 
commissaires pour les passer. 

Item, semblablement ceux de Brabant entour Brabant , en 
ung lieu où pour ceste cause sera ordonné. 

Item, lesdis des pays assambleront leurs gens, environ ledit 
jour, entre Sequelin et le Pont-à-Vendun. 

Item, en outre est aviset que l'on publiera, de par madite 
damoiselle, que ehascun se pourvoie de liarnas, et que d'ores 
en avant l'on ne prendcra ne ostera à nuUuy son harnas en 
manière quelconque, et ehascun se tiègne prest pour résister 
aux ennemis en ceste présente armée, que Ton aprestera, 
comme dit est, en dedens le premier jour de mars , et que ceux 
qui seront de ce faire trouvez deffallans seront corrigiés par 
le juge soubz lequel ilz feront leur résidence. 

Item, que l'on ne porra arcstcr les chevauls ne les harnas 
dcsdis gens d'armes pour quelque dcbte que ce soit. 

Item, que nul ne porra prcster ne acheter les harnas desdis 
gens d'armes, ne prester aucune somme de deniers sur iceux, 
et non plus lesdis Lonibars que autres, sur peine de perdre 
ledit harnas et le prest fait sur iceluy , et que de ce l'on fera 
enqucste es maisons desdis Lombars chascune xv"^ 

Item, que mons"" de Ravestain sera cappitaine général des- 
dis pays. 

(Copie du temps, aux Archives du loyaunie : 
Collect. des Carlulaires et Manuscrits, Lettres 
missives du XV siècle, fol. 52 v°.) 



( 274 ) 



CCCLXXV. 



Inslruction donnée par les états généraux assemblés à Gand 
aux ambassadeurs envoyés par eux â Louis XI (1) : 28 fé- 
vrier 1476 (1477, n. st.). 



Iiistriulii)n , ])Our révérend père en Dieu nions'' l'abbé de Saint-Pierre lez 
Gand, niessiics Henry tle Witten, S'' de Berssele , Loys Pynnock , S'' de 
Velpen, maire de Louvain, Jaques, S"" de Diizele, Plielippe, S'' de Malde- 
ghem, chevaliers, niaislre Govards Rollands, peutionnaire de Brucelles, 
niaislre Govart, penlionnaire de Gand, et autres, de ce qu'ilz auront 
à faire devers le roj', où les gens des estas des pays et seignouries de 
inadamoiselle de Bourgoingne , du sceu et bon plaisir d'icelle, les en- 
voyenl présentement. 

Primo, feront au roy les très-humbles salulacions et recom- 
mandacions de madite damoisellc et lesdites gens de ses estas, 
en lui présentant leurs lettres de erédence et offrant d'icelle 
crédence exposer, quant son bon })laisirsera de les oyr. 

Item, en exposant leurdite crédence, diront et déclareront 
comment les ambassadeurs qui darrenièreraent ont esté devers 
le roy, de par madite damoiselle, en faisant rapport à icelle et 
ausdits de ses estas de ce qu'ils avoient besoingnié, leur ont 
dit et signiffié que, pour prières, suplicacion et remonstrance 
qu'ilz eussent sceu faire au roy louchant le charge à eulx 
baillié par madite damoiselle, ilz n'avoicnt peu obtenir aux 
fins par eulx prétendues, ne à quelque surséance ou absti- 
linance de guerre, fors seulement jusques au prouchain mois 
de mars, se ce n'estoit que préallablement la cité lez Arras 
feust mise en ses mains, pour en joyr comme du sien propre , 
et la conté de Boulenoys, pour la tenir en sesdites mains, au 

(1) Voir Coinniiues, liv. V, cli. XVI. M. le baron Kervvii de Lctlcnhove, 
Histoire de Flandre , t. V, pp. rilo-riâo, a donné la relation do cette ambas- 
sade. 



( 275 ) 

proufit de celui qui droit y aura, et aussi que ouverture lui 
feust faicte des villes et places fortes du pays d'Artois. 

Item, mais se madite damoiselle et lesdits de ses estas vou- 
loienl consentir et accorder le mariage de monseigneur le dau- 
phin, son Glz, à madite damoiselle, en ce cas il leur accorderoit 
et donneroit non-seulement ce qu'ils requéroient, mais du sien 
propre très-largement, ainsi qu'il pleut à Sa Magesté déclarer 
ausdits ambassadeurs : offrant de envoyer des plus proucliains 
de son sang, comme nions"" le cardinal de Bourbon, mess" ses 
frères et autres, pour traicter ledit mariage, ou cas et aussitost 
qu'il sauroit que Ion y voulsist entendre. 

Item, lequel rapport ainsi fait et oy, lesdits des estas, consi- 
dérans que, au moyen de ladite aliance de mariage, tous diffc- 
rens, estans ou qui pourroient estre, entre le roy, ses pays et 
subgetz et madite damoiselle et les siens, seroient apaisiez, et 
s'en ensuyvroient d'autres grans biens, après retraicte par eulx 
prinse pour sur tout communicquer et avoir advis, se sont ré- 
solus et conclus par ensemble, du sceu et bon plaisir de madite 
damoiselle, d'entendre et vaqujr au fait de ladite aliance de 
mariage. 

Item, et pour ce remercyeroni le roy de ce qu'il a pieu à Sa 
Magesté démonstrer qu'il a désir et intencion de bcsoingnier 
audit mariage, en lui déclarant que, quant son bon plaisir sera 
d'envoyer sesdits ambassadeurs devers madite damoiselle et 
lesdits de ses estas, pour vaquer et entendre au fait du traiclié 
d'icclui mariage, ilz les recevront en la plus grant révérence 
qu'ils pourront; et, de leur part, ils ont bien intencion d'culx 
y employer tèlement que le roy devra estre content deulx. 

Item, et que, pour entendre à ladite aliance, lesdits des estas 
ont desjà envoyé les aucuns d'entre eulx en chascun desdits 
pays, pour avoir charge de besoingnier en icelle aliance, in- 
conlinant que lesdits ambassadeurs du roy seront pour ce 
venus et arriACz par deçà. 

Item, et pour ce que telles aliances se doivent traicter par 
doulceur, et que, se le roy continuoit à entrer et faire marcher 
Tome x"'% S"*^ série. 21 



( 276 ) 

plus avanl son armcc es {)a\ s de par deçà, les subgets de nia- 
dite danioisello pourroicnl prendre tel courage qu"il pourroit 
retarder et empescher ladite aliancc, suplicr au roy qne, ae- 
tcndu leurdite inclinacion, il plaise à Sa Magesté faire retraire 
sadite armée et mectre toutes choses en surséance jusques à 
ung certain et compétent terme, endedens lequel l'on pourra 
entendre à ladite aliance. 

Item, et afin (jue, se d'aventure ledit mariage ne se povoit 
traicter et conclure, comme toutesvoycs il se fera, se Dieu 
plaist, l'on puist par autre voyc procédera lappaisement des- 
dits différcns, s'il plaist au roy baillier charge à sesdits ambas- 
sadeurs d'y vaquer et entendre, madite damoiselle et lesdits de 
ses estas seront adez prest d'y scmblablement vaquer et en- 
tendre de leur costé, comme dès maintenant ils {sic )peu estre, 
et en baillier charge ausdits ambassadeurs , se n'cstoit l'espé- 
rance qu'ils ont que le mariage se face. 

Itenij s'ils voyent qu'il soit nécessaire ou expédient, de dire 
et remonstrer au roy que les guerres et entreprinscs contre 
lui et sa magesté, faictcs par feu Monseigneur, n'ont esté par 
leur advis ou consentement, ains à leur ti'ès-grant desplaisir, 
et ne vouldroient pour riens faire ou consentir chose qui feu^t 
contre Sadite IMagesté, ains lexaulcer, honnourer et servir de 
tout leur povoir, comme bien ils l'ont dcsjà démonstré en l'abo- 
licion du parlement de IMalincs. 

Commandées et concluttcs par messeigneurs des trois 
estas de tous les pays de ma très-redoubtée damoi- 
selle madanioisellc la duchesse de Bourgoingne et 
de Brabant, |)résentement assemblez en sa ville de 
Gand, du sccu , bon plaisir et consentement de ma- 
dite damoiselle, le derrenier jour de février, l'an mil 

UIV soixante-sèze. 

Kerrest. 

(Bibliothèque de l'université de Gand : 
MS. n" 454 , Traités de paix , fol. 1 92.) 



( 277 ) 



CCCLXXVI. 

Lellre de Charles-Quinl au magislrat de Valenciennes , hn 
ordonnant de faire faire des processions générales pour 
remercier Dieu de la santé et prospérité qu'il lui a données 
jusqu'alors , et le prier de lui accorder la grâce de bien gou- 
verner ses pays et sujets : 13 janvier loi 4 (1515, ii. st.). 

Très-chiers et bien-amez, pour ce que de nous-meismes ne 
sçaurions déservir ne rendre louanges souffîsans à Dieu, nosirc 
créateur, des grâces, honneur, santé et prospérité qu'il nous a 
distribués et eslargis jusques ores, ne mériter de povoir ob- 
tenir continuation d'icclle sa grâce pour ladvenir, nous, voeui- 
lans aulcunement sattisfaire et nous meclrc en quelque deb- 
voir devers luy, comme la raison le vcult, escripvons vers vous, 
ordonnons, et néantmoins enjoingnons expressément et acertes,* 
que, incontinent ceste veue, vous ordonnez, de par nous, à 
touttes gens d'église et aultres de hostre ville de Valenciennes 
faire processions généralles en la plus grant révérence et dévo- 
tion que faire se polra ; louant Dieu de la santé et prospérité 
qu'il nous a envoyée jusques ores; priant nous donner grâce 
de y continuer, croistre et eslever en vertus et bonnes meurs, 
et de régir et gouverner nos pays et subjects en bonne paix, 
union et concorde, et conduire nos affaires à son honneur, à 
nostre salut, et au bien, utilité et tranquillité de nosdits pays et 
subjects et de la chose publicquc en iceulx, sans y faire faultc. 
Très-chiers et bien-amez, Nostre Seigneur soit garde de vous. 

Escript de Bruxelles, le xm"^ jour de janvier, l'an XV' XIIII. 

Charles. 

Haneton. 

(Archives de rÉtat , à Mons : MS. Cocquéau, 
t. III, fol. 25.) 



( 278 ) 



CCCLXXVll. 



Lettre de Charles-Qitint au conseil de Flandre, lui ordonnant 
de faire faire des processions et des prières pour remercier 
Dieu des victoires obtenues par ses armes contre les Fran- 
çais, en .Vavarre et en Italie : !25 juillet I o'2 1 . 



De par i/Empereur. 

Cliicrs et féaulx, nous croyons que scavcz assez les granls 
maulx et intollcrablcs injures et offences que le roy de France 
nous a faict en plusieurs manières, et entre aultres d'avoir, 
contre la forme de noz traictiez, snrprins et occupé puis na- 
guerres nostre royaulme de Navarre, sans cause ny raison, 
^insy que Dieu, nostre créateur, qui est le vray et le juste juge, 
a bien monstre en donnant à congnoistre audict roy de France 
son grant tort, selon que sommes certainement et au vray ad- 
verly par nng de nos gentilshommes, lequel puis trois jours 
en chà est arrivé vers nous, venant de nostredict royaulme de 
Navarre, là où il a esté présent en la victoire que nostre armée 
d'Espaigne a , par l'ayde de Dieu , gaigné contre lesdiets Fran- 
ehois(l),par laquelle victoire nostredicte armée dEspaigne 
non-seullcment a deifaict et vaincu les Franchois, prins pri- 
sonnier le seigneur d'Esparroz ('2), leur capitaine général, et 
plusieurs bons personnages, en gros et grant nombre, de- 



(1) Les Espagnols, qui étaient comniancJés i)ar le counélable et l'ami- 
rante de Caslilie, remporlèrenl celte victoire sur les Français le 50 juin 
15^t , près de Pamplune. Les derniers laissèrent sur le champ de bataille 
6,000 morts. Les Espagnols ne perdirent que 500 liommes. (Sandoval, 
Historia de Carlos V, liv. X, t. I, p. 578.) 

(2) 1! était frère de Lautrcch. Les liisloriens espagnols le nomment 
de Asparros. 



( 279 ) 

moiircz mors el prisonniers, el l'artilieryc desdicts Francliois 
gaigné, mais ont incontinent reconoquis nostredict royaulme 
de Navarre et icelhii rédiiyct en nostrcdicte obéyssance ; déli- 
bérez nosdicts subjects dEspaigne de pousser ouJtre, marcher 
en France et eulx venger des grans oultraiges que lesdiets 
Franchois ont faictà nous et à eulx d'ainsy nous avoir envahy, 
cuydant nous prendre au despourveu , et nous veuillans grever 
à tous costez, s'il estoit en leur pooir, combien que ledict roy 
de France se soit nommé plusieurs fois nostre bon vassal et 
nostre bon père. D'aultre part, nous avons eu, du costé d'Italye, 
certaines nouvelles que l'armée de nostre sainct-père et la nos- 
tre sont joinctes ensamble pour procéder contre lesdiets Fran- 
chois, ennemis du sainct-siégc appostolicque et de nous, et les 
expulser de l'usurpation par eulx faicte des terres et seigneu- 
ries qu'ils occupent, tant à l'Esglise que au Sainct-Empire; et 
considérant le bon commenchement que y est, et que la plus- 
part des subjects sont rebellés contre eulx j)our les niaulvais 
traietemens que leur faisoient, espérons que, à l'ayde de Dieu, 
n'en aurons moindre bonne issue que de celle de nostre 
royaulme de Navarre. Et combien (lue ne nous vouldrions 
resjouyr de l'effusion du sang cbrestien, laquelle avons jusques 
oires évité, délibéré d'employer les biens et forces que Dieu 
nous a donnez à l'exaltation de nostre saincte foi catholicque, 
néantmoings, estant si rudement et injustement offencé par 
ledict roy de France, et provocqué à la guerre, nous debvons 
bien consoler nous-n)esnies qu'il plaist à Dieu estre avecq nous, 
et tcnuz sommes luy rendre grâce, de nostre possibilité, par 
nous et nos bons et loyaulx subjectz. 

A ceste cause, et que scavons la grande joye et plaisir que 
aurez d'entendre de la bonne |)rospérité de nostre estât, et 
que vous redoublerez vostre cœur et affection au souslcnenient 
et poursieultc de nostre juste querelle, vous avons bien voullu 
eserij)rc ceste, vous requérant el néanlmoins ordonnant bien 
acertes que faicles faire dévotes processions el regralions à Dieu, 
nostre créateur, avect] intercessions et prières, en général et 



( 280 ) 

Particulier, qu'il plaise à Sa Divine Majesté nous estre tous- 
jours en ayde et propice en nos affaires et cnlreprinses, nies- 
mement à cesle guerre, à laquelle sommes tanl indcuement 
provocquez par nos ennemis, contre les<[uels délibérons nous 
deffendre et revanger, et poursuyr nostre bonne querelle de 
tout nostre povoir avecq nos bons amys, allez, confédérez et 
loyaulx subjectz, sans y espargnier chose quelconc([ue, aflin que 
la prospérité qu'il plaira à Dieu nous donner redonde au bien 
et repos de touttc la christienté et augmentation de la foy catho- 
licquc, qu'est la chose en tout le monde que [)lus désirons. 

Donné en nostre ville de Gand, le xxni" jour de juillet 
XV^ XXI. 

CHARLES. 

Nous voulons que faictes l'aire les coppics en ihioys, et en- 
voyez incontinent icelles coppies par toultes les villes et vil- 
laiges de nostre pays de Flandres, aflin que chascun soit adverty 
de ce, comme dessus. 

Lallemand. 

(Copie du XVI= siècle : MS. n" 16 des 
Archives de l'État, à Gand , fol. v.) 



CCCLXXVIII. 

Lettre de l'archiduchesse Marguerite au comte de Gavre, you- 
verneiir et capitaine général de Flandre, sur les dispositions 
militaires du connétable de Bourbon en Italie : 25 juin i 524. 



Mon cousin , pour ce que j'ay esté tousjours désirant sçavoir 
et entendre bonnes nouvelles de la disposition et affaires de 
l'Empereur et de ses amys et alyez, vous veulx bien advertir 



( 281 ) 

. comme iiier rct'cuz lettres de monsieur de Hoiirbon, du x\ i'' de 
ce mois, eontentint la déclaration de la bonne et |)uissante ar- 
mée qu'il a preste et esquippée pour son bricf parlement d'Yta- 
lie, à la poursuyte de son cmprinse eontre nos ennemys, ainsy 
que lesdictes lettres plus ad plain le contiennent, dont vous 
envoyé la coppie enclose en cestes; et espère, à l'ayde de Dieu, 
que,parson moyen, sera à ce coup le temps d'ammcner nostre 
commun ennemy à raison : que seroit eneores chose plus fa- 
cille,si le roy d'Angleterre vouloit faire le samblable de son 
costé, à quoy, de mon eosté, ne faillent advertissemens et remon- 
strances, que crains estrc de petit fruyct. Se aultre chose me 
survient, vous en advertiray au samblable. Vous disant sur ce 
l'a Dieu, mon cousin, que soit garde de vous. 
De Malines, ee xxv'' de juing 1524. 

Vostre cousine, 

Marguerite. 
iMarnix. 

Au dos : A mon cousin le conte de Gavre, gouverneur et capi- 
taine général de Flandres. 

Lettre du connétable de Bourbon à l'Archiduchesse. 

Madame, jay receu les lettres que vous a pieu mescripre, 
par laquelle je voy tousjours la bonne voulenté qu'avez aux 
affaires de l'Emjjereur. J'escrips au roy (1) et à monsieur le 
légat (2), aussi font mes cousins les vice-roy de Naples (3) et 
de Bcaurain (4), que leur plaisir soit, suyvant leur intention. 



(1) Henri VIII. 

(2) Le cardinal Wolsey. 

(3) Cliai les de Lainioy. 

{4) Adrien de Croy, de|)uis comte du Rœulx. 



( 282 ) 

hastcr les cent mil escus restans des deux cens mil qu'ils ont 
ordonnez, pour tiyder à lafTaire de par dechà. 

Madame, voussçavez et entendez assez que telles affaires sont 
très-maulvaises à conduyrc sans argent, et c'est la principalle 
chose quy y est requise : au moyen de quoy, Madame, vous 
supplye très-humblement qu'il vous plaise vous employer en 
tout ce qu'il vous sera possible pour haster de Itiire envoyer, 
en dilligence, lesdicts deniers, car l'Empereur a jà bien pour- 
veu pour nous délivrer deux cens mil ducatz pour ceste entre- 
prinse. 

Madame, il vous plaira aussi ne mettre en oblye, suyvant 
ce qu'il vous plaist escripre, les trois mil chevaulx et trois mil 
piétons, pour les employer où trop miculx entendez (ju'il est 
nécessaire : car c'est à ce coup, ou jamais, que debvons avoir 
raison de nostre commun ennemy, et la saison est tant bien 
disposée que niieulx ne j)oulroit estre; et espère, à l'ayde de 
Dieu, me employer de ce costé de sorte que l'Empereui', le roy 
et vous y aurez honneur et proufiit, me confiant bien que le 
roy ne se bornera à faire son effort de sa part. 

Je m'en parte dedans deux ou trois jours, pour aller passer 
la montaigne et suyvre mon voyaige, où je meyne xix™ hommes 
de picdt, dont y a x" Allemans, vi™ Es[)agnols et ni™ Italyens, 
vni° hommes d'armes de Naples et m'' hommes d'armes à la 
mode de France, xv*^ ehevaulx-légiers et bonne bende d'artil- 
lerye, esquippée de pionniers, boullelz, pouldres et aultres 
munitions nécessaires, sans y comprendre l'armée de mer. 

Madame, je vous asseure que mesdiets cousins les vice-roy 
et de Beaurain se monstrent très -bons serviteurs de l'Empe- 
reur et, en mon endroict, m'ont bien donné à congnoistre 
qu'ils sont de mes bons et principaulx amys,car ils se sont em- 
ployez de tout leur pooir pour bien drescher mon affaire, par 
le commandement de lEmpereur. Mondict cousin le vice-roy 
demeure en ceste Ytalie, par le commandement de mondict sei- 
gneur, a\cc(i tji!c](juc nombre de gens de guerre, et je mayne 



( 285 ) 

inonsieiir le inarcquis de Pcschare cl hcaulcoup d'aullrcs bons 
t'apitaiiics. 

Madame, je prie Nostre-Seigiieur que vous doinl bonne vie 
et longue. 

Escript à Montcallier. le xvi"^ jour de juing. 

Madame, depuis mes lettres escriptes, est arrivé monsieur 
l'ambassadeur d'Angleterre, M' Richart. Il a baillé quelques 
articles ausquels j'ay respondu , ainsy qu'il vous plaira veoir 
par le double que monsieur le vice-roy vous envoyé. 

Vostre très-humble et irès-obéyssant cousin, 

Charles. 

(Copie du XV^ siècle : MS. n" 16 des 
Archives de l'Ëlal, à Gand , foi. 15 v.) 



CCCLXXIX. 

Letlre de l'archiduchesse Marguerite au comte de Gavre, gou- 
verneur et capitaine général de Flandre, sur la victoire de 
P(^ie et la prise du roi de France : mars 15'24 (1525, 
n. st.). 



Mon cousin, je vous advise que, par lettres de messieurs les 
ducqz de Borbon et de 31illan, mes cousins, et de bouche par 
deux de leurs gentilzhommes vcnuz en poste, lesquelz ont esté 
à la battaillc de l'armée de l'Empereur contre le roy de France, 
j'ay, lejour d'huy, eu certaines nouvelles que, le xxiui'' de l'eb- 
vrier, Tannée de l'Empereur assaillit le roy de France en son 



( 284 ) 

canij) de sorte (juc, combien qu'il fût grandeinciil lorlinié, le 
roy y fut pi'iiis prisonnier, xuii'" hommes de guerre tuez dedans 
Je champ, et que la reste, qui print la fuyte, a esté entièrement 
prinsc ou tuée; et ne schait-l'on (juil en est aulcun cschappé. Je 
vous requiers que, à la consolation des vassaulx et subjects de 
vostre gouvernement 5 vous les advcrtissiez, les exhortez et leur 
ordonnez rendre grâces et louengcs à Dieu de la victoire qu'il 
nous a envoyé, par feux de joye, par processions, oraisons et 
aultres prières et pyes œuvres, et surtout faire prier [)our le 
salut des âmes de ceulx qui sont trespassez. Et pour aviser que 
avons à faire de par declià , vous requiers, cestes veues, venir 
vers raoy à Malines, j)Our avecq aultres en délibérer : selon 
quoy j'eniens me rigler. Et à tant, mon cousin, je prye Nostre- 
Seigneur vous donner sa grâce. 

Escripl à Bruxelles, le vi*^ de mars, l'an XV'= XXIIII. 

Vostre cousine, 

Margueiute. 
L. Du Bliol'L. 

yiii dos estait escrii)t : A mon cousin le conte de Gavrcs, gou- 
verneur et capitaine général de Flandres et Arthois. 

(Copie du XVI'î siècle : MS. u" 10 ties 
Archives de l'État, à Gand, fal. 16.) 



( 285 ) 



CCCLXXX. 



Lettre lie Varchiduchesse Munjuer'de au conseil de Flandre, 
pour lui confirmer la victoire de Pavie et la prise du roi 
de France : 15 mars 1524 (1525, n. si,). 



Marguerite, Archiducesse d'Austrice, Duchesse et Contesse 
de bourgoingne, ctc. , régente et gouvernante, etc. 

Chicrs et bien-amcz, ayans entendu que aulcuns ont mis 
doubte en la bataille d'italye, en la prinse du roy de France 
et en la defFaicte des syens, dont vous avons escript, pour au- 
tant que, n'en eussions lettres de monsieur de Bourbon ne de 
monsieur le vice-roy, nous vous avisons que ceste nuyct est 
arrivé l'escuyer Gropain avecq lettres desdicts seigneurs, en 
copformité desquelles il nous a certitïié avoir esté en ladictc 
battaille, la prinse du roy de France par la main du vice-roy, 
et que il-raesmes ayt aydé à désarmer le roy; la prinse aussy 
et mort des principaulx pei'sonnages du royaulme, selon le 
billet qu'il nous en apporte, duquel vous en envoyons la 
copie , et que à ladicte battaille ne feussent mors que cent 
cincquante liommcs des nostres, et entre les autres le marc- 
quis de Cividat Sainct-Angèle (1), et que ledict seigneur roy ayt 
mandé faire délivrer le prince d'Oranges, le seigneur de Bossu 
et aultres des nostres qui estoyent prisonniers. Nous vous 
requérons faire prier Dieu pour les âmes des trespassez, lui 
rendre grâces de la victoire qu'il a envoyé à l'Empereur, ctluy 



(I) Sandoval le nomme « el marqués de Civita de Sanl Angel. « Il élail 
aux côtes du vice-roi de Naples, Charles de Lannoy. Selon cel historien, 
il fui tué d'un coup de lance par le roi de France lui-niénie. 



( 286 ) 

prier pour sa longue vie et prospérité, honneur, extime et 
réputation, au bien, repoz et sccureté de luy et de ses pays et 
subjcctz, et que la longue guerre que avons jà eue et eneores 
avons puisttcriuiner par une bonne et perdurable paix. Et sur 
ce, eliiers et bicn-ainez, Nostre Seigneur vous aytcn sa gràec. 
Escript à Malines, le xui'' jour de mars, l'an XV^'^ XXIIII. 



Margl'erite. 



L. Du Blioul. 



Sur le dos : A noz Irès-chiers et bien-araez les président et 
gens du conseil de l'Empereur en Flandres. 



Billet jotitl à la lettre de l' Archiduchesse. 

S'ensuyvent les prisonniers prins en la bataille devant Pavvc , le jour de 
Saincl-Matliias, xxiiii'^ jour de febvrier XV'^ XXIIII. 



Le roy de France. 
Le roy de Navarre. 
Le conte de Sainct-Pol. 



Franchois monsieur, niarc(iuiz 

de Salmes. 
Loys, duc de Ncvers. 
Monsieur de Thalemont. 



AULTUES GHANS SEIGNEURS : 



Le mariscbal de Foix. 

I^e seigneur de Rieux. 

Le mareschal Montmorency. 

Son frère. 

Le seigneur de Bryon. 

Monsieur le grand maisti-e, bas- 
tardt de Savoyc. 

Monsieur le vidasme de Char- 
tres. 



Le seigneur Gaiéas, viseonte. 
Le seigneur Fredrick de Bour- 

gongne, capitaine des gens 

d'armes et des gens de j)iedt. 
Le filz de monsieur le grand 

maistre de France. 
Le gouverneur de Limosin. 
Monsieur de Sainet-Meisme, 

gentilliomme de la cham- 



( ^8' 

bre, capitaine de l lances. 

Le seigneur de Rocliepot, ca- 
pitaine de L lances. 

Le baron de Biron. 

Le seigneur de BonnevaL 

Son frère. 

Le seigneur de Montpcsat, 
gentilhomme de la cliam- 
bre. 

Le seigneur de PommereuL 

Le prévost de Paris. 

Le seigneur de Viry. 

Le seigneur de Tharon. 

Le baron de Burenses. 

Le fils du grand chancelier de 
France. 

Le seigneur de Manchay, lieu- 
tenant de cent archiers de 
la garde. 

Le seigneur de Boisy. 

Le seigneur de Lorges. 

Le seigneur de Mouy. 

Le seigneur de Trote. 

Le seigneur de la Guierche. 

Le seigneur de Monlcgent, 
gentilhomme de la cham- 
bre. 

Le seigneur de Sainct-Mar- 
sault et son frère. 

Le sénéschal d'Armmal, capi- 
taine des gens d'armes et de 
l'artilleryc. 

Le vieonte de Lamedan et son 
frère. 



Le seigneur de la (llayelte, 
maistre dhostel du roy. 

Le seigneur de Polon , gentil- 
homme de la chambre. 

Le seigneur de Chambigni, 
capitaine des archiers. 

Le seigneur d'Aubigny, capi- 
taine des Escossois. 

Son nepveu. 

Le seigneur d'Abigen. 

Le seigneur d'Annebault. 

Le fils du seigneur Thairnoy. 

Le seigneur de la Roche - 
Emond. 

Le seigneur de la Roche du 
Maine, lieutenant de la com- 
pagnie de monsieur d'Alen- 
chon. 

Le seigneur de Clermont. 

Le seigneur de Bulures. 

Le seigneur de Bubescieulx. 

Le seigneur de Florenge, ca- 
pitaine général des Suysses. 

Le seigneur de Ryam, lieute- 
nant de la compaignic de 
monsieur de Sainct-Mcismes. 

Le seigneur de Choisy. 

Le seigneur de Maihemy, 
maistre d'hostel du roy. 

Le seigneur de Sainct-Géran. 

Le visconte d'Estanges, lieu- 
tenant de la compaignie de 
monsieur le grand maistre. 

Son fils. 



( 288 ) 

Le seigneur d'Auchy, capitaine Le capitaine Propont, 

général des gens de pied. Le cadet de Duras. 

Le seigneur de Maugeron. Monsieur de Surignac, fils de 

Le capitaine Humbanlt. Jehan, seigneur de Vales. 

Le seigneur de Ruffet d'Ange- Monsieur de Marchaulx. 

mois. Monsieur le conte de Camiers. 

Le seigneur de Bonnes, mais- Monsieur de Coeclit. 
tre dliostel du rov. 



GRANS SEIGNEURS MORS : 

Le seigneur de la Trimoille. Le duc de Sulï'ort, Hlanclie 

Le seigneur de la Paluc. Rose. 

Le seigneur de Gaist, frère de Le conte d&Tonncrre. 

monsieur de Lorraine. Le seigneur de Cliaumonf 

Monsieur l'admirai. d'Amboise. 

Le marisclial de Ciiabannes. Le capitaine Fredrick, lieuie- 

Le grand escuycr. nant de cent archiers. 

Le seigneur de Bussy d'Am- Le |)révost de l'Iiostcl. 

boise. Le seigneur de Stricquoy. 

Le seigneur de Morctic. Avecq plusieurs nultres. 

(Copie du XVI'' siècle : MS. n» 16 des Archives 
de l'Étal , à Gand , fol. IG v et 20 v».) 



( 289 



cccLxxxr. 



LcUre (le Vinchiduchesse Marguerite an conaeil de Flandre, 
pour qu'il fasse rendre grâces à Dieu de la conclusion de 
la paix avec le duc de Gueldre et de la victoire remportée 
sur les Français en Italie : 7 octobre 1 528. 



Marguerite, Archiduchesse d'Austrice, Duchesse et Contesse 

DE BoURGOINfiNE, DOUAGIÈRE DE SaVOYE, RÉGEATE ET GOUVER- 
NANTE, ETC. 

Trcs-chicrs et bicn-amcz, nous avons oejourd'hui rcccu 
IcUrcs des contes de Biircn et de Iloocl^straetcn, coinniis et 
dépuiez, de |)ar rEmpcrcur, pour traicter de paix avecq nics- 
sire Charles de Gheldres, contenant comme, après plusieurs 
communications , ils ont finablcmcnt accordé et conclud ladicle 
paix, ligue et confédération perpétuelle entre ledict seigneur 
Einjjereur, ses pays et subjects de par dechà , ledict messire 
Charles de Gheldres et les siens, à riionneur de Sa Majesté, 
bien, sceurté et re[)os de scsdicts pays et subjects; par lequel 
traiclié, entre aultres choses, icelluy messire Charles de Ghel- 
dres habandonne du tout le roy de France, prend le party 
dudict seigneur Empereur, et promect le servir envers et 
contre tous, sans nul réserver, comme brief vous adverlirons, 
pour en faire la publication (1). 

D'aultre part, il a pieu à Dieu, après que les Francliois et 
aultres ennemis dudict seigneur Empereur ont invahy injuste- 



(1) Ce traité fui conclu à Gorcum le 3 octobre 1328. Voir V Histoire de 
Charles-Quint j par M. Henné, t. IV, p. 19.j. 



( 290 ) 

ment, et contre la forme de In paix finalle traietée à Madril , 
la pliispart de lltalyc, voire du royaulme de Naples, vray 
héritaige et patrimoine dudict seigneur Em|)ereur, et y faiet 
maulx inliniz, de démonstrer sa divine justice de manière que 
toulte l'armée dudict roy de France et de ceulx de sa ligue a, 
tant par maladies et verges contagieuses que par armes, esté 
entièrement deffaictc, le cliief et tous ceulx de ladicte armée 
prins, mors et tuez; leîlict royaulme de Naples entièrement 
réduict en l'obéyssance de Sadicte Majesté, et pareillement la 
cité de Gennes. Et si a le capitaine messire André Dorie pareil- 
lement prins le party dudict seigneur Enijtereur , et rué jus les 
ennemis (l) desdicts ennemys. 

Descjuclles choses, que méritent bien d'en rendre grâces et 
louengcs à Dieu, comme à ccliu\ de qui tous biens procèdent, 
vous advertissons; et ordonnons, de par ledict seigneur Empe- 
reur, que, par touttc^s les paroiches, cloislrcs, monastères et 
anltres églises du pays et conté de Flandres, faictcs rendre 
lesdictes grâces et pour la continuation de la bonne prospérité 
de Sadicte Majesté, et, à ceste fin, faire processions générales. 

ïres-cbiers et bien-amez, Nostre-Seigneur soit garde de vous. 

Escript en nostre ville de Malines, le vn' jour d'octobre, 
l'an XV XXVilf. 

Margiîkiute. 



Au dos : A noz trcs-chiers et bicn-amez les président et gens 
du conseil en Flandres. 



(MS. n» 16 des Archives de l'Élat, 
à Gand, fol. 32 v".) 



(1) Sic dans le MS. Le copiste a évidemmeiil pris ici un mol pour 
Tau Ire. 



( 291 ) 



CCCLXXXII. 



Quatre lettres de rempereur Ferdinand /'''' « Philippe II sar 
les hostilités des Français et leurs pratiques dans la Ger- 
manie : 27 décembre 1557, 40, 15 février et 3 mai I 558 (i). 



Première lettre. 

Monsieur mon bon nepveur, j'ay, au primes le wni"^ de ce 
mois, jour de mon arrivée en ce lieu, receu voz lettres du 
nii' : ce que provient pour avoir fait changer les postes à mon 
partement de Vienne, aflln que dois icy je puisse avoir plus- 
tost et plus fresches nouvelles de par delà, car je faiz dois 
Ausburg passer les postes par icy, et alors n'cstoient encoires 
mises, par quoy ont fait le tour dois ledict Vienne icy; aus- 
quelles j'eusse aussi voulunticrs incontinent respondu, n'eust 
esté le temps de dévotion qui m'en a donné l'empeschement. 
Néantmoings, confiant que riens par ce aura esté négligé de 
vostre intention , je satisferay par cestes. Et me desplaist , pre- 
mièrement, de la perplexité et craincte en laquelle vous estes 
à cause des François, lesquels s'efforcent persuader aux 



(1 ) Malgré les dissentiments qui s'étaient élevés entre les deux branches 
de la maison d'Autriche à la suite de la tentative , faite par Charles-Quint, 
de placer son (ils sur le trône impérial après lui, Ferdinand eut toujours 
les meilleurs rapports avec Philippe II, comme le prouve la correspon- 
dance en espagnol qu'il y eut entre ces princes, de la5G à lo63, et qui est 
insérée dans la Coleccion de ilocuinentos inciUlos para la hisloria de 
Espana, t. II, pp. 419-592. 

Tome x"'% 3""= sékie. 22 



( 292 ) 

Suysses que le passaige du baron de PoKveiler par vostre conté 
de Bourgoingne leur soit esté préjudiciable (1), prétendans 
par ce avoir enfrainct non-seullenient la neutralité, mais, que 
plus est, tenu fin de quelque conspiration contre eulx, et que 
ainsy,soubz cestuy prétexte, pourroient inciter lesdicts Suysses 
à mouvoir quelque cliose contre vostredicte conté : par quoy 
me requérez que, pour avoir mes pays voysins, mesmes ma 
conté de Ferrette, je voulsisse estrc content que en cas de 
besoing vous en puissiés tirer et lever quelque nombre de 
gens de pied, et iceulx cmploier pour la conservation seulle- 
mcnt et deffensc de vostredicte conté. 

Je ne sçaurois, monsieur mon bon nepvcur, que grande- 
ment louhcr vostre providence et tant bonne provision que 
de vostre coustcl avez faicte afiin de n'estrc surprins à des- 
pourveu, et que en tous événcmcns avez commandé à voz 
gouverneurs en vostredicte conté à ce qu'ilz tiengnent toutes 
choses prestes pour, au besoing, se deffendre contre toutes 
invasions. El quant à accorder la levée des gens de guerre en 
madicte conté de Ferrette, encoires que cecy ne me loucbasl 
en riens, comme toutesfois il fait, estant après vous le plus 
voysin desdicts François, !si est-ce, monsieur mon bon nep- 
vcur, vous debvez estre assehuré que je ne vous vouldrois 
seullement accorder cestc tant juste et bien fondée requeste, 
voyre vous ayder et assister en autre endroit et plus grant 
besoing : ce que trouverez par effcct, s'en adonnant les occa- 
sions, si avant que mes facultez et forces pourront exlendrc, 
ayant desjà donné l'ordre et escript à ceulx de mon régiment 



(1) Au mois de septembre 1537, Pollweiler, à la lêle de dix mille 
hommes d'infanterie et de douze cents chevaux , après avoir traversé les 
Vosges, le comté de Ferrette et la Franche-Comté, avait fait invasion 
dans la Bresse, occupée par les Français. La résistance qu'il y trouva 
l'obligea, après quelques semaines, de battre en retraite. Voy. de Thou, 
Histoire universelle , liv. XIX. 



( 295 ) 

d'Anghcssey (I), comme pourrez estre informé par mon con- 
scillier Vander Aa et entendre par la copie en alleman que 
luy envoyé avec cesles, à laquelle je me remecls. Car, oultre 
(juc ccstuy bénéfice est commun, et que selon le progrès de 
voz affaires deppendt le succès des miens, mesmes envers le 
Turc, et qu'il ne fault espérer grand fruicl en toutes mes né- 
gociations si longuement que cestuy ennemy sera sur pied et 
ne se range à la raison , pour ce qu'il ne délaissera poursuyvre 
ledict Turc d'invahir la cliresticnnelé, mesmes mes royaul- 
mes, Estatz et subjeclz, j'entendz et veulx tenir avec vous la 
mesmc correspondencc que j'ay fait avec l'Empereur monsei- 
gneur, et aclends le mesme de vostre coustel comme de mon 
bon nepveur, et en tous vosdicls affaires vous assister si léal- 
lement, sincèrement et paternellement comme le pourries dé- 
sirer, et continuer en cesle opinion tant que je vive etNostre- 
Seigneur m'en donnera la grâce. Et pouvez au surplus estre 
asseburé que je veulx demeurer vostre affectionné bon oncle, 
et ne vous babandonner en cbose quelle qu'elle soit, aydant le 
Créateur, auquel je prye qui, monsieur mon bon nepveur, 
vous doint sa saincte grâce. 

De Prag, ce xxvu'" jour de décembre 1557. 

Vostre bon frère et oncle, 
Ferdinand. 

A monsieur mon bon nepveur le roy d'Es|)aigne, d'Angle- 
terre, etc. 

Deiixièiue lettre. 

Monsieur mon bon nepveur, j'ay devanl-bier, decbemin, 
montant à elieval pour continuer mon voyaige vers Francfort, 
receu vos lettres du xxvni'" du mois passé, contenant les advis 

(1) Einsisbeim. 



( 294 ) 

qui vous sont esté déclaircz du personnalise que seay sur les 
practiques que le roy de France doibt avoir en l'Empire pour 
susciter nouvelle motion, et ce par le moyen de ceulx que plus 
amplement touchez en vosdicles lettres (I), par lesquelles me 
requérez que je me voulsisse enquérir pour vous donner adver- 
lissement de ce qu'en pourray descouvrir, aussi de mon coustel 
rompre ceste practicque austant que me sera possible, puisque 
l'affaire touche communément à vous et à moi. Sur quoy, mon- 
sieur mon bon nepveur ,je vous mercie, pour le premier, bien 
alTectueusement l'advertissement et préadvisement que me 
donnez des choses que viengnent à vostre cognoissance, vous 
asseuranl que lousjours feray le semblable de ce que pourray 



(1) La préseiUe de cette lettre de Pliilippe II, on date du 28 janvier 
1358, est aux Archives du royaume. En voici le contenu : 

« Monsieur mon bon oncle, ceste sera pour vous advertir comme N. 
s'est Ireuvé devers moy, disant que l'affection qu'il porte à mon service 
.soit esté cause que, délaissant tous ses auitres atl'aires, sans avoir respect 
à fraiz ny auitres incommodilez, il s'esloit lransi)orté en ce lieu, pour 
m'advertir d'une chose qu'il avoit entendu et luy avoit esté descouvert de 
personnage de bien bonne qualité, dont toutesl'ois il n'a voulu déclarer le 
nom , pour non contrevenir à la promesse qu'il a faict sur ce poincl. Et 
venant à la particularité de ce qu'il a entendu, c'est que le roy de France aye 
secrettes practiques en la Germanie, pour y susciter nouveaulx troubles, 
lelz que lurent ceulx de l'an cinquante-deux, et que le principal lieu où 
ceste négociation se forge soit devers le vieulx landgrave de Hessen, el, 
soubz quelque couleur de traicler mariage entre le (ilz du roy de Danne- 
marche el la fille du feu duc Mauritz , j)lusieurs princes se soyent jà 
Ireuvez devers ledicl landgrave et s'y treuveront encoires : disant que 
les gens de guerre qui se lèveront pour ceste emprinse en la Germanie 
seront de ix mille chevaulx et de gens de pied à l'ad venant, et que le roy 
de France furnira l'argent |)0ur les fraiz de la première levée et soulde 
des premiers nioys, et que le surplus se treuvera par branschalz et com- 
positions sur les membres du Sainct-Enipire; menassantz grandement 
mes snbgectz tant ou coustel de Frise, Gheidres que de Brabanl, et 
aussy voz pays; disantz que cesle practi(|ue soit contre tous ceulx de la 



( 295 ) 

asscntir et congnoislray estre à propos à voz affaires, comme 
povcz avoir esté adverty, par ce que vous en ay escript en 
castillien, des advis que me sont venus de tous couslelz, 
mesraes des practiques quy se conduysent par la Germanie, 
vous ayant participé mon advis de ce que se pouvoit faire 
de vostre coustel, aussi advisant ce que j'avois fait du mien. 
Et combien qu'il n'est vraysemblable que si tost et couver- 
tement se puist lever tel et si grant nombre qu'on ne s'en 
apperceust davantaigc, si est-ce que vostredict advis n'est du 
tout discrépant à celluy que vous donnay dernièrement; et 
quoy qu'il en soit, il ne peult estre quil n'en ayt quelque 
chose par pays, et feray faire tout debvoir pour sçavoir toutes 



maison d'Auslricli(3, et que les princes d'Allemaigne qu'ont part en ceslo 
practique soient ledict landgrave de Hessen, comme chief principal de 
l'emprinse; le duc Hans-Albert de Meckelbourg, qu'aura charge de lever 
u mil chevaulx et (juckpies piétons; le duc Franlz de Lunebourg, lequel 
dernièrement fut devers moy, à Valenciennes, et se partit avec démons- 
tration de conteniement et outfres grandes du service qu'il désiroit me 
faire quant l'occasion s'adonneroil , et accepta sur ce une riche chaisne 
que je luy fiz donner en signe d'amitié, et qu'à cestuy-cy donne-l'on 
charge de mille et v<^ chevaulx et de dix enseignes de piétons; dadvan- 
lage, que le filz du marquis électeur, qui est mon pensionnaire, en soit 
aussi, et le duc Philippe de Pomern , l'électeur palatin, ceulx de Mayance 
et de Trefve, combien qu'à ce qu'il dict ce sera couvertement, et que, 
sans faire démonstration que cecy leur touche, ilz donneront toute com- 
modité en leur pays, comme aussi fera l'archevesque de Brème, auquel 
pour le contenter l'on donnera quelque somme de deniers; et mect aussi 
le duc de Virtemberg, comme l'ung de ceulx qui principalement ayent 
part en caste menée. Dict que le temps de l'exécution doige commencer 
pour l'entrée de la karesmeauplus lard, et qu'ilz pensent lors treuver meil- 
leure commodité de fourrage pour les gens de cheval , puisque les granges 
sont plaines, et que, le diflërant plus longuement pour la fuulte que l'on 
treuveroit de fourrage, ilz seroient constrainclz attendre jusqucs à ce (|uc 
l'herbe et les premiers grains fussent plus avancez » 



( 296 ) 

particularitez, cl vous advertiray de ce que pourra} descou- 
vrir tendant à la fin contenue en vosdictcs letti-es. Et oullrc 
que ceey me louche aussi , vous debvez sçavoir qu(! je ne 
vouldrois délaisser soing pour avancer choses que tendassent 
au repos publicquc, et moins à vous; et que plus est, pour 
vostre respect, je feray mon extrême de possible pour enten- 
dre le fondement de ceste menée, pour y obvier austant ({ue 
faire pourray, et de ce vous pouvez tenir pour asscuré, et 
n'obmcctray riens de chemin pour entendre ladictc practic- 
que; et mesmes estant arrivé à Francfordt (qu'espère sera, au 
plaisir de Dieu, au tem|)s que vous ay escript dois la première 
gisle hors de Prag), et encoires paravant, jauray meilleure 
occasion pour taster le fondement, aussi par la présence des 
princes électeurs remédier et obvier à toutes choses austant 
que me sera possible. Avec ce je seray celle part plus à propos 
pour, si aulcunc levée se faisoit audict Empire, icelle empes- 
cher; et tiens bien que, durant mon séjour audict Francfort, 
on ne suscitera riens; du moings il ne tiendra à moy que je 
ne face tout debvoir pour la rompre et hostcr audict roy de 
France le moyen d'en pouvoir faire son prr iffit. Aussi je tien- 
dray secret cestuy advis, sans que je nomme le pcrsonnaige 
qui vous en a parlé. Toutesfois je seroic d'opinion, puisque 
aulcunsdeces princes qui doibvent estre participans de ceste- 
dicte practique sont voz pensionnaires et vous ont présenté 
leur service, que ne debvez obmectre les admonester amyable- 
ment qu'ilz ne se laissent fourvoyer des promesses françoises, 
et qu'ilz veuUent avoir regard à l'obligation qu'ilz ont vers 
vous, avec toutes bonnes persuasions que verrez convenir . 
leur donnant à entendre ce que dessus, bien avec ceste réser- 
vation que ne pouvez imaginer qu'ilz en soient participans, 
pour ne les irriter davantaige, comme ne doubte sçaurez 
très-bien faire. 

Je ne trouverois aussi, monsieur mon bon nepvcur, hors 
de propos, puisque voz affaires avec France sont en telz 



( 297 ) 

termes (dont il me desplaist très-fort) par la prinsc de Calaix 
et Guysnes, que se trouvant corrcspondence de leur couslel 
pour parvenir à paix, moyennant qu'on proposa conditions 
lîonnestes et tollérables , y entrevenant aussi vostrc réputa- 
tion, que y deussiés entendre, et plustost dissimuler quelque 
peu jusques puissiés mener les ennemys plus à la raison et 
cependant reprendre voslre halaine. Car, estans noz forces 
séparées, vous et moy ne pouvons faire ce que bien voul- 
drions et à quoy l'affinité nous oblige réciproquement, d'aus- 
tant que j'ay par trop affaire pour me deffendre contre le 
Turc, et vous contre son allyé le roy de France : mais j'espère 
que une fois Nostre-Seigneur nous donnera la grâce joindre 
nosdictes forces, pour les employer à son sainct service, au 
repos publicqne et bien de la cbrestienneté ; auquel je prye 
qui, monsieur mon bon nepveur, vous doint l'entier de voz 
bons désirs. 

De Hirschaw, ce x' de febvricr 1558. 

Vostre bon frère et oncle, 

Ferdinand. 

A monsieur mon bon nepveur le roy d'Espaignc, d'Angle- 
terre, etc. 

Troisième lettre. 

Monsieur mon bon nepveur, suyvant ce que vous escripvis 
dois Hirscbaw ,1e x'' de ce mois , que vous advertirois de temps 
à autre ce que pourrais descouvrir des practicques qui se 
meinent en la Germanie à nostre désadvantaige, cestes seront 
pour vous advertir que, estant arrivé en ce lieu , j'ay eu advis 
digne de foy d'ung de mes conseilliers que assemblée et levée 
se fait en l'Empire, se conformant icclluy à ce que vous m'en 
avez escript , bien que si distinctement il ne sçail nommer et 
descouvrir les priiu-ipaulx [)ersoiniaiges desquels voz lettres 



( 298 ) 

faisoicnl incnlion, me nommant aulciins particuliers; aussi 
que la masse se debvoit séparer en deux bendes : l'une se deb- 
voit tirer le chemin d'Augsbourg vers Bavière, mon maniuisat 
de Burgaw, et, s'ilz peuvent passer oultre, entrer en mon pays 
de Ferrette, et celle part gastcr ce qu'ilz pourront, et après 
passer en France. Mais de laultre, vers quel quartier elle deb- 
vroit marcher, on n'en povoit encoires avoir certitude, nonob- 
stant toutes diligences que mondict conseillier a fait pour le 
sçavoir, bien qu'on soubsonnoit qu'elle tireroit devers voz 
pays d'embas et en plus grant nombre que la première. Pour 
il quoy obvier feray tout ce que aulcunement me sera possible 
pour icclle entrerompre; du moings je feray mon niieulx de 
ce que se pourra faire, et adviscray tous moyens excogitables 
pour les séparer, en leur donnant tout empeschcment de ne 
joindre leurs forces, y cmj)loyant tout mon estudc, s'ilz vou- 
loienl faire assemblée au quartier d'en hault : car au pays de 
\Ves(pfalen et Saxcn m'est trop longtain pour y sçavoir don- 
ner ordre; et sera bien que aussi de vostre coustel advisez 
pour leur donner traverse si avant que pourrez. J'ay aussi 
desjà traicté avec ceulx de la ligue de Franconie, et dépesché 
devers mon beau-lilz le duc de Bavière, avec lequel, joincte- 
ment aulcuns aultres princes, summes en une ligue et confé- 
dération, à ce qu'ilz voulsissent entre eulx convocquer une 
diette, pour estre icelluy duc capitaine de ladicte ligue, et en 
icelle conclure pour ayde contre les moteurs du repos public- 
que. Aussi j'envoye homme propre devers eeulx d'Ulem et 
Augsbourg pour le mesme effect, pour avoir assistence, et 
tiens que les pourray induyre, veu aussi que ceey leur tou- 
che, comme membres d'Empire, et qu'ilz donnent assistence 
pour obvier à telle congrégation, faisans de leur coustel tout 
ce que humainement faire se peult à ce que les gens de guerre 
ne se rassemblent, et moins leur donnent passaige par les pays 
de leur obéissance, et, là où les trouveront, qu'ilz les ruent juz. 
Mais le meilleur moyen pour leur donner cesluy empesche- 
ment scroit que vous traictjssiés avec la pluspart des princes 



( 299 ) 

de l'Empire lesquels vous ont scrvy raniiée passée, aiïin qu'llz 
voiilsisscnt de vous recevoir retenue ou warlgelt : car par 
cecy l'on les brideroit de ne faire ou mouvoir autre chose; 
et si peu de despence tiendrois pour trop bien employé, 
d'austant que par ainsi on leur hosteroit le moyen et occasion 
de joindre leursdictes forces et ne se mectre au service d'ung 
aultre potentat. De ma part feray le semblable austant que 
faire se pourra, j)0ur par ce les entretenir et laisser couler la sai- 
son. Et vous povez tenir pour assehuré, monsieur mon bon ncp- 
veur, que en et partout vous assisteray, comme bon oncle, 
austant que me sera possible, et cognoistrcz que par ma faultc 
riens sera négligé pour tenir avec vous bonne correspondence. 
Oultre ce, j'ay advertissement de ceulx de mon régiment à 
Anghessey comme les François rassemblent gens de pied ou 
coustel de Lorraine, pour venir ruer sur mondict pays de Fer- 
rette, et premièrement invahir sur les biens appertcnant au 
baron de Polweiler, pour se venger du dommaige à eulx in- 
féré en son passaige celle part, procédant ladicte invasion en 
mesdicts pays pour l'ayde et assistence que vous ay faicte avec 
ledict Polweiler et ses gens : par quoy je vous prye affectueu- 
sement avoir regard donner empeschement ausdicls François, 
à ce que mes subgcctz ne soient travaillés et peussent demeu- 
rer à repos, austant que vous sera possible. Et de ce qu'en ten- 
dray de jour à autre desdictes practicques, avec toutes les 
eircunstanccs, vous adverliray avec Fayde de Dieu, auquel je 
prye qui, monsieur mon bon nepveur, vous doint sa saincte 
grâce. 

De Nuremberg, ce xni'' de febvricr 1558. 

Vostre bon frère et oncle, 

Ferdinand. 

A monsieur mon bon nepveur le roy d'Espaigne, d'Angle- 
terre, etc. 



( 300 ) 



^uatrfèiue letlrc. 

Monsieur mon bon ncpveur, j'ay rcccu voz lettres du 
xnn" d'apvrii le xxvni'' d'i('elluy mois, par lesquelles, veu la 
perplexité et peine en laquelle vous trouvez pour les desseings 
et menées franchoises, tant pernicieuses non-seullement à 
vous, voz pays et subjectz, ains au commun repos de la chres- 
tienté, j'ay sentu, pour la paternelle amour que vous ay tous- 
jours porté (comme fais encoires présentement), merveilleux 
regret, considérant la grande perte, dommaige et vive playe 
que journellement ladicte chrestienté reçoit par cesle maul- 
vaise practicque franchoîsc : pour à quoy remédier j'espère 
que Dieu , par sa divine bonté, mectra une fois la main. Et 
pour obvier toutesfois à icelle, faictes très à propos et très-bon 
debvoir de vray bon prince, amateur de ses subjectz et vas- 
saulx (puisque la chose ne se puist faire autrement), de pour- 
veoir à tout et vous préparer, tant de renforcement que sain 
et meur conseil , alfin de vous opposer et dcfTendrc contre tous 
invasions et oppressions dudict roy de France, mesmes en pré- 
venant les practicques que se peuvent faire en Allemaigne en 
faveur desdicts P^-ançois, austant qu'il est possible: à quoy il 
me semble seroit bon et nécessaire que, de vostre coustel, 
teniez bonne correspondance avec la duché de Luxembourg 
(comme aussi vous escripvis dernièrement en castilien), en- 
samble avec nostrc pays de Fcrrette et Haiguenau. Quant à 
moy, j'ay desjà envoyé et escript aux princes de l'Empire, là 
où se font les levées, comme au quartier de la Saxonie et ail- 
leurs, affin qu'ilz (suyvantz le serment qu'ilz me doibvent 
comme bons princes et membres du Sainct-Empire) n'endu- 
rent chose quelconcque que puisse redondcr à l'inquiétude et 
trouble d'icelluy, et entrerompre les assemblées que se font 
audicl Sainct-Empire sans mon sceu et volenlé. Je vous veulx 
aussi bien advcrtir (pic me sont venu des nouvelles, ces jours 



( 301 ) 

passez, d'ung mien conscillicr qu'ay envoyé devers le duc de 
Mcclielembourg, pour le retenir de la mauvaise praclicque qu'il 
avoit sur la main, qu'il ayt traictc avec luy de sorte que Icdict 
duc se contente de venir à mon service moyennant trois mille 
tailiers de partye par an : sur quoy luy ay envoyé des lettres 
contenant expressément de ne servir contre vous. Semblable- 
ment ay-je reccu des nouvelles, peu de jours ha, comment 
le duc Ilenrich et Ericli de Brunswyck ont dcsjà preslz 
n mille clievaulx et une bendc de piétons pour enlrcrompre 
tous assemblées suspectes qui se font en ce quartier-là; et afïin 
de mieulx mectre ceste chose à exécution, j'ay mandé que 
cculx de la ligue de Flemsberg eulx assisteront de tout leur 
pouvoir. Pour quoy, monsieur mondict bon nepveur, n'ayez 
pas de double que je ne face de mon coustcl toute bonne dili- 
gence practicquablc pour vous assister et ne faillir au boult, 
en empeschantel mectant au bas toutes emprinscs, desseings 
et practicques desdicts Franchois qui viendront à ma cognois- 
sance, austanl qu'il me sera possible et faisable. Et Dieu face 
qu'en puissions une fois venir au boult de ces guerres intes- 
tins, dont la républicque chrestienne se treuvc tant oppressée 
et ruynée, aflin de s'en povoir préparer une fois unanime- 
ment pour faire la guerre au Turcq, ennemy héréditaire 
d'icellel Et à tant, monsieur mon bon nepveur, je prye le 
Créateur vous donner l'oplat de voz bons désirs. 
De Vienne, ce ni'^ de may 1358. 

Vostre bon frère et oncle, 
Ferdinand. 

A monsieur mon bon nepveur le roy d'Espaigne, d'Angle- 
terre, etc. 

(Originaux, aux Archives du royaume.) 



( 302 ) 



CCCLXXXIII. 



lidulioH somtnaire des êlals (jênéruKx tenus à Namur et à 
Bruxelles, du mois de décembre lo76 au mois de juin 1577; 
par Barthélémy Licbart, député du Tournaisis (1). 



Rapport sommier de ce que Barthélémy Liéhart, licencié es droictz et 
bailly général du temporel de monseigneur le révérendissime évesque 
de Tournay, comme député des estatz du Tournésis , al besongné en 
l'assamlilée des estatz généraulx, tant conjoinclemenl avec le S"" de 
Montsoret, bailly de Rume, que, depuys son parlement, seul, et aussy 
aullrement en court. 

Coinnic il pleut à messeigucurs, le xxiin'' de décembre der- 
nier 1;J76, dénommer et députer ledict S' de Moutsorret (2) et 
moy, nous donnant par ensamble, et à chascun de nous en cas 
que l'un fût rapellé ou n'y pourroit vacqner, plain pouvoyr, 
authorilc et mandement espécial d'en leur nom comparoyr et 
adviser, avec les députez et commys des estatz d'aultres pro- 



(1) Les procès-verbaux ou résolutions des états généraux, du 23 sep- 
tembre 1376 au 30 juin 1377, ont été publiés {)ar De Jonge en deux vol. 
in-4", 1828 et 1851. Mais ces procès-verbaux sont très-secs et fort incom- 
plets. On lira donc avec intérêt cette relation , bien que sommaire. 

Barthélémy Liébarl, dont elle est l'ouvrage, était fils de Nicolas Liébart, 
([ui durant près de cinquante ans remplit la charge de conseiller pension- 
naire des échevinages de Tournai. Il lut appelé, le 12 décembre 1381 , à 
exercer la même charge. Il mourut au mois d'avril 1394. Il avait épousé 
Barbe du Bois, (ille de sire Jacques du Bois, successivement échevin, juré 
et second prévôt, à Tournai. 

(2) Mathias de la Chaussée, écuyer, .seigneur de Montsoret, bailli de 
Philippe, seifjneur de Deauforl et de Rumes, l'un des quatre iiauls justi- 
ciers du Tournaisis. 



( 303 ) 

vinces du pays de par deçà , sur les moyens et remèdes de la 
pacification et tranquillité d'icelluy, et se trouver avec Icsdicts 
estatz en la ville de Namur et allieurs où besoing seroyt vers 
Son Altèze, j)Our wyder et parachever ce que pouvoyt rester à 
leffect susdict, et pour un parfaict accord et union desdicts 
pays, sans préjudice de nostre saincte foy catholicquc et ro- 
maine, liberté de l'Église et l'autorité et obéissance deue à Sa 
Majesté, — le xxvi'" ensuyvant sommes partis pour Namur, où 
estoyent lors les députez des aultres estatz, et y sommes ar- 
rivez le xxix", environ les dix à unze heures devant disner, 
nayans eu la commodité, ce jour-là, de nous présenter et trou- 
ver aux estatz, pour n'avoyresté accommodez de logis fors que 
sur le soyr, que le fourier de la court nous fourra chez quelque 
mesnagier de la ville. 

Mais le lendemain, xxx" dudict moys, dès six heures du ma- 
tin (à raison que, entre six et sept heures, les ambassadeurs de 
l'Empereur, du révérendissime et illustrissime évesque et prince 
de Liège et du ducq de Juilliers, venus en ladicte ville le jour 
précédent, pour déclarer aux estatz les causes de leur légation 
et leur commission, et, ce faict, pouvoyr aller en toutte Iiastc 
trouver le S"^ don Jehan, estant en Marche en Famine, terroyr 
de Luxembourg, debvoyent avoyr audience), nous, alFin de les 
prévenir, nous représentasmes en ladicte assamblée des estatz, 
et es mains de monseigneur le duc d'Arschot, chief du conseil 
d'Estat, lors commys par Sa Majesté au gouvernement de ses 
pays de par deçà, exhibasnics l'acte de nostredicte commission, 
et, après lecture en faicte par le greflier desdicts estatz, par 
commune voix fusmes admys et receus en ladicte assamblée, 
pour y besongner et négotier avec les aultres. Suyvant quoy, 
avons encommcnché et depuys en toutte diligence continué, 
tant audict Namur jusques le quatriesme de janvier ensuyvant 
de l'an 1577 (que lors lesdicts estatz commcncharent s'en 
retourner à Bruxelles), que par après audict Bruxelles, d'en- 
tendre, Iraicter et adviser des affaires qui s'y seroyent repré- 



( 504 ) 

sentécs en grandissime afïluence, et bien soin enl de irès-grande 
difficulté, pour et allin premièrement et prineipallement de 
parvenir à quelque bon accord avee ledict S' don Jehan, comme, 
après plusieurs communicalions d'une part et d'aullre, seroyt 
advenu au moys de febvricr dernier, suyvant le contenu de 
l'édict de paix en despèché et imprimé (I), dont premiers j'en- 
voyay copie en toutte diligence, et depuys exemplaires en bonne 
quantité; secondement, pour, à la deirenee, conservation et 
asseurancc du pays contre les invasions et actes dhostillité des 
Espaignolz, Italiens et Bourguignons et aultres leurs adhérens 
amutinez et rebcls, faire et entretenir cependant gens de guerre, 
tant es villes et fortresses pour garnison qu'en la campaigne 
pour soustenir ou poursuyvre les ennemys, ayant esté dressé et 
par deux moys et davantaige continué un camp formé, premiers 
demye lieuwe près de Malines, et en après au villaige de Nostre- 
Dame à Wavre, entre î\lalines et Lierre; aussy pour praticquier 
alliance d'un costé et d'aultre, ou entretenir celle acijuise, allin 
d'avoyr j)lus grande assistence en cas de besoing, à tout le 
moyns destourner tout renfort aux ennemis , et linablement 
pour entretenir bonne correspondence avec le prince d'Orenges 
et eslatz d'Hollande et Zeelande, sy avant que le bien, salut, 
repos et asseurance du pays le comportoycut : de sorte que leurs 
eommys se seroyent trouvez en ladicte assamblée des estatz, et 
y advisé avec les aultres jusques le xvu'" dudicl febvrier, que 
ledict traicté de paix fut arresté et publié par plus de voix de 
ladicte assamblée, sans que (pour sembler toutte demeure et 
délay estre grandement nuysible à sy bon œuvre) on auroit 
attendu l'advys desdicts prince et estatz d'Hollande et Zee- 
lande. Et à ceste raison, les députez desdicts Hollande et Zee- 
lande seroyent retirez et n'y plus retournez, quelle instance 
que par lettres et ambassades on ayt sceu faire affin qu'on les 
y renvoya. 

(1) Le traité de Marche en Famène du 12 février 1577. 



( 30o ) 

Et pour la multitude, grandeur et importance des affaires, 
avons, sans aulcunes ou bien petites relâches, deu journelle- 
ment vacquier ausdicts eslatz, tant devant qu'après midy, et 
bien souvent dès le matin bien lempre jusques le soyr, sans 
pouvoyr nous retirer en la maison, pour y prendre nostre ré- 
fection. Et comme, le ix^ dudict moys de janvier, par importu- 
nité des seigneurs, avions , en voslrc nom, soubsigné certain 
acte de compromys et union (i), soubz protestation de nullité 
en cas que ne fuissions de vostre part authorisez, soyt en vertu 
de nostre dicte commission (dont n'estions certains), ou par 
aggréalion subséquente, le xin''ensuyvant, après avoyr obtenue 
copie autheoticque dudict acte, pour ce que la chose impor- 
toit grandement, à ladvys dudict S' Montsorret, mon compai- 
gnon, suys venu en ccsle ville, pour communicquier ledict acte 
et en faire rapport à Voz Scigneuryes, comme je fyslexix'"jour 
dudict moys, les requérant, pour nostre descherge, d'avoyr acte 
déclaratoire de leur intention sur ce faict, quy de leur part, 
après avoyr entendu, tant par la proposition de monseigneur 
le gouverneur que mon rapport, les raisons de tel compromys, 
m'auroyt esté accordé en advoant noslredicte subsignaturc 

Le XXI* dudict moys de janvier, me seroys party pour 
Bruxelles, où arrivay le lendemain au soyr, et communic- 
quay ledict acted'adveu audictS'^Monsorret. Le jour ensuyvant, 
sommes trouvez ausdictz estalz, sans touttesfoys faire mention 
dudict adveu, attendants que les députez des aullres estatz quy 
nous précédoyent eussent faict leur debvoyr. Et ainsy avons 
continué, négociant conjoinctement sur ce qu'il se seroit mys 
en délibération , jusques à ce que ledict S' de Montsorret , ayant, 
à son instance, esté rapellé par mesdicts seigneurs, se partyst 
de Bruxelles pour retourner, quy fut le xv" dudict febvrier. 

Dès lors en avant, suyvant le pooyr donné à chascun de 
nous insoUdum, comme dessus, auroys seul continué d'aller 

(1) L'union de Bruxelles du 9 janvier 1577. 



( 306 ) 

aux estatz tous les jours, tant devant qu'après midy, sans in- 
termissioii, et, en racquici de ma cherge, advisé et rendu mon 
opinion le plus conforme à ce que, pour le bien j)ublicq, selon 
droicl et raison. Voz Seigneuryes mesmes(à mon advv s) eussent 
faict, en m'accommodant bien souvent avec ceulx de Flandres, 
pour avoyr entendu que c'estoyt assez voslrc intention de les 
suyvre es négoces et affaires quy s'y scroyent rcpiéscntez et 
traictez, si comme, en premier lieu, surledict traiclé de paix 
pour lors, avant le partement dudict S"^ Montsorret, conclu et 
arresté, aflin de le faire publier, puys effectuer de poinct en 
poinet, tant de nostre costé que dudict S' don Jcban, procu- 
rans à toutle instance la sorlye desdicts Espagnolz et leurs ad- 
liérens hors des villes et forlz qu'ilz occupoyent et pareillement 
de tout le pays de par deçà, l'eslargissement des prisonniers 
prins et détenus d'une part et d'aultre, restitution des previ- 
léges de cliascun quartier, et tous aultres points contenus et 
conformément audict traicté de paix; ayants aussy esté gran- 
dement embesongnez de donner ordre, provision et entretène- 
ment pour noz gens de guerre, pendant que lesdicts Espagnolz 
et aultres leurs adhérens, noz ennemys, estoyent encoires au 
pays, et jusques à ce qu'ilz en fussent efrectuellcment partis cl 
eslongnez; en après pour, à la desclierge du pays, casser et 
licentier nosdicts soldatz en grande partye, et mesmemcnt ceulx 
venus à nostre service de la part du prince d'Orenges, affin de 
retirer de ses mains la ville de Nieuport, qu'il tenoit en impi- 
gnoration pour seureté des artilleryes, vaissaulx, munitions et 
gens de guerre qu'il avoit envoyez par deçà au service et se- 
cours et à la requeste desdicts estatz, tellement qu'un peu de- 
vant mon retour icy, ayans les vaissaulx, artilleryes et muni- 
lions de guerre dudict prince esté restituez, et puys ses gens 
renvoyez, fut envoyé de la part des estatz quelque gentilhomme 
de Flandres vers ledict prince, pour le sommer et requérir de 
délaisser ladicte ville libre, en retirant ses soldatz, es mains des- 



(307 ) 

dicts (le Flandres ou de leur gouverneur: mais, pourcstreparly 
de Bruxelles avant le retour dudict député, ne sçay ce qu'en se- 
ro} t ensuyvy. Et quant et quant avons esté empeschez pour 
policier et entretenir l'aultre partye de nosdicts gens de guerre 
retenus, pour, à faulte d'argent, ne les pouvoyr casser et ren- 
voyer au logis, au regard de quelques régimens, et au respect 
des aultres pour la garde et asseurance dudict pays contre la 
gendarmerye allemande y demourée et ayant adhéré ausdicts 
Espagnolz, et les assisté au sacq d'Anvers, Lière , Mastricht et 
aultre part, alïïn de la tenir en crainte et destourner à faire 
encore quelque nouvellité suyvant leurs menasses. 

Et pour satisfaire à tout ce que dessus, nous auroyt fallu pra- 
ticquier deniers, draps et aultres marchandises à frais en rente 
et crédit des marchans et aultres, comme aussy par demandes 
d'aydes et subventions de chascune province : en quoy avons 
grandementesté empeschez et en grandissime peine, à cause de 
la povreté grande et petit crédit du pays. D'aultre part, comme, 
après ledict traicté de paix faict etpublyé, ledict S'' don Jehan, 
pour le pouvoyr plus commodieusement effectuer de sa part, 
désiroyt nous approchier, et mesmes, avant d'avoyr nouvelle 
certaine que lesdicts Espagnolz, Italiens et Bourguenons es- 
toyent hors du pays, requéroyt estre admys et reeeu à gouver- 
neur, suyvant la commission qu'il en avoyt de Sadicte Majesté, 
avons esté aulcunement occupez pour sur ce asseurémcnt ré- 
souldre, n'osans bonnement nous confyer audict S"" don Jehan, 
lesdicts Espagnolz encores icy au pays et y occupans villes et 
fortresses, pour la double et peur qu'avions de mectre par ce 
moyen le pays en hazard. Néantmoyns, après plusieurs dé- 
batz, luy fut accordé l'entrée en ces pays par Namur, et lieu 
de résidence pour quelque temps en la ville de Louvain, soubz 
la cherge et garde touttesfoys de monseigneur le duc d'Arsehot, 
général lors de la gendarmerye des estatz, ayant à cest effect 
quattre enseignes d infanterye, par-dessus les cincquante mos- 
TOME X""', 3"' SÉRIE. 23 



( 308 ) 

catiers (i) qu'il avoyt pour la garde de sa personne. Comme de- 
pviys, entendu que Icsdicls Espagnolz, Italiens et Bourgucnons 
estoyenl au pays de Luxembourg, et y estoyent marehez bien 
avant, et approelioyentdes lisières de lîourgongne, et aussy par 
le rapport que nous en avoyent faicl plusieures foys tant Icdict 
seigneur duc, marquis de llavrccli, visc.onte de Gand et aultres 
le bantans journellement, que les députez de la part des eslatz 
ayans este vers kiy, qu'il procédoyt de bonne foy et syncère- 
ment, sans feinlise aulcune, et que partant pouvions et deb- 
vions bien nous lier à luy, lesdicls estatz, par voix commune, 
luyauroyent eonsenty de pouvoyi' venir en la ville de Bruxelles, 
où il seroyt arrivé et fit son entrée le i*"^ jour de may dernier 
passé 1577, entre les six à sept beures du soyr, ayant esté 
receu avec grande magnificence et allégresse (2). Le lendemain 
matin, tous les estatz en général l'allarent bienvenir et saluer, 
et, ce fait, les députez de chascun estât en particulier, selon 
son ordre, se présenta et le salua, i^e un'' ensuyvant, devant 
mydy, entre les unze et douze heures, après ostension et lec- 
ture de sa commission, et le serment conforme au xvn" article 
dudict traicté de [)aix par luy preste aux estatz en la main du 
révérendissimc d(; Bos-le-I)uc, il auroyt esté receu et admys 
à gouverneur. Lequel allors auroyt commencé de plus près à 
communicquier avec lesdicls estatz sur la satisfaction pareulx 
à faire aux Allemans suyvant ledict traicti', allin de le pouvoyr 
bicntosten descharger le pays, les renvoyant au logis, et aussy 
louchant plusieures dilïicultez que représenloyent lesdicts S"" 
prince et estatz d'Hollande et Zeelande, à cause des villes 
d'Amstredam, Heusdcn et aultres lieux quy (encoires qu'ilz 



(1) Moscaliers, mousquetaires. 

(2) Nous avons publié, dans iiolre Collection de documents inédits con- 
cernant l'histoire de In Belgique, t. I , pp. .168-57 1 , cinq lellres écrites par 
Liél)art auxélals du rournaisis sur l'onUée à lîruxt^lieset la réception de 
don Juan d'Autriche. 



( 309 ) 

iiisscnt membres ou dépendans dudict Hollande) n'avoyent 
touttesfoys en ces guerres passées Icnii leur parly, el aussy 
des ville, cliasleau et pays d'Utreelit, comme cstans unis avec 
ledicl Hollande, qu'ilz prétendent estre rem^'^s et réunys avec 
ledict Hollande et au gouvernement de Son Excellence, suy- 
vant la commission qu'il en a de Sa Majesté et le traicté de pa- 
cification faict à Gand et depuys aggréé tant par elle que Son 
Altèze, comme pareillement sur la restitution de la ville de 
Breda et aultres biens dudict S"^ prince gisans es pays de Bour- 
gongne et Luxembourg; lesquelles partyes Ton diffère leur ac- 
corder, par faulte de voulloyr donner aux villes qu'ilz enten- 
dent debvoyr estre unyes avec cculx dudict Hollande telle 
satisfaction qu'elles demandent en vertu dudict traicté de pa- 
cification, article va"; aussy que de leur costé en plusieurs en- 
droicts ne s'accomplit ledict traicté, ains y contreviennent en 
plusieurs endroicts, et mesmementen ce qu'ilz auroyentoccupé 
et occupent encore (sans eulx en voulloyr départir, quoyque 
l'on les en ayt requis et sommez) les forts de Nieugastel et 
aultres que noz gens auroyent tenus pour engarder le passaige 
contre l'hostillité des Espagnolz et leurs adhérens rebels, et 
auroyent depuys quictez; item, que l'on ne faict pleine resti- 
tution des biens à ceulx quy pour les factions passées s'es- 
toyent relirez desdicts Hollande et Zeelande et y seroyent re- 
tournez, mcsmement aux gens déglise, les biens desquels se 
retreuvent en leur premier estât; et au regard de ceulx des- 
(juels les biens auroyent esté aliénez, ne se donne provision 
raisonnable d'alimens, selon que par ledict traicté de pacifi- 
cation, articles x, xx et xxi", at esté devisé. Davantaige, ledict 
S' prince faict refondre, soubz ses nom et armoiryes, les artil- 
leryes de Sa Majesté, en lieu de les retenir el garder en leur 
entier et celles cassées faire refondre soubz le nom et armes de 
Sadicte Majesté, pour, suyvant ledict traicté, article m% en faire 
cy-après la restitution, comme pareillement de basteaux qu'il 
a prins sur Sadicte Majesté : joinct que ledict prince et estatz 



( 310 ) 

d'Hollande et Zeelande n'auroycat voullu et ne vcullcnt cn- 
coresapprouverlc traiclé el édict de paix faict avec lediclS''don 
Jehan ; sy diffèrent à se conformer avec nous au faict des mon- 
noyes, combien que plusieures foys, par lettres, commissaires 
et aultrement, on les ayt requys de se vouUoyr accomoder et 
donner ordre aux poincts que dessus. Lesquels et plusieurs 
aultres, que seroyt trop long en discourrir, à mon partement, 
seroyent demeurez ouverts et indécys. Bien est vray que, pour 
pouvoyr venir à quelque bon accord sur le faict d'Ambstredam, 
Ion avoyt envoyé vers ledlct S*" prince et eslatz d'Hollande et 
Zeelande le S"" président du conseil privé de Sadicte Majesté (1); 
mais ne sçay ce qu'il auroyt peu eU'ectuer, pour à mon parte- 
ment n'avoyr esté de retour. 

Aussy seroyt demouré ouvert le poinct des Allemans, les- 
(jucls — quelle instance on ayt sceu faire par plusieures foys , 
en leur ayant offert, pour bientost en estre quictes, troys moys 
de paye [)restement, les deux en argent et le troisiesme en 
drap, et en après adjousté encores un aultre à recouvrer soubs 
l'obligation des estatz par le crédit de Sadicte Majesté et Son 
Altèze, et oultre ce offert de leur donner lettres obligatoyres 
de les contenter, avec attermination de ce que par descomptes 
sera trouvé leur estre encores dcu en raison et équité, selon 
lédict de paix, articles v et xv*"' — on n'auroyt peu induire et 
faire condescendre à quelque appoinctcment pour sortir de ces 
pays, avant avoyr faict et parfaict leurs descomptes. Pour à 
(juoy besongner, quelques jours avant mon retour, furent plu- 
sieurs commys de nostre part envoyez à Malines, où que le 
S'' don Jehan estoyt, et y avoyt pour le mesme effect évocquié 
les colonnelz, capitaines el officiers desdicls Allemans; lesquels 
commys dès lors avoyent grandement advancé lesdicts des- 
comptes. 



(1) Arnould Sasbout. Voy. nésululions des étals généraux, etc., I. Il, 
pp. 108, 409, -il 1. 



( 511 ) 

Voylii quant au faict de nostrc commission priiicipalle, non 
moyns dangereuse pour l'éventdes affaires inccrlain, <fue l'à- 
clieuse et pénible pour y avoyr dcu vacquicr sans intermission 
tous les jours, et tard et tenipre (I). 

(Original aulograplio,aux Arclines ilc 
l'État, à Tournai.) 



CCCLXXXIV. 

Deux remoniraiices du magislrat et de Vaniversllé de Louvain 
au prince de Parme, (jouverneur (jénèrul des Puijs-Bas, 
sur la silualion miser ahte où se trouvaient cette ville elles 
campagnes environnantes , par suite des désordres et des 
extorsions des gens de guerre (!2) : sans date (décembre 1 578). 



Première reiiioutrance. 

Monseigneur, nous nous vouidrions bien excuser, s'il fust 
possible, de vous faire le particulier discours de noz misères, 
prévoyants le sentiment que Vostre Excellence en doibt re- 



(1) Le reste du rapport de Liébart concerne les affaires parliculièios 
que les étais du Tournaisis avaient à Bruxelles et qu'il y avait traitées. 
Ces détails ne sont pas assez intéressants pour que nous leur donnions 
place ici. 

(2) Le conseil de Brabant , qui résidait alors à Louvain, écrivait au 
prince de Parme, le 19 décembre 1378, sur le même sujet : 

» Monseigneur, ceulx de la ville de Louvain, tant ceulx du magistrat, 
université, que en général le commun, se sont rendu plainctifz vers nous 
des grandes foulles, lorces, violences, et en somme des exécrations que 
les souldarts estants icy en garnison commectent en ceste ville. Mais, 
comme nous n'avons aulcune superintendence sur les gens de guerre, ne 
les avons sceu ayder : ce (ju'est cause (lu'ilz, s'addressenl vers Vostre Ex- 



( 512 ) 

copvoir pour la bonne afToclion qu'elle nous porte. Mais, estant 
le mal tel qu'il est incurable, sans entièrement découvrir la 
playe, sommes forcez de vous faire entendre les extrêmes né- 
cessitez ausquelles est rédigé ce pouvre peuple : ce que jus- 
qucs à présent avons différé de faire, nonobstant le grand 



ccllence pour y faire leur doléances, doiil les occasions sont telles, sy 
extrêmes et exorbitantes que, sy Vostre Excellence ne y pourveoil , et ce 
promptement, il est tout asseuré que non-seulement la ville et université 
de Louvain demeureront à jamais ruynez, destruicts et de liault en bas 
renversez, mais aussy les aultres villes voisines auront horreur de se ren- 
dre et réduire à l'obéissance de Sa Majesté, pour ne point tomber en tel/, 
et semblables calamitez. Et oultre ce, tous les aultres souldails et gens 
de guerre prendront pied de suyvre en malice les trames de ceulx-cy: 
estant impossible de commectre plus grandes abominations et impiétez 
que ceulx-cy ne commectent, ny députez que y vont vers Voslre Excel-- 
lence pour avoir le remède à une chose sy désespérée ne |)olront déclairer 
de bouche , ny mectre par escript, les intollérables excès que ces souldarts 
continuellement et de jour à aultre, de plus en plus, et sans respect de 
personne de (jualité qu'il soit, y conmiectent. Dont ne pouvons laisser, pour 
le lieu que tenons et la personne de Sa Majesté ([ue représentons, d'ad ver- 
tir à Vostre Excellence : car lelz péchez et impiétez crient vengeance 
devant Dieu. Et si Vostre Excellence ne les remédie, nous craignons que 
rire de Dieu viendra sur tous nous aultres : supplians bien humblement à 
Vostre Excellence que icelle nous pardonne qu'escrivons sy chauldement, 
car le zèle qu'avons pour le service de Dieu , de Sa Majesté et de Vostre 
Excellence nous l'ont faire cest debvoir, mesmes aussy afTin que une si 
belle, fameuse et loyalle ville et université, dont tant de genssravans qui 
ont gouverné etencoires gouvernent le spirituel et temporel sont yssus, 
ne voisent en entière désolation et ruyue. Et nous confians enlhièrement 
que Vostre Excellence, comme ung prince clément, bénigne et zélateur de 
la justice, donnerai ordre en cecy , et que icelle prendra ceste adverteuce 
de bonne part, prierons, monseigneur, le Créateur de maintenir Vostre 
Excellence en bonne et longue vie et en toute prospérité, après de nous 
avoir bien humblement recommandé à la bonne grâce d'icelle. » 

On peut juger, par ce qui se passait à Louvain et dans les campagnes 
environnantes, des calamités que la guerre civile répandait sur les Pays- 
Bas. 



.( 313 ) 

bcsoing que pièça en avions, pour la considération du temps et 
constitution des affaires, lesquelles estants, grâces à Dieu, 
réduictes à meilleur terme, espérons qu'entendant Voslre Ex- 
cellence de plus près noz calamitez, elle y applicquera les re- 
mèdes convenables. 

Or est-il, monseigneur, que le pouvre peuple de ceste ville , 
ayant ordinairement et de tout tcmj)s bien peu de moyen, 
chose à chascun notoire, s'estant, pour le service de Sa Majesté, 
sans aulcun regard de son interrest particulier, séquestré de 
ses voisins et faict frontière, tant par la retraicte des escoliers, 
principal soustien de ladicte ville, comme aultrement, tout à 
ung instant perdist généralement plus de la moitié de son petit 
ordinaire : à raison de quoy, ensemble pour monstrer quant 
agréable avoit esté ceste notre dévotion et le bon exemple 
qu'avions monstre aux aultres, le seigneur Octavio de Gou- 
saga, baron de Rossignol et aultres, au nom de Sa Majesté et 
de feu Son Altèze(l),dc leur propre mouvement et sans forme 
de capitulation, promirent de ne charger la ville d'aullre gar- 
nison que telle que, selon roccurence des affaires, le temps 
dieteroit estre nécessaire, et que tousjours la mesme garnison 
s'entreliendroit sans charge des habitants, qui ne scroyeut 
obligez à aultre service fors seulement le gist, une chandelle 
et le feu de l'hoste. 

Ce que depuis a esté aggréé par Sadicte Altèze, qui, ce en- 
suyvant,a dressé certain ordre conforme à ce que dessus sur 
le faict dudict service, pour le particulier de ladicte ville. 

Laquelle par ce moyen se pou voit entretenir tellement quel- 
lement, en attendant, par avanchement des affaires, nieillieure 
saison pour se remectre. 

Tant et jusques à ce que Sadicte Altèze, pour la nécessité 
survenue, a esté forcée d'y mectrc une troupe de gens de guerre 



(2) Don Juan d'Autriche. 



( 314 ). 

excédant beaucoup toute forme accoustumcc de garnison, et 
approchant à ung petit camp forme. 

Lequel, ores que de prime face estonna fort ceulx de ladictc 
ville, toulesfois pour entendre la nécessité qu'il y avoit et 
cs])érer que aultrement il y auroit tout bon regard et ordre, 
s'en conlentarent au mieulx qu'il fust possible. 

Mais, comme tout incontinent le soldat commença à se saisir 
du creu de l'année et faire la moisson à sa poste, avecque 
séclusion du maistrc et sans luy donner anlcun terme conve- 
nable ou prouiïilable, voires en luy ostant touts moyens pour 
la ceuillir luy-mcsme, se voyants frustrez du peu qu'ilz avoyent 
espéré et attendu pour s'entretenir le plus petitement qu'ilz 
pourroyent, ont commencé à gémir et estre fort abbatus de 
couraige. 

Qui depuis, de jour en aultre, leur, est de plus en plusfailly, 
à cause du service que la pluspart de ceulx de ladicte garnison 
bon gré malgré se firent furnir par les pouvres habitants de 
ladicte ville, nonobstant que , pour les respectes susdictes, elle 
en avoit esté dispensée (comme dict est) , et que oultrc ce la 
raison dictoit (comme aussy estimons l'inlcntion de feu Son 
Altèze et de Voslre Excellence avoir esté telle) que la garnison, 
pour sa grandeur, se gouvcrnast par forme de camp, sans 
prétention de service quelconque. 

D'aultant qu'il ne pouvoit fallir que par le furnissement 
dudict service le menu peuple , vivant seulement de sa journée 
et mainœuvre (qu'(;st la plus grande ])artie de ladictc ville), se 
consumast tout incontinent, sans aulcun remède. 

Car estant chargé généralemcMil de quatre ou cincq soldatz 
chascune maison , tant elle fust misérable, et telle de six , huict 
ou dix, dont le maistre avoit besoing de secours luy-mesme, 
la petite journée ne pouvoit suffire au service desdicls soldatz; 
et cependant le patron, ses enfans et femme avoyent de périr 
de pure nécessité et disette, ores que l'on eust procédé en 
cest cndroict par toute la discrétion et modération du monde. 



( 515 ) 

et que au reste Testât de la ville cl ce qu'en dépend fust de- 
meure en son premier estre. 

Là où, au contraire, oultre et par-dessus ce que, par l'arrivce 
et renforcement de ladicte garnison, ensemble pour tenir 
l'cnnemy la campaigne, la commodité des provisions et vivres 
incontinent fust fort racourehie , et par là haulcé le pris de 
toutes choses, le désordre de ceulx de ladicte garnison, buti- 
nants indifféremment le marchant et bon homme, sans respect 
ou considération quelconeque, a tellement augmenté le mal, 
qu'il en est ensuivie une chierté tant extrême qu'il n'y a mé- 
moire de semblable, au moins au regard de plusieurs espèces, 
principallcmcnt celles que concernent et sont comprinses au 
prétendu service, si comme bois, l'huyle, savon, sel, vinai- 
gre, chandelles, œufs, bière et fromaige. 

Et d'aultrepart, en lieu de se régler, à l'endroict dudict ser- 
vice, conformément à ce que au regard de ladicte ville avoit 
esté ordonné par Son Altèze , demeura et fut laissé ce poinct du 
tout à l'arbitraige du soldat, sans y pourveoir par ordre quel- 
coneque, fors que par une apparence extérieure et parollcs 
illusoires. 

Par où les gens de guerre, se voyants remis à leur discrétion, 
soubz ombre et prétext dudict service, ont commencé à user de 
telles extorsions et charger tant désordonnément leurs liosles, 
que bientost les plus pouvres, et successivement plusieurs 
aultres d estât médiocre, succumbants au faix, ont commencé 
en partie à mourir de pure pouvreté et souffrance, en partie, 
par faulle de moyen , abandonner leur maison et mesnaige. 

Joinct que la rudesse cl oultrccuidancc du soldat peu à peu 
s'est desbordée jusques à là que de ne permectre aux pouvres 
gens paisiblement exercer leurs mesliers , ny aux aultres se 
ayder cl valoir de leurs meubles, et par-dessus ce les oultrai- 
ger et maltraieler, tant de faict que de parolles, en plusieurs 
manières. 

Chase faicte tout à propos et par malice pour[>ensée, aflin 



( 316 ) 

que, le bon hoinmc mort de crèvcccur ou enchâssé de sa mai- 
son par paour et crainctc, le soldat s'cmpatronisastdu tout, et 
demeurast avecque la reste. 

Aux calamitez susdictes est venu à concourir l'infection de 
l'air, laquelle avanchée par le moyen des gens de guerre, qui 
presque de chasqune maison, voires des rues, firent des esta- 
bles et boucheries, a commence et depuis continue à grasscr 
une peste tant horrible et espouvantable , que pièça elle a em- 
porté plus de la moytié des habitants de ladicte ville et, des 
paysants de l'environ qui, la pluspart dépouillez de tout ce 
quilz avoyent au monde, y avoyent prins leur retraicle, ung 
nombre infiny montant à beaucoup de milles. 

Et comme le failissement des ungs redondoit à la surcharge 
des aultres, est le remanant des habitants ayants depuis porté 
seuls la chaleur de la journée , rédigé à tel destroiet et extré- 
mité qu'il n'y a nulz, au moins bien peu , qui se puissent plus 
maintenir en ces termes , et ne soyent en poinct de se veoir 
achever bientost, si Ton n'y pourvoit de remède. 

Estant la nécessité des particuliers générallement telle 
comme dict est, celle du publicq est (outte pareille ou peult- 
cstre plus grande, à cause des donmiaiges, intérests, despens 
et mises faicts et soustenus pour le service de Dieu et de Sa 
Majesté par les corps desdictes université et ville. 

Car, laissant à part que, tant par la dissipation des estudes, 
èsquels gist toute la prospérité d'ieelles, comme aultrement, 
leur revenu annuel est retranchy plus que de la moitié, seront 
trouvées, si bcsoing est, par compte faict, avoir desboursé 
depuis neufl'mois en chà , pour le service de Sa Majesté, que en 
fortifications temporelles que aultrement, la somme de qua- 
l'ante mille ilorins et davanlaige. 

Là où non-seuUement est allé tout le moyen et crédit qu ilz 
ont peu trouver au monde, mais demeurants en oultre char- 
gez de grandes debtes et arriéraiges, se trouvent néantmoins 
sî courts et en telle faulte d'argent et moyens pour en recou- 



( 517 ) 

vrir, qirilz ne sçavcnt d'ores en avant de (jncl bois faire fleis- 
chcs. 

De manière que ny le publicq aye mo>eti de secourir aul- 
cunement ou supplcr le défaillant du particulier, ny les 
particuliers de subvenir aux nécessitez de la cliose publicquc, 
ains se retroeuvent de touts costez en si pileux estât leurs 
affaires, que avecque toute la diligence et ordre que l'on 
sçaura niectre et adviser à la décharge des remonstrants, si 
demeurcront-ilz tousjours en exirènie angoisse, et auront la 
pluspai't bien grande peine à continuer de subvenir à la seule 
nécessité de nature. 

Ce nonobstant, ont Icsdicts remonstrants, pour la grande 
affection qu'ilz ont à Dieu et au Roy, et pour ne troubler ny 
ennuyer sans propos Vostre Excellence, passez et soustenus 
jusques à présent toutes ces extrèmitcz , sans grandement se 
plaindre. 

Mais, considérants que la saison et conjuncturc cojnportent 
cl que l'extrême nécessité requiert que Ton ])Ourvo\e à leurs 
affaires, pour l'obligation qu'ilz [ont] au service de Dieu et du 
Roy et à leur conservation propre, n'ont peu différer plus 
loingtemps de le donner à entendre. 

La suppliants, avecque toute humilité et instance du monde, 
d'y pourveoir bientost, pour j)révenir l'entière désolation 
d'une tant bonne ville et une université tant principalle e( 
tant renommée jadis par toute la chrestienté, qui aultrement 
est à la porte. 

En oultre, de croire qu'en ces remonstrances les suppliants 
n'ont tâché de aggrandir leur mal [par] parolles, ains au con- 
traire de desguiser jusques oires le plus aigre et picquant de 
leur playe, et dissimuler leurs afflictions plus grandes et in- 
supportables. 

Parmy lesquelles ilz ont constamment retenu , sans murmu- 
rer, le bon zèle du service de Sa Majesté, pour lequel ilz quic- 
teront tout ce qu'ilz ont au monde et mourront aux pieds de 
Vostrediete Excellence. 



( 518 ) 



Deuxième remontrance. 

Monseigneur, nous avons rcnionstré à Voslre Excellence 
I extrême nécessité du publicq et particulier de l'université et 
ville de Lovain, laquelle, si n'excédoit le besoing (ju'en avoit 
eu le service de Sa Majesté Catholicque, quelque grande qu'elle 
soit, la tiendrions pour bien employée et serions contents d"y 
adjouster le corps et la vie. 

Le regret qu'en avons et la cause de nous en plaindre est 
que, sans besoing qu'il en lust tout à propos, elle a esté telle- 
nieiil accreue par l'extorsion et concussion desréglée du sol- 
dat, que généralement sommes rendus du tout impuissans 
de plus servir au Roy par ceste voye. 

Toulcsfois la nécessite (estant mcsmcment tant extrême) 
n'est rien au regard dune infinité d'aultres torts, oultraiges, 
rajiines et violences commises à l'endroiot des supposts et 
babitants desdictes université et ville. 

Lestiuelles n'avons guerres touebé en nostredicte remons- 
Irance, et mesmement, s'il estoit possible, les vouldrions du 
tout enterrer soubz perpétuelle oublyance. 

Mais, pour estre iceulx encores à cesle Iieure en vogue et 
aller s'augmenlants de jour en aultre, de telle sorte qu'il est 
à craindre qu'à la lin l'issue en pourroil estre très-piteuse, si 
l'on n'y pourvoit par singulier remède, avons trouvé néces- 
saire et mesmement sommes forcez d'en donner particulière- 
ment compte à Vostredictc Excellence. 

Le commencement et entrée du mal fusl que, à l'arrivée 
de ceste garnison, qui fiist sur le poinct de la moisson, pour 
prévenir l'enncmy et luy osier la commodité de la campaigne, 
le soldat cust licence de ceuillir et amener pour soy le grain 
et fourraige à la ville. 

Et combien (jue celase debvoit entendre sainement , en don- 



( 319 ) 

naiit aulcun terme, au moins sans empesclicr et forclore le 
maistre, aiissy soubz distinction des limites, permectant au 
soldat le quartier plus esloigné et sul»jc(!t à l'ennemy, pendant 
que le bon homme amassoit son ereu (|ui estoit plus à la main 
luy mesme (comme aussy , à l'instance des remonstrants , cer- 
tain ordre fust di'essé sur ce faict , par le moyen du seigneur 
Juan-Baplista de Taxis), si est-ce que, la couleur prinse, on y 
alla de telle foulle qu'à rencontre de l'ennemy l'on ne sçauroit 
user de plus grande. 

Prenant non-seulement ce qui estoit le i)lus prèzct au pied 
des murailles, niais aussy le creu au dedans de la ville, et ce 
sans esgard si le censier et maistre estoit luy-mesmes en be- 
soigne. 

Lequel ordinairement fust enchâssé à force d'armes , et bien 
souvent (que plus estoit inlollérablc) despouillé de ses che- 
vaulx, chariot et armes, forcé en oïdtre de prester la main à 
la despouillé de son bien propre, iraicté au reste de bâtons et 
semblables rudesses en forme de forsaire. 

Si quelq'ung eschappoit de ceste fortune et eust l'heur de 
ceuiilir et amener son creu ou partie d'iceliny en la ville (qui 
sont esté bien peu et y ont sousteiuisde grands fraix), le tout 
faict, leur a convenu desulfrir que le soldat, entrant par voye 
de faict es maisons et grainges, ayt batu et em|)ortc leur grain , 
despens et peines. 

Et n'y a par toute la ville de dix grainges l'une où ceste 
force ne soit perpétrée i)ublicquemenl à \ eue de tout le monde , 
raaulgré et en despit des maistres qui se trouvoyent battus, 
blessez et affoulez y voulants contredire; et telz y a qui y ont 
laissé la vie. 

Soubz couleur de fourrager et amasser le grain, le pouvre 
villageois fust couru sus et pcrdist incontinent chevaulx, vas- 
clies, pourceaux, ouailles, sans distinction s'il estoit du dis- 
trict et territoire de Lovain ou aultrement. 

Et combien qu'en cecy, à grande instance des remonstrants. 



( 520 ) 

pour aulcuns jours fust Icnu quelque forme de reiglement et 
ordre, eu faisant restituer ee qu'estoit de mauvaise {iriiise, si 
est-ee qu'on y procéda par telle formalité et donna aux i)ovres 
gens tant de travail et peine , que la pluspart aymoyenl mieux 
se déporter de la poursuite. 

Joinct que, comme il n'y avoit jamais question de chastoy 
pour quelque meschante et oultrageuse i'aj)ine qui se présen- 
toit, le soldat, sur le pied et confidence de ceste impunité, 
recula sa [lovre partie par poignarts, espées et harcquebuses ; 
et s'il y avoit d'aulcuns ung peu plus constants, furent de faict 
affoulez, voires tuez en la poursuite, ou par le soldat qui avoit 
faict la prinse, ou aullres qui pour semblable office le secon- 
doyent. 

Et passa bienlost si avant ceste oultrecuidance que les sol- 
dalz logez cbez ung des deux commissaires establys par feu 
Son Altèze pour la coguoissance et vuidainge de ceste matière, 
quiesloil ung docteur régentés loix, membre bien notable de 
l'université, s'avancbarent à battre, blesser et alfouler les 
pouvres gens y venants à faire leurs doléances, et à la fin, aprèz 
plusieurs aultrcs rudesses el oultraigcs, osarcnt cncbasser 
ledict docteur de sa maison en plein jour à coups d'cspées. 

Par où luy, son compaignon et ung aultre gentilhomme qui 
leur avoit esté donné pour adjoinct par le sieur baron de Che- 
vreau, voyants la justice violée sans contradictions, n'osarent 
plus s'entremettre de leur charge. 

Que donna aux soldatz hardiesse de s'attacher mesmement 
au bestial qui leur estoit eschappé au villaige et retiré parles 
pouvres gens à la ville, là où y a bien peu de maisons ou d'es- 
tables qui ne sont esté violez et d'où le soldat n'ayt prins, soit 
par force ou aultrement, toute sorte de bestial, et mesmement 
en plain jour, es rues publicques, par troupes et en grand 
nombre, jusques aux moutons de provision et boucherie. 

De sorte que pour l'heure d'aujourd'iiuy n'y a de cent cen- 
siers ou paysans ung seul quiaye cheval ou vache, et plusieurs 



( 321 ) 

en y a (jui, aprèz les avoir rachapté deux ou trois fois, à la 
fin ont perdu l'argent et les bestes tout ensc'mble. 

Ceslc tant désordonnée prinse du bestial, sans et par-dessus 
le grand dommaige et ruine du pouvre bon homme, est re- 
dondée au grand intérest et inconvénient de la ville en plu- 
sieurs façons et manières. 

Il s'en est ensuivie une chierté extrême et à la fin faulte 
totale du bure, laict et fromaige; le fourrage, qui y estoit 
abondant» en est tellement deffailly qu'il n'en y a à peine pour 
entretenir les chevaulx de service. Toutes les maisons en sont 
devenues estables et boucheries : par où le pouvre bourgeois 
a esté serré tant estroictement en sa maisonnette qu'il n'a eu 
lieu d'y faire son pouvre mestier; et au demeurant est ville, 
qu'à couvert, qu'à descouvert , remplie de tant de puanteur et 
ordure que, sans attirer infection, on n'y sçait prendre haleine. 

Après la prinse du bestial, et mesmement durant icelle, on 
s'est adressé aux arbres, planches fendues et toute provision 
de bastiment et chose semblable, et finalement aux ustcnsilles 
et pouvre mesnage du bonhomme, lequel ilz ont prins jus- 
ques aux rattières et apporté au Marché publicquement à 
vendre. 

Là où ung temps ilz ont tellement emplette la place que, si 
atilcun bon homme y apportoit quelque provision à vendre, qui 
par grande fortune luy estoit demeurée, ilz l'enchassarent à 
coup de bâtons et dagues. 

Pendant que le plat i>ays se pilloit en la forme susdicte, peu 
à peu ont commencé à engrasser leurs mains en la ville, là où a 
esté tenu pour habileté de prendre et desrober aux hostcs, 
partie par force, partie d'emblée, l'argent, provisions, accous- 
trements et toute sorte de mesnaige. 

Et ne convenoit d'en parler, mesmement estoit dangereux 
de s'en plaindre, d'aultant qu'estant le larcin faict en secret, 
ou bien ouvertement et de force, mais en présence d'ung seul 
(chose facile au soldat d'espier telle heure et conjuncture), 



( 322 ) 

par faultc de tcsmoins ne se pouvoil plaincmcnl vérifier la 
chose. 

Et pour (jiielcpie grande })résuinption et évidentes indices 
qu'il y cust, n'y avoit jamais tpiestion de sonder la vérité par 
aultrc voye d'enqueste: par où demeura le pouvre hoste, par- 
dessus tout dommaige, en grande suspection de pire passage, et 
s'en alla le soldat, avecque telle absolution et déclaration d'in- 
nocence, animé à aultre semblable entreprinsc. 

Et se trouvera, si besoing est, que de cinequante maisons 
n'y a une seule où, çà plus, là moins, ses larcins ne soyent 
esté exercez par mille voyes de inescbancetez et roberies. 

Qui à la parfin, sur le pied de ceste impunité et dissimula- 
tion inexcusable, se sont desbordez à une audace et violence 
tant oultrccuidée que d'entrer es maisons de beau jour, y 
arrester l'homme par la poincte de l'espée, et le déchausser à 
loisir; 

De courir sus aux gens de bien, principalement aux femmes, 
tant religieuses que aultres, et leur oster de beau jour, ou 
les traîner pour le faire, leurs manteaux, cliap|)eaux et huc- 
ques. 

Ettoutcecy non-seulement au Marchy et es rues publicques, 
où à la fin c'a esté chose tant ordinaire (principalement celles 
qui sont quelque peu à l'escart) que aujourd'huy nulle femme 
ou fille y puisse passer sans dangier de ceste fortune, mais 
aussy es lieux sacrez, voires en plaine égUsc, y estants en dé- 
votion etoyants la messe. 

Si ceste violence est indigne (comme certes à tout homme 
de jugement elle doibt sembler telle), celles qui s'ensuivent 
se trouveront plus énormes, et pleines d'une impiété par troj) 
barbare et inhumaine. 

II avoil pieu à feu Son Altèze, tant au regard de la morta- 
lité que aultrement, pour la décharge des manans, mander au 
sieur baron de Chevreau de faire loger toute la garnison, par 
forme de camp, es huttes. 



( 323 ) 

Sur quoy estant Icdict sieur baron entré en communication 
avecquelcs députez de l'université et ville, entendants iceulx, 
])ar les raisons qu'il leur représentoit, la chose ne luy estre 
guères aggréable , pour luy complaire en tout ce que bonne- 
ment se pouvoit faire, ensemble pour se doubter que les gens 
de guerre logez en telle sorte ne tinssent et courussent la ville 
pour campaigne, condescendirent à ce qu'ilz demeurassent 
logez comme auparavant, saulffque,au regard des maisons 
appestées, fust dressé et estroictement gardé certain ordre , et 
que aultrement lesdictes maisons (desquelles çà et là on avoit 
desjà commencé à faire estât) fussent tenues en principale sau- 
veg:irde. 

Quoy faict, et après avoir choisy certains lieux de retraict 
pour les soldats des maisons attainctes, en lieu de faire sortir 
de la maison le soldat sain ou malade, conformément audict 
ordre, le soldat au contraire, tombant malade, non-seulement 
fuist la maison, bon gré mal gré son hoste, mais que plus est, 
là où bon luy sembloit, par force détenoit les bonnes gens, s'en 
faisant servir et curer, en grand et inévitable dangier de leurs 
personnes, mesmement es poincts des plus vils services, 
jusques à constraindre à des jeunes filles de bien de coucher en 
leurs chambres et leur relier les playes es parties honteuses. 

Et si au contraire le patron ou quelqu'ung des siens vinst 
à estre attainct, ilz le forcharent de laisser la maison; et telz 
y a qu'ilz ont osté du lict et jette par les degrez de hault en 
bas, tout malades et agonisants qu'ilz estoyent. 

L'hoste trespassé ou enchâssé en la façon susdicte, se sont 
mis les soldats à se porter pour maistrcs absoluts des maisons 
et, par-dessus toute affliction, dcspouiller les pouvres orphelins 
et vesves de leurs biens, et les envoyer à brimber, ou bien, les 
ayants pillez, s'en servir, par craincte et force, pour })utaiiis, 
garçons et garces. 

Et est peu à peu cest horrible excès de piller les maisons 
mortuaires devenu chose tant ordinaire, qu'ilz s'en trouveront 
Tome x""', 5""^ série. 24 



( ÔM ) 

en la ville une centaine et davaiitaige des maisons, incsmcmcnt 
des plus qualifiées, qui de tout ou en pai-lie ont passé ccste 
carrière: par où une infinité de misérables orphelins demeu- 
rent perdus et affrontez pour toute leur vie : 

Estant cestcexpilation(l) perpétrée mesmcmenl par les offi- 
ciers des compaignies, et en plusieurs eiidroitts par prévention 
avant la mort du malade, ou bien estant le corps mort encoires 
sur la place, et à l'heure que les preslres y vcnoient pour rem- 
porter en terre. 

Laquelle cruaulté, parmy des aultres,a advanehéà plusieurs 
bonnes gens leur terme, quiaultrcment, ayants peu eschapper 
de la maladie, pour voir le soldat, de leur vivant, faire estai 
de leur substance et, jjour les butiner, plustost exercer une 
infinité de rudesses insupportables, ayants le cœur par trop 
serré pour résister à la maladie, sont trcspassez sans aulcun 
remède. 

En oultrc, là où la raison vouloil que, pour s'estre ceulx de 
îadicte université et ville accommodez audict sieur baron de 
dispenser l'ordre susdict de camj)er ses gens et huttes (par où 
cust cessé toute charge et facerie de service), les habitants 
fussent en bonne partie relevez dicelluy, sont au contraire 
depuis esté de beaucoup pis traictez en cest endroict, tant et 
jusqucs à là que plusieurs, n'ayants que soldats de simple paye, 
n'y peuvent furnir par deux ou trois cscus, et d'aultres chargés 
de capitaines par cincq, six, sept escus le scpmaine. 

Et, par-dessus tout ce que dist est, nonobstant que par la 
mortalité, ensemble par la rudesse incomportable du soldat, 
la pluspart des maisons, mesmement des plus apparentes, 
soyent destituez de filles de service, procédant, ccnéantmoins, 
les soldats de telle indignité envers leurs hostes que de les 
constraindre, par peur et craincte, et mesmement à des bien 



(1) Expilalion, vol, pillage. 



( 52SI) 

qualifiez, de laver leurs chemises, voires leurs plats de viande, 
et, en cas du moindre refus en aulcuns desdicts poincts tant 
insupportables, non-seulement les menasser de bâtons, poi- 
gnarls et espées, mais, procédants au faict, les traicter de 
sorte que plusieurs y ont laisse la vie. 

Ayants espuisé le sang et la substance des pouvres gens, 
ont commencé de s'adresser aux bastiments et édifices, tant 
dedans que dehors la ville, là où présentement ilz procèdent 
par une foulle tant pleine d'hostilité et scandaleuse, que les 
|)lus asseurez ne sçaivent que penser ou dire. 

Et se commest ccst excès de plain jour, à la veue d'un chas- 
eun, en touts endroicts de la ville, qui en est tant difformée 
que c'est pitié de la voir. 

Pour tout remède, ung jour, à grande instance des remons- 
trants, par son de tambour, en fust faict défence, lorsque à 
haulte voix le soldat osa publicquement crier et dire que ce 
seroit l'heure qu'à bon escient ilz se mectroyent en besoigne. 
Aussy y sont-ilz depuis allez de telle sorte qu'il n'y a maison 
respectée là où la fantaisie les prend de mectre la patte. 

Jusques à des monastères, principaulx collèges et aultres 
maisons de fondation pieuse, dont aulcunes, dépouillez de touts 
leurs meubles, et mesmement des librairies , sont tant affoulez 
et démembrées qu'à grand peine les paroirs se peuvent man- 
tenir en estre. 

Le terme dont ilz usent envers le pouvre paysan, directe- 
ment contraire à la déclaration de feu Son Altcze, est plain 
d'une cruauUé plus que barbare. De ceulx qui se sont relirez à 
la ville ilz se servent pour esclaves, tant dedans que dehoirs la 
ville, là où le pouvre homme est constrainst les aller convoyer 
et seconder en leurs rapines. Et si d'aventure Tennemy les 
atlrappc, le soldat, par forme de bonne guerre, se rachapte par 
son mois de paye, demourant le pouvre paysan en torment et 
peine, jusques à donner tout ce que par crédit il peut finer au 
monde. 



( ^26 ) 

Cculx qui, par faillie de (oui aullre moyen, s'enlrelienncnt 
tellement qucllement au villaigc, indifféremment sont traietez 
paur ennemys, et journclcment amenez à la ville pour butin de 
bonne [ipinse, forcez de promectre et donner ce que la discré- 
tion du félon soldat commande par une infinité de concus- 
sions et tortures tant inliumaines que, par sympathie de na- 
ture, font bouillir le sang au plus patient du monde. 

Pour comble de toute meschanceté, se voyants dispensez en 
toute sorte de malfaire, se sont advanchez en plusieurs en- 
droicts à assassiner l'honneur de femmes et filles, dont plu- 
sieurs sont esté poursuivies et traînées par tel oultraige 
qu'elles en sont tombées en danglcr de la vie; les aultres for- 
cées de faict et violées, non-seulement à l'escart, mais, par une 
rage plus que brutale, en rang, par troupes et esquadres; d'aul- 
cunes mesmement réclamant la nature embasdeleur eaige, ou 
aultrement en tel estât et disposition que c'est uns horreur d'y 
penser et abomination de le dire. 

Parmy tant de maulx et impiétez, a esté le plus amer que, 
sur les doléances faictes de fois à aullre d'aulcuns particuliers 
excès des plus remarquables, en lieu de satisfaction on n'a rap- 
porté que mocqucrie, comme si envers les remonstrants il n'y 
avoit obligation de debvoir et compliment quelconque. 

De sorte que les plainctes qui, pour porter chastoy aux préve- 
nus et exemple aux aultres, debvoycnt servir de bride et barre 
aux oultraiges, au contraire ont donné asseurance d'impunité , et 
par là convié le soldat à procéder plus oultre; et a esté trouvé 
plus expédient, en portant le mal le plus patiemment qu'il fust 
possible, tenir le soldat en double par dissimulation et silence. 

Que ne se pouvoil faire sans grand mescontenlement du 
pouvre peuple, qui, se voyant mangé, escorcé et violé sans 
remède par toute sorte d'oultraiges, pièça ont crié marchy au 
magistrat, cl prié qu'il leur fust licite, à vies et bagues sauves, 
retirer à la garde de Dieu et abandonner le reste. 

Et mesmement ceulx de l'université, à grande instance de 



( 527 ) 

leurs supposts, par plusieurs fois ont prius conclusion, en 
pleine assemblée de conseil, de supplier à Vostrc Excellence 
que, conformément à leurs privilèges establis par les princes 
devanchicrs de Sa Majesté et authorisez par le siège aposlo- 
lieque, leur fust permist se retirer sans indignation avecquc 
leur mesnage. 

Ce nonobstant, le grand dcbvoir du magistrat et supérieurs 
desdictes université et ville (principalement de ceulx de cesle 
compaignie, considérants à quelle conséquence lendoit cest 
afTaire au regard du service de Dieu et du Roy en ceste con- 
juncture) a jusques à présent entretenu le pouvre peuple par 
bon espoir le niieulx qu'a esté possible, tant que plusieurs sont 
prins en bonne part de mourir de pur regret et crèvecœur en 
ces misères. 

Or est-il, monseigneur, que le mal de louis costez est venu 
à tel bout que les pouvres gens, par dispération extrême, ont 
commencé de çà de là se jectcr es retraicts et cisternes, et les 
pasteurs, plus particulièrement informez de Testai et extré- 
mité de leurs ouailles, à nous semoindre , qu'en privé qu'en 
publieq es cliaires de l'église, du deb\oir et acquist de noslrc 
charge. 

Et certes pour parler, par congé de Vostre Excellence, fran- 
chement et sans desguiser l'affaire, il n'est plus possible de se 
maintenir en ces termes , ne vivre en une ville brigandée et 
assassinée à telle oultrance, et n'y a nul qui n'ayme de beaucoup 
mieulx choisir un exil voluntaire. 

Se resentants d'aultant plus vivement les remonstrants de 
ceste extrémité, en premier lieu pour la bonne opinion que 
tousjours ont eu et tiennent encoires de la singulière affection 
de Sa Majesté vers eulx , ne se doublans que celle de Vostre 
Excellence ne soit toute pareille. 

Secondement, pour le bon tesmoignaige de leur conscience , 
au jugement de la(iuelle (sans aultrement en faire grandement 
eslat ou le mectre plus avant en rang de compte) estiment que 



( 328 ) 

leurs déportements de tout temps, et nommément à l'ouver- 
ture de ceste guerre , n'ont mérité tel gualardon et récom- 
pense. 

Finablement et surtout pour le grand interrest qui, par la 
dissipation et ruine de ladictc université, redondeau service de 
Sa Majesté, et principalement au faict de la religioti catholic- 
que dont, en ce pays, elle est mère nourrice et presque seul 
séminaire, lequel une fois esteint et extirpé du tout (qu'en 
faulte de remède est à la porte et seroit la chose au dessein de 
lennemy la plus propre du inonde), y a peu d'espoir et appa- 
rence de repeupler et ramasser jamais ung aultre de tant en- 
tière et sincère race. 

Ce que, entre aultres, a donné plus d'asseurancc aux rcmons- 
Irants d'exposer rondement à Vostrc Excellence Testât et 
extrême nécessité de leurs affaires, sans prendre trop d'esgard 
au grand sentiment qu'elle en doibt reccj)voii', nonobstant (ju'il 
leur face mal jusques aux entrailles. 

La suppliants, le plus humblement que leur est possible, 
avecque présentation des biens, corps et vie, de peser ces 
raisons conformément à leurs mérites et iniportance, et se- 
courir à ung mal et inconvénient tant préjudiciable par touts 
remèdes et moyens possibles. 

(Copiés du temps, aux Archives du royaume.) 



( 329 ) 



CCCLXXXV. 



Discours contenant les portraits des personnes de qualité et 
de considération qui sont attachées au service de Sa Ma- 
jesté Catholique au Pays-Bas : IG70 (I). 



Quelque délicate que soit la matière présente, et quelque 
risque d'inimitié qu'il y eût, si cet escrit tomboit entre les 
mains de personnes indiscrètes ou intéressées, je veux fran- 
chir toutes sortes de considérations, dans la veue que ce travail 
peut estre de quelque utilité à l'avenir au service du roi (^), 
auquel je suis dévoué de toute ma résolution et de toute ma 
gratitude. Et après avoir protesté sans préambule que je n'ap- 
porte aucun esprit de complaisance ni d'aversion pour les 
gens, et que la seule vérité fait mon but, j'entre sans barguiner 
en matière. 

11 faudroit commencer d'abord par les chefs, j'entends le 
gouvern(;ur général; mais le marquis de Castel-Rodrigo , qui 
sort de cette charge, est tellement connu de toute la terre, et 
le connestable de Castille, qui lui succède, me l'est si peu, qu'il 
seroit superflu de parler du premier et bien difficile de faire 
quelque jugement du second. Cependant, pour garder Tordre, 
je dirai succinctement ce que je connois de l'un et de l'autre. 



(1) Il est à rogreller que l'auteur de ce curieux écrit ne se soit pas fait 
connaître. II était Fiançais, c'est indubitable, et il devait avoir résidé assez 
longtemps à Bruxelles, pour avoir recueilli autant de renseignements sur 
les personnes et les choses des Pays-Bas. Nous ne voudrions pas d'ailleurs 
prendre la responsabilité de toutes ses a|)pi'écialions, parmi l('sr|uelles il en 
est que nous sommes dans l'impossibililé de contrùlei'. 

(-2) Louis XIV. 



( 530 ) 

Le Marquis de (Iastei.-Rodrigo (1) 

est vain , enfle et persuadé en sorlc de son mérite et de sa capa- 
cité, qu'il croit estremaistre de toutes les personnes du monde , 
lorsqu'il peut les tirer en conférence. Il aime les pensées nou- 
velles et les propositions vagues, et par conséquent ne se dé- 
termine jamais; il se détache du certain pour l'incertain : c'est 
ce qui l'a porté à laisser périr les troupes qu'il a voit au Pays- 
Bas, pour engager celles qu'il a cru avoir en Allemagne et iju'il 
n'a point eues au besoin. Le désir de la gloire lui a fait souhaiter 
la guerre avec une passion aussi forte que celle avec laquelle 
il l'a détestée; il aime surtout de bastir et de fortifier, et ce- 
j)endant n'achève jamais de le faire, et souvent abandonne 
l'ouvrage dans son commencement; il abonde tellement en 
idées qu'il est impossible de le tenir sur une mesme matière, 
et il perd d'abord de veue et de pensée celle que l'on traite 
avec lui, quelque importante qu'elle puisse cstre et de quelque 
qualité que soit la personne qui confère avec lui, s'esloignant 
par des comi)araisons et des digressions de Sardaigne et de 
Catalogne fort agréables, mais inutiles et mesme nuisibles. 
C'est la plainte qu'ont fait tous les généraux et gouverneurs 
depuis son ministère. Au reste, il est le plus éloquent en toutes 
langues de tous les ministres d'Espagne que j'ai connus; il est 
généreux, désintéressé et assez franc; il aime la probité et le 
mérite selon sa manière bizarre, et je liens qu'il seroit un ex- 
cellent gouverneur dans la république de Platon. 



(1) Don Francisco de Moura el Cortereal, marquis de Castel-Rodrigo, 
comte de Lumiares, grand commandeur de l'ordre du Christ, gentilhomme 
de la chamljre de Philippe IV, qui le nomma , le 2G mars 1664, gouverneur 
général des Pays-Bas el de Bourgogne |)ar provision II avait rempli les 
charges d'ambassadeur extraordinaire en Allemagne el de lieulenanl el 
vice-roi de Sardaigne et de Catalogne. 



( 331 ) 

Le Connestable de Castille (1), 

qu'on nomme aussi duc de Prias, m'est fort peu connu, ne 
l'ayant point veu depuis dix-sept ans, lors qu'il estoità la cour 
du feu roi d'Espagne, et l'on le tcnoit lors fort fier, emporte 
et abandonné à ses plaisirs; il eut mesmc une affaire, en ce 
temps-là, qui manqua de le perdre, pour une courlisanne 
vieille, mais galante comédienne, laquelle il protégea contre 
un alcade de corte, ayant armé contre ce juge royal toutes les 
personnes de sa maison ; il en fut quitte pour un exil de peu 
de temps. Il a esté depuis général de la cavalerie en Catalogne 
et vice-roi de Galice, où il n'a point gaigné le cœur des gens de 
guerre, dont une partie est présentement en Flandre, aussi 
peu satisfaite de lui en ce pays-là qu'en cet autre. Ainsi, pour 
ne point juger sur les bruits fautifs ou passionnés du j)ublic, 
je n'en dirai point davantage. 

Poursuivant mes portraits dans l'ordre, je ferai ceux des 
personnes que la dignité approcbe plus près du roi catholique, 
qui sont les quatre grands d'Espagne de Flandre, savoir: le 
duc d'Arschot, le duc d'Havre, le prince de Ligne et le comte 
d'Egmont. Je les place ainsi, non pas parle rang de la naissance 
(car par ce biais-là chacun voudroit disputer la préséance, et 
le dernier prétendroit sans doute le premiei"), mais par celui 
de leurs titres. 



(1) Don Inigo Feniandez de Velasco et Tovar. Il était gouverneurel capi- 
(aine général du royaume de Galice lorsque la reine régente d'Espagne, 
Marie-Anne d'Autriche, le nomma, le l"août 1668, gouverneur général 
des Pays-Bas et de Bourgogne. 



( 532 ) 

Le Duc d'Arejiberghe et d'Arschot, 

Prince de Porcian, comte de Lalaing et de Beveren, seigneur d'Enghicn et de 
plus de soixante autres terres, gouverneur d'Hainaut, grand d'Espagne et 
chevalier de la Toison d'or , 

est d'un tempérament tellement igné que ec grand feu n'ad- 
met point de llegme du tout; il est brave de sa personne, 
altier avec ses égaux et honncste avec les autres; il a toutes 
les inclinations espagnoles, liormis la retenue, qu'il n'a pu ac- 
(piérir nonobstant qu'il ait esté aidé de l'éducation qu'il a 
|>rise en ce pays-là, et c'est ce qui l'a privé des grands emplois, 
car en ce pays-là on a de grandes aversions pour l'btMiieur 
évaporée, et n'cust esté la grande faveur du mar([uis de Cara- 
cenne (I), il auroit eu peine d'avoir le gouvernement d'Hainaut. 
Il aime Ibistoirc, dont il a quelque connoissance, et les belles 
lettres, qu'il possède assez superlicicllement; il se fait non- 
seulement un honneur mais un emportement continuel de son 
devoir, et ne parle du service de son maistre qu'en protestant 
de sacrifier (ont le monde et tout son bien pour le procurer. 
Il a de grandes terres et en quantité; et quoique ci-devant il 
ait eu beaiicoup d'affaires en sa maison, si est-ce que, par la fa- 
veur du ministre que je viens de nommer, allié de madame la 
duchesse sa femme, il a fait monter le désintéressement de la 
terre de Zevembergue, cédée au prince d'Orange par la paix 
de IG46, qui valoit trente mille florins de rente, à près d'un 
million trois cent mille florins en capital (un florin vaut vingt- 
cinq sols de France). Sa femme, qui est fille du duc de Gandic, 
ne lui a pas donné d'enfans qui vivent. Cette alliance lui a pro- 



(1) Don Luis de Bcnavides, C;iiiilo y Tolcdo, marquis de Froiiiista et 
Caraceiia, comte de Pinto. Philipiip IV le nomma, le 6 novembre 1658, 
gouverneur des Pays-Bas et de [>ourgot^ne jiar provision. Il fut rem|)lacé 
dans celle charge [>ar le marquis de Caslel-Rodrigo. 



( 335 ) 

cure beaucoup d'appui en Espagne après le traitement qu'y a 
reccu le due son père, lequel y mourut en prison (I). 

Le Duc d'Havre, 

Prince du saint- empire, comte de Fontenay en Lorraine, baron souverain de 
Fénestrange, vicomte de Langle, seigneur de Tourcoing, Tuy-Ie-Chàteau , de 
Biévenes et d'Éverbecque. 

Le duc d'Havre, qui l'est aussi de Croy, prince et marcschal 
héréditaire du saint-empire, grand d'Espagne, est un jeune 
seigneur de vingt-quatre ans, qui n'a aucune charge que celle 
de maistre de camp d'infanterie, bien fait de sa personne, 
doux, accort, homme à cstre plutost persuadé qu'à persuader. 
H a plus de générosité que de biens; cependant son esprit rai- 
sonnable et économe , qui penche plutost à maintenir (pi'à dis- 
siper ou augmenter ceux de sa maison, le fera totijours sub- 
sister selon son rang, et l'alliance qu'on peut souhaiter d'inie 
personne hautement née et bien inclinée comme lui, lui pourra 
acquérir de l'appui et de grands avantages. H est cadet de la 
branche de Solre. Son père, qui en estoit sorti et d'une fille de 
Coucy, estoit le i)Ius galant homme et le plus capable quil y 
ait eu en Flandre de son temps; il espousa ensuite la duchesse 
d'Havre, mère de ce duc. Il est beau-frère du comte d'Egmont, 
quoiqu'il n'ait pas de grande liaison avec lui. 

Le Prince de Ligne, 

D'Amblise et du saint-empire, marquis de Roubaix, comte de Fauquembergue 
et de Jeumau, l)aron de Baiilcul et grand d'Espagne, chevalier <le la Toison 
d'or et arénéral de la cavalerie , 

est homme qui accorde la civilité françoisc avec la retenue 
espagnole. 11 a eu des déférences jusqucs aux bassesses pour 

(1) Voy. la Riographie nationale, t. I , pp. 595-400. 



( 334 ) 

toutes les personnes de celte nation-là dans le commencement 
de son élévation , ce qui l'a fait considérer comme un homme 
propre à obéir et lui a donné la cavalerie : ce qu'aucun Flamand 
n'aura plus après lui. Il s'est toujours bien ménagé et a fait sa 
charge avec réputation pendant les guerres, où il n'a jamais eu 
de malheur que par des accidens impréveus : ce qui se peut at- 
tribuer à une lenteur qui le rend précautionné à entreprendre 
et prudent dans l'occasion. Il est splendide et économe tout en- 
semble, d'un génie assez ordinaire et plutost bon que brillant. 
Il le porte haut par les alliances de Lorraine et de Nassau ; et 
(juelque froideur ([ui paroisse dans son air doux et modeste, il 
sacrifieroit tout pour soutenir sa gloire. Au reste, les prises 
qu'il a eues avec le marquis de Caracenne, avec lequel il a 
rompu ouvertement, et dont il a receu des insultes jusques à 
estre esloigné de la cour par ses ordres, et celles qu'il a eues 
avec le marquis de Caslel-Rodrigo, qui n'ont pas esté moindres, 
ont donné de quoi s'estonner, veu sa conduite passée fort uni- 
forme et raisonnable. On lui a proposé ci-devant le gouverne- 
ment du Milanez, et je crois que l'on fera toutes choses, dans le 
ministère d'Espagne, pour lui arracher la cavalerie. Il est trai- 
table plus que personne de sa qualité, etaccorde fort volontiers 
les intérests publics avec les siens. 

Le Comte d'Egmo.nt, 

l'rince de Gavre , marquis de Renly, comte de Barlaimonl, baron d'Escornay, 
de Solleghem et d'Hierges, seigneur de Lens, la Hamaide, Armenlières et 
cent autres terres, grand d'Espagne, 

porte en son air et en ses idées toute la grandeur passée de ses 
ancestres, la souvefiSineté de Gueldre et les biens immenses 
qui ont esté dans sa maison, la grandeur de sa naissance qui 
a quelque chose desclatant et qui tient du prince, la réputa- 
tion et les grandes charges qu'elle a possédées autrefois, et 
tout cela lui donne des sentiments de gloire que les plus libres 



( 535 ) 

traitent de vanité. Il est brave sans doute, quoiqu'il lui ait 
manqué d'occasion de le tesmoigner en public , car les emplois 
lui ont toujours esté déniés, hormis à la dernière guerre, où il 
a esté général d'hommes d'armes; mais ce corps n'a esté as- 
semblé que par forme. Il a pourtant du penchant à la guerre 
et du cœur pour s'y signaler; il en a donné des marques en 
Allemagne, où il a esté capitaine de chevaux-légers et fort 
bon carabin, et dans quelques combats particuliers qu'il a eus. 
Il a des pensées relevées et use de termes ampoulez; a grand 
penchant à la générosité, que le meschant estât de ses affaires 
ne lui permet point souvent de pratiquer, puisqu'estant le 
plus puissant en terres et vassaux, qui s"estendent depuis les 
portes de Gand, où est la principauté de Gavres , jusques à 
celles de Liège, sans comprendre ce qu'il possède de très- 
considérable dans les provinces de Lille, d'Artois et mesme en 
France , il est réduit, par les meschantes affaires de sa mai-on, 
à estre Irès-incommodé , et il y a |)eu de ressource à espérer. 
Il a des amis, mais ce ne sont point les puissances ni de 
Madrid ni de Bruxelles. Quantité de gentilshommes qui ont 
des démeslez ou autres affaires en cour trouvent de l'accueil 
chez lui, et l'on pourroit dire qu'il vit à peu près avec eux, 
en Flandre^ comme feu M. de Guise le dernier vivoit avec 
quantité de gentilshommes particuliers en France. 

Je ferai ici une réflexion en passant, que ces quatre grands 
d'Espagne, du moins les trois, vivent avec de grandes inimi- 
tiés entre eux, soit que cette animosité vienne de la différence 
et de l'antipathie de leur tempérament, soit pour les intérests 
domestiques qu'ils ont à la charge les uns des autres, soit (ce 
qui est plus probable) par les maximes des Espagnols, qui ont 
trouvé moyen ou de diviser ou d'empescher de réunir les 
esprits des seigneurs du Pays-Bas. Le duc d'Arschot, cousin 
germain du comte d'Egmont et son co-héritier en la succession 
de la maison de Barlaimont, a de tout temps eu des démesiés 
et mesme une haine mortelle contre ce parent; ils en sont 



( 536 ) 

venus aux mains autrefois dans un fameux duel, au dernier 
siège de Rocroy, en IG55; le comte de Tumejus (?), frère du 
comte de Lignieulle, et le marquis de Vesterlo furent seconds 
du comte, et le marquis de Risbourg et le comte de Beausan 
seconds du duc. Tumejus et Reausan y furent blessés; le 
comte d'Egmont fut blessé au bras. Celui-ci , aussi acbarné que 
l'autre, a souvent reclierché occasion de revancbe. Enfin il se 
trouve entre ces deux personnes une inimitié plus grande 
que celle que peut causer un intérest de famille, que le peuple 
ignorant répute la source de leurs débats. 

Le prince de Ligue n'est guère mieux avec ses deux col- 
lègues de dignité, le duc d'Arschot l'ayant nargué de tout 
temps, lui ayant enlevé le gouvernement d'IIainaut (jne l'au- 
tre s'estoit destiné depuis [jlusieurs années, et d'ailleurs ne 
prenant le nom ni les armes de la maison de Ligne dont il est 
issu, et mesme disputant le pas et la prééminence au prince 
de Ligne, et enfin l'un estant tout feu et l'autre toute modé- 
ration, il s'est formé une espèce de parti qui partage bien des 
gens de la cour, les uns prenant le premier et les autres le 
.second, et non communicant h r Judaei Sumuritanis. L'animo- 
slté entre Kgmont et Ligne ne paroît pas moins : outre quel- 
ques intérests de famille (car tous ces gens-là sont proches 
parens ou alliez), il y a quelque antipathie qui va jusques à 
l'inimitié. La campagne passée, estant survenu quelque diffé- 
rend pour le commandement des hommes d'armes (que le 
comte d'Egmont soulenoit n'estre point mis au général de la 
cavalerie), il y eut un appel du comte au prince : ce qui fist 
grand esclat et fut empesché par la prudence de M. de Lou- 
vigny. Quoique raccommodement ait ensuivi , la réconciliation 
ne fut pourtant que plâtrée, et la racine de leurs aversions est 
restée en leurs âmes. 



( 337 ) 

Le Prince de Bahbançon, 

Comte d'Aigrpiuonl et de la Roche, clievalier de la Toison d'or. 

Je poursuivrai mon discours par les chevaliers de la Toison 
d'or, dont le prince de Barbançon est le doyen. Ce seigneur est 
Areniberghe; et ayant, par les malheurs qui ont précédé et 
suivi la guerre et par une conduite inégale, épuisé les fonds 
principaux de ses biens, il s'est retiré à Madrid, oi'i il a peine 
à soutenir la dignité de sa naissance ; et comme on dit, il ne 
porte point mais il traîne le nom d'Aremberghe. Il a pour- 
tant esté un des plus galants hommes, plus amoureux, plus 
favorisez des dames et des mieux faits de son temps; mais à 
présent, estant une vertu morte et vivant escartédu Pays-Bas, 
je n'en parlerai point davantage. 

Le Pkince de Mamimes, 

Comte d'Isenghien et de Middelbourg, chevalier de la Toison. 

Le prince comte d'Isenghien est le sous-doyen. Il est de la 
maison de Gand fort ancienne, gouverneur de ce qui reste du 
duché de Gucldre à l'Espagne, c'est-à-dire de Ruremonde, 
Venlo, la ville de Gueldre et d'un (juart de cette province. Je 
l'ai veu autrefois un des maislres dhostel ordinaire du feu roi 
Phiiippt! IV et général de la cavalerie en Portugal, avantage 
dont il doit la meilleure partie à la princesse d'Isenghien , sa 
femme, de la maison de Sarmiento, qui a beaucoup de vivacité 
et d'esprit, et qui a esté fort aimée delà feue reine Isabelle. 
C'est un seigneur qui a des brillans d'esprit tels que, s'ils es- 
toicnt soutenus de fermeté, il seroit un fort habile homme; 
mais il est inégal et donne beaucoup aux premières impres- 
sions. Il a une certaine liberté de dire hardiment et agréable- 
ment tout ce qu'il pense, qui est tanlost satyre et tanlost 



( 338 ) 

libertinage, et il accomp.igne ce qu'il dit d'un certain air et 
d'une telle grâce que Ton est en possession de ne s'en point 
faschcr. Au surplus il est brave de sa personne, bon ami, 
franc, extrêmement gai et extrêmement mélancolique, fort 
espagnol en ses sentimens et fort flamand en ses façons. 

Le Puince de Chimav, 

Comte deBeaunionl, souverain de Fumay el de Revin , seigneur d'Avesnes , 
baron de Comniines, Halewyn, etc., chevalier de la Toison d'or. 

Le prince deCbimay est Aremberghe de naissance, maisCroy 
d'adoption, car son père a esté donataire de cent mille escus 
de rente par la libéralité de Pbilippe de Croy, nommé le grand 
duc d'Arschot, son oncle, à condition de portei' le nom et les 
armes de cette maison. 11 est gouverneur de Luxembourg, 
franc, intrépide, propre à commander une troupe d'enfans 
perdus. Il aime surtout ses plaisirs, et ceux de Vénus en sont 
les principaux; il a une gaieté extraordinaire, ce (jui le fait 
railleur, mais sans fiel et sans querelle; il est réputé le meil- 
leur vivant el le plus libéral de sa qualité, ce qui lui a acquis 
beaucoup damis parmi la milice et dans son gouvernement: 
mais les affaires de sa maison, autrefois très-florissantes, comme 
jai dit, sont par terre, par la dissipation de feu son frère el 
le peu de soin que celui-ci en prend. 

Le Comte de Solre 

et de Condé, baron de Molenibaixet de Beauforl, seigneur de Runies, Hapent , 
elc;., grand veneur d'Hainaut et chevalier de la Toison d'or. 

Le comte de Solre-Croy est homme presque tout opposé au 
précédent; il est tout attaché aux affaires de sa maison, que 
feu son père, le plus galant et le plus grand dépensier du 
Pays-Bas en son temps, lui a laissées fort deslabrécs. Homme 



( 539 ) 

d'une probité tonte entière, et mesmc scrupuleuse, qui a 
toujours de la réserve plulost que de la confiance, et qui abonde 
en jugement plutost qu'en esprit, l'incommodité des jambes, 
qui lui sont percluses depuis son enfance , l'a esloigné du 
métier de la guerre; il a pourtant un régiment et le gouver- 
nement de Condé dont il est seigneur, mais son pcncbant est 
aux affaires. Cependant, comme on ne fait point de discerne- 
ment en Espagne, il n'a esté employé qu'en commissions 
volantes en la province de Flandre, où il a assez réussi : mais 
tout cela ne lui a pu procurer la charge de premier chef des 
finances, à quoy son génie et ses incommodités sembloient le 
destiner. 

Généraux de l'Armée. 

Ils sont trois : le comte de Marsin , mestrc de camp général, 
le prince de Ligne, général de la cavalerie, et le comte de 
Salazar, général de l'artillerie. 

Le premier, qui est le Comte de Marsin, de Gravillc et de 
Mézières, etc., est si connu en France que ce seroit une témé- 
rité de retoucher sur le portrait que chacun en peut faire. Je 
dirai en passant que, quelque attachement qu'il ait témoigné 
d'avoir à la couronne et aux intérests d'Espagne, il n'a pu 
gagner la confiance ni l'amitié des marquis de Caracenne et 
de Castel-Rodrigo : ce qui Ta rendu mescontent en paix et 
peu autorisé en guerre. Cependant le comte de Fuensal- 
daigne (1), qui se connoissoit en hommes et qui faisoit jus- 
tice sur le mérite des gens, avoit toute l'estime et toute 
l'amitié pour ce général, qu'il répuloit capitaine et intelligent 
aux affaires du ministère. Je liens que la liaison qu'il a tes- 
nioignéc et qu'il avoit effectivement avec Fuensaldaignc, lui a 



(1) Le comte de Fiiensaldana avait cominaïKlé en chef les troupes royales 
aux Pays-Ras, de 1648 à 1634. 

Tome x""*, ^"'' série. 25 



( 340 ) 

procuré raversion de ses successeurs, eslnnl chose ordinaire 
en Espagne que les ministres s'entre-liaïssent, et constani- 
menl il y avoit une antipathie telle entre ces trois personnes, 
que Caracenne et Castel - Rodrigo ont fait une maxime de 
choquer tous les sentimens et tous les amis de Fucnsaldaignc : 
aussi le contrepied qu'ils ont pris, suivi de confusion et de 
déshonneur et de toutes sortes de malheurs, a monstre la 
différence de l'esprit raisonnahle, adroit et prévoyant du der- 
nier, et fait aisément la com]>araison désadvantageuse des 
autres. 

J'ai déjà parlé du Prince de Ligne, qui tiendroit ici le rang 
de général de la cavalerie, si je ne l'avois placé parmi les 
grands d'Espagne. 

Le Comte de Salazar, 

Marquis de Belvédère, général de l'arlillerie, 

est Velasco (I), parent du connestable de Castille, et par 
cette liaison fort avant dans ses bonnes grâces. Il a eu pour 
tout partage et pour toute recommandation à la fortune l'hon- 
neur de sa naissance et les services que son père et son oncle, 
qui ont esté généraux de cavalerie, ont rendus à l'Espagne: 
car de bien il n'en eut jamais, et mesme de capacité pour 
faire sa charge il en a fort peu. Au reste il a toujours vescu 
dans un csclat qui a souvent donné matière d'émulation à 
ceux qui avoient de grands biens et grand rang par la dignité 
de leur maison, et il semble que ce cavalier, n'estant point 
d'ailleurs de fort grand génie, en a pourtant un puissant 
pour faire une grande dépense dans une fortune fort limitée, 
si ce n'est que Ton peut dire qu'il suiïit de naistre d'une 
famille illustre espagnole en Flandre, pour avoir des emplois 



(1) il s';ip[ielail don .luan de Velasco. 



( 3ii ) 

et de grands secours d'argent du roi catholique, qu'on nomme 
ayudus (le costa, qui suppléent à tous ses besoins. Il est au 
surplus homme fort généreux en sa dépense, extrêmement 
complaisant à la cour : ce qui lui a acquis les bonnes grâces 
de l'archiduc Léopold , qui lui a donné de grosses pensions 
jusques à sa mort. 

J'interromprai le discours des officiers généraux de l'armée , 
pour parler de quelques gouverneurs de province, qui doivent, 
à mon advis, estre placés en cet endroit, et commencerai [)ar 



Le Prince de Nassau, 

Comte de Renaix et chevalier de l'ordre de la Toison d'or, gouverneur du duché de 
Liml)ourg,fIls du comte Jean de Nassau, général de la cavalerie en Flandre. 

11 est d'un esprit raisonnable selon les lumières qu'il a, qui à 
la vérité sont assez limitées; la grandeur de sa maison, qui est 
impériale depuis près de quatre siècles et plus renommée en- 
core par le nom d'Orange, jointe aux services de feu son père. 
Tout fait considérer en Espagne, d'où il a apporté la charge de 
gouverneur de Limbourg, qui fait plus de fumée que de feu : 
car ce gouvernement n'est pas de grand revenu , et ce seigneur 
en auroit bien besoin, ayant fort peu de bien. Il vit pourtant 
fort généreusement, et on reconnoît en toute sa conduite l'in- 
clination d'un honneste homme, qui useroit assurément bien 
des bienfaits de la fortune, s'il en avoit receu de considéra- 
bles. 

Le Di'c DE BouRi\ONvn,LE, 

Prince de Bughenaude et de Tamise, gouverneur de ce qui reste d'Artois 
à l'Espagne, 

est sergent général de bataille des armées du roi catholique. 
Il mérite assurément une des premières places parmi les gens 
de condition et de capacité en Flandre. Il a l'esprit vif, prompt, 



( 342 ) 

gni et abondant, l'expression forte et éloquente : mais i! est de 
temps en temps un peu violent et eschaulTé, et ee (jue bien des 
gens ont remarqué, il a une raillerie spirituelle, mais si libre 
et quelquefois si piquante, que sa conversation a des espines 
pour de certaines personnes. Il a fort bien réussi dans les 
guerres d Allemagne, où sa valeur et sa conduite ont este con- 
sidérées, particulièrement à la dernière bataille de Norlingue, 
où, après la déroute de l'armée impériale, la mort du brave 
Merey et la prise du général Glielin, il commanda l'armée et fit 
unebonneste retraite avec un illustre prisonnier, qui fut le ma- 
rescbal de Grammont. Il a d'assez grands biens et peu ou point 
d'aCFaires en sa maison, et par-dessus cela il est économe, quoique 
splendide. D'ailleurs sa capacité le portoit à quelque eliose de 
plus considérable que n'est son petit gouvernement, mais les 
Espagnols bornent les Flamans à une certaine sphère d'éléva- 
tion : ainsi je crois qu'il est arrivé où sa dignité peut aller; en- 
core lui a-l-il fallu tout l'appui du comte de Peneranda et toute 
la considération de son mérite, pour lui faire avoir cet emploi 
dans le service d'Espagne. 

Le Comte de Meghe, 

De la maison de Croy, gouverneur de la province de Namur, 

s'est toujours attaché à la cour et à la guerre par nécessité 
aussi bien que par inclination, n'ayant que fort peu de bien et 
pourtant un grand penchant à paroistre et faire dépense. 
Il est homme d'un esprit libre, un peu satirique, de bon sens 
et d'une valeur assez connue; il s'est néanmoins toujours fort 
ménagé, et son humeur, esloignée des conseils téméraires aussi 
bien que des timides, l'a fait assez considérer pour lui confier 
des emplois importans : je l'ai veu général d'une armée qui 
faisoit diversion; en 1055 il estoit sergent de bataille; devant 
ee temps-là il fut fait gouverneur de Namur au temps de la 
pai\ des Pyrénées, ee ([ui lui cousta bien de la peine et de la 



( 545 ) 

négociation, car, depuis l'arrcst du comte de Bassigny, son frère 
utérin, il avoit trouvé du retardement en sa fortune. Il est pré- 
sentement incommodé de la veue et plus cassé que son âge ne le 
porte : ce qu'on attribue, partie aux grandes fatigues des guerres 
passées, où il a toujours agi avec beaucoup d'attachement, par- 
tie à ce qu'il s'est réduit à la seule subsistance du lait, (piil |)rend 
pour se sauver des douleurs de la goutte, qui l'avoit mis en 
estât de ne pouvoir marcher à pied et presque de ne |)ouvoir 
monter à cheval. 

Je mettrai au rang des gouverneurs de province lo comte de 
Bruay et le marquis de Tiazignies que les armes du roi ont dé- 
possédés. 

Le Comte de Brlav, 

Baron d'André, 

est de la maison de Spinola , branche de Sicile et non pas de 
Gènes. Il est homme que l'on a toujours tenu d'entreprise et 
de valeur, et (lui n'a jamais tesmoigné aucune crainte ni foi- 
blcsse aux occasions : mais, faisant réflexion surtout le j)assc 
où on l'a veu agir et sur la dernière de ses expéditions, il 
semble que celte bravoure est plutost personnelle pour lui 
que pour la conduite des autres. Il est libre, enflé en paroles, 
n'épargne personne ni mcsme ses parens et proches alliés en 
ses discours, violent à pousser à bout ceux qu'il n'aime point, 
plein damour-propre et fort persuadé de son mérite; quoiqu'il 
ne soit point ennemi de lintérest, il ne le procure pourtant point 
avec bassesse, et a des générosités qui cachent celle inclination. 
Le comte de Fuensaldaigne l'aimoit beaucoup pour sa franchise 
et sa résolution, et il se présenta de son temps une occasion 
qui a beaucoup contribué à son avancement; la voici. Le duc 
de Lorraine ayant esté arreslé l'an 1654, il fut question 
d'envoyer quchiue personne de qualité et d'autorité vers son 



( Ui ) 

armcf, qui cstoit au pays de I^iégc, pour lui annoncer celle sur- 
prenanlc nouvelle el la persuader de rester dans les inléresls 
d'Espagne. Le comte de Fuensaldaigne, directeur de cette af- 
faire, avoit jeté d'abord les yeux sur le comte de Gatnarache, 
aujourd'hui prince de Steenhuyse, homme éloquent el plein 
d'emphase : mais celui-ci s'en estant excusé, il fallut songer à 
quelque autre; il le proposa au comte de Bruay, qui hii dit 
qu'il emploieroit toute sa force et que mesme il sacrifieroit 
volontiers sa vie pour un service si considérable. 11 se rendit 
près des Lorrains, dont il harangua les généraux, entre les- 
quels le premier, qui estoit le comte de Ligneville, estoit gaigné 
par les Espagnols; il réussit et acquit par là les bonnes grâces 
de Fuensaldaigne, qui, i)Our récompense de cette action et pour 
lamitié qu'il avoit pour lui, le fit accommodée du gouverne- 
ment de Lille vacant par la mort du comte du Roeulx, où il 
s'est depuis rendu maistre des volontés du magistrat el des 
habitans, moitié par force, moitié par amour, car il avoit les 
deux maximes. 

Le Marquis de Tuazigmes, 

Gouverneur de Tournay, 

est un vieux et rusé courtisan, maistre de toute sorte de pas- 
sions, mais, à dire vrai, esclave de son intérest. Il est entré 
dans le monde en homme fort incommodé, car ses parens lui 
avoient mangé le bien de sa maison, qui se trouvoit lors plus 
illustre qu'accommodée ; son esprit adroit, complaisant et mesme 
galant, lui acquit une femme avec de grands advantages,sœur 
du feu comte d'Hostrate et du comte de Rennebourg d'aujour- 
d'huy, et veuve du comte de Middelbourg. Il s'attacha ensuite 
à la cour,oîi il a esté bien avec tous les princes et gouverneurs ; 
et sans avoir jamais fait de grands exploits militaires, il a eu le 
gouvernement d'Artois cl de Tournay; il les a mesme j)Ossédés 
ensemble pendant la disgrâce du comte de Bassigny, et a mis 



( 3^^ ) 

sa maison en très-bon estât, ayant acquitte toutes les debtes et 
racheté, pour ainsi dire, les biens chargés, et de surplus fait 
un grand fonds d'appui, d'argent et de grosses rentes par son 
adresse. L'âge de soixante-dix ans, joint à point du tout d'ex- 
périence en matière de siège, lui firent perdre la Irémontane 
dans celui de Tournay (1): aussi à la vérité n'avoit-il point de 
garnison, et il estoil bien malaisé de résister à la personne et 
à la fortune du plus victorieux et du plus heureux roi du 
monde. C'est ce qui l'a entièrement justifié et mis en estât, 
aussi bien que le comte de Bruay, de recevoir la promesse de 
la Toison d'or, que l'un et l'autre attendent avec impatience. 

Le PiiiNCE d'Arembeughe, 

Frère du duc d'Arschol, gouverneur de la Franche-Comlc, 

a toujours donné des marques, dès sa première entrée dans le 
monde, du mérite qu'il possède aujourd'hui. Il est judicieux , 
attaché aux aÎTaires, froid, bienfaisant, riche présentement, et 
a de grandes espérances pour l'advenir par l'hérédité et [)a- 
renté de son frère; et ce qui relève ces (jualités, c'est qu'il est 
tout cela sans vanité et sans affectation, qui sont ordinairement 
les compagnes de la bonne fortune. On le peut compter pour 
le seul exemple au Pays-Bas d'un jeune homme que les Es- 
pagnols aient eslevé, sans passer ])ar beaucoup de degrés, à 
un gouvernement aussi considérable comme est celui de la 
Franche-Comté : car il n'a esté que colonel de cavalerie, et si 
n'a-il guère servi à la teste de son régiment; mais on peut at- 
tribuer cela ou au manquement d'hommes, qui est grand en ce 
pays-là , ou au peu de presse et de brigue qu'il y a eu pour 
aller régenter un pays qui désormais n'est et ne sera espagnol 
que tant qu'il plaira au roi, ou au mérite de ce cavalier qui vé- 



(1) Voy. le a" CCCLXVII de ces Anakcles. 



( 346 ) 

ritablcinent est grand ; ce qui m'a fait autrefois augurer qu'il 
scroit un fort galant homme; et certes, à lui faire justice, il est 
tel et n'a point l'emportement et le peu d'honnesteté que pra- 
tiquent bien des gens de ce pays-là, particulièrement sur ce 
qui regarde les intércsts de la France, desquels la plupart des 
personnes, mesme de la première classe, parlent avec quclcjuc 
brutalité. Celui-ci, estant autant serviteur de son maistrc qu'il 
ledoiteslre, accorde pourtant la civilité avec son devoir, et 
c'est ainsi qu'il en a usé à Valenciennes sur le fait des contri- 
butions et toutes autres choses, et comme apparemment il en 
usera toute sa vie. 

Je placerai en cet endroit le Marquis de Montuoy, espagnol 
naturel, gouverneur de Cambray et Cambrésis, sergent général 
de bataille de la nation espagnole. C'est un homme qui en sa 
jeunesse a soutenu la réputation de vaillant, et qui a donné des 
preuves de sa bravoure; mais 1 âge, quoique pas trop advancc, 
le désir de vivre commodément, voluptueusement et délicate- 
ment, qui est extrême en lui, et Ihérédité qu'il a eue de son 
marquisat, ayant esté cadet en sa jeunesse et mesme bien avant 
en sa virilité, lui ont inlinimcnt énervé l'air et rinclinalioii bel- 
liiiucuse, de sorte que j)résentement , pour ne point perdre 1 aise 
et la douceur d'une siesta , je crois quil laisseroit perdre une 
affaire decjuelque im[)orlan('e; d'ailleurs, ayant la vcue courte 
comme il a, je crois qu'il est })rivé d'un puissant moyen de 
s'acquitter aisément de ses charges. C'est pourtant un homme 
fort raisonnable, bien incliné et bienfaisant de son naturel. 11 
a passé, par tous les degrés (c'est le style d'Espagne d'eslcver 
les hommes parce cju'ils sont de vieille date en service, sans 
presque considérer quelquefois s'ils ont du mérite et de la ca- 
pacité), au gouvernement de Cambray, qui est celui de la der- 
nière confiance et dignité, aussi bien que de la dernière impor- 
tance parmi eux. 

On peut ajouter ici don Fernando de Solis, général d'artil- 



( 5i7 ) 

Icric, JLibilaii'c , aujourd'hui gouverneur du château d'Anvers, 
qui vit encore, eomme je erois; je fais ec doute, ear il est fort 
vieux et fort cassé. Il fut la vertu et la hravoure de sa nation 
en son temps; intrépide, ferme, jjlein de vigueur et d'expé- 
rience, aimant le mestier de la guerre et tous ceux qui s'y por- 
loient en gens de cœur; en eschange austère , stoique en tous 
ses sentimens, affectant une brutalité en la manière de parler 
et de vivre, et ne voulant eslrc ni paroistre sinon un bravo sol- 
dado : aussi l'a-t-il esté contre les maximes de ceux de sa nation , 
lesquels ordinairement sont braves et hasardeux, avant qu'ils 
aient fait fortune, mais, dès qu'ils l'ont attrapée, se conservent, 
en sorte qu'il ne paroît point que ce soit la mesme personne 
qui a passé de la charge de major, qui parmi eux est fort con- 
sidérable , à celle de meslre de camp : car ce mesmc major, qui 
s'cxposoit à la teste de la tranchée, et qui estoit toujours le [)re- 
micr aux attaques d'une place, faisant vaillamment toutes fonc- 
tions, ordinairement prend ses mesures, ses aises et ses scu- 
rctés, estant mcstre de camp, et se fait faire des relations de 
ce qui s'est passé la nuit dans les attaques par des adjudans, 
lui mestre de camp estant derrière quelque bon espaulcmcnt, 
qu'on appelle parmi eux, par raillerie, el quarlel de la salud. 
J'ai fait cette digression en passant, pour monstrer au doigt la 
raison pour quoi l'Espagne aujourd'hui n'a point de génc'raux 
d'armée comme du passé, lorsque la volupté et la fainéantise 
ne saisissoient point ceux qui s'eslevoient à quelque dignité 
militaire, comme elle a fait aujourd'hui : ce qui e.st tellement 
vrai quC; si on vouloit faire une véritable mais odieuse relation 
des personnes qui sont en charges considérables parmi eux, 
on trouveroit mille copies de Sardanapale pour quatre imita- 
teurs d'Alexandre ou de César, tels qu'il s'en trouvoit quantité 
j)armi cette nation dans les siècles passés. Je reviens à don 
Fernando de Solis, qui n'a jamais pris cette route, mais a tou- 
jours servi son maistre de toute sa force; et s'il eust eu autant 
(le capacité qu'il avoil de zèle et de valeur, on l'cusl pu compter 
parmi les plus illustres capitaines de sa nation. 



( 548 ) 

Puisque j'ai commence à parler des personnes les plus 
considérables de cette nation en Flandre, je poursuivrai par 
DON Antonio de Cordua, lieutenant général de la cavalerie. Il 
a esté ci-devant créature et mesme une espèce de favori de 
don Jean d'Austriche, avec lequel il est venu au Pays-Bas. La 
fortune de ce prince ayant pris un estrange destour après la 
bataille de Dunquerque, jusques à estre rappelé en Espagne, 
don Antonio, qui s'imagina que ce rappel seroit un exil de la 
cour, comme il arriva en effet, résolut de s'attacher au mar- 
quis de Caracenne. Quelques-uns ont dit qu'il avoit mesme 
sacrifié don Jean en révélant certains secrets importants : tant 
y a que de l'intime amitié de ce prince il passa à une pareille 
mésintelligence. Il fut fait ensuite lieutenant général de la 
cavalerie, charge qui depuis longtemps a toujours esté con- 
férée à un Espagnol, plulost pour accommoder un homme que 
pour accommoder la charge. Au reste il est fort studieux, aime 
plus qu'il ne possède les bonnes lettres, et cependant il est si 
attaché à la lecture qu'il ^'en est incommodé la veue qu'il a fort 
courte : on croit que Vénus s'est jointe à Minerve pour lui 
affoiblir ce sens. Je ne parle point de sa valeur; elle doit estre 
connue en France, après la prison de guerre qu'il encourut à la 
défaite de M. de 3Iarsin et du prince de Ligne par Sa Majesté 
mesme, près de Gand. 

Je placerai ici un très-honneste homme de cette nation, oon 
Pedro Saval, gouverneur d'Ostende, qui est un original 
d'honneur, d'honnesteté et de bonne conduite. 11 a passé une 
partie de sa vie aux guerres d'Allemagne, où il a mérité la 
réputation de vaillant, mesme à l'allemande et à la suédoise, 
et Ton rend assez justice sur ce chapitre-là en Allemagne. 
Après l'évacuation de Frankendal , il vint au Pays-Bas. Colonel 
d'un fort bon régiment d'infanterie, il fut depuis mcstrc de 
camp d'un terce espagnol et enfin gouverneur d'Ostende, où 
il est aimé des bourgeois, des gens de guerre et de toutes les 



( 349 ) 

personnes raisonnables. Il est généreux jus<]ues à tout sa- 
crifier pour paroislre homme de bon cœur et grande chère, et 
il a assez souvent des hostcs de grands frais , en sorte que 
son gouvernement lui donne plutost à vivre qu'à s'enrichir; 
il est brave et homme de teste assurément, et l'on est assez 
j)ersuadé qu'il ])ayeroit de sa personne en une occasion ; il a 
souvent des maladies dangereuses, à quoi l'amour et l'excès 
des femmes contribuent, ou du moins ont contribué beau- 
coup. 

A moins que de compter les mestres de camp, je suis à 
bout des gens de grande charge ou de considération de cette 
nation-là. Jamais la Flandre n'en fut à la vérité si despour- 
vcuc ; et s'il faut parler francbement, l'Espagne ne le fut 
jamais tant non plus. C'est après ce que j'en ai ouï dire à un 
homme qui estoit l'honneur et le bon sens de cette nalion-là , 
que j'en parle ainsi : j'entends le comte de Fuensaldaigne, dont 
la gloire durera autant qu'il y aura des gens qui feront justice 
au mérite et à la vertu. Ce grand homme, parlant avec douleur 
des eschecs qui arrivoient les uns sur les autres aux affaires 
du roi son maistre qu'il aimoit bien, et certes qui estoit un 
bon prince, déploroit la malheureuse condition de l'Espagne, 
desnuée de conseil et de valeur: ce qu'il attribuoit à des causes 
qu'il n'est pas temps de reprendre ici; mais je n'ai pu me 
tenir de faire cette réflexion, et de conter cette citation en pas- 
sant. 

Pour revenir aux mestres de camp, ils sont quatre des vieux 
corps, car je ne connois point les nouveaux, savoir : le comte 
de Montcrey, dont je dirai quelque chose; don Antonio Furtado 
y Mendoza, don Jean de Toledo y Portugal et don Joseph 
Manriquez. Ces trois derniers, estant de qualité et anciens dans 
le service, seront connus d'ailleurs; ainsi je n'en parlerai 
point. 



( 350 ) 

Le Comte de Montehey 

est second fils de feu don Louis d'ELiro, qui n'a en en partage, 
pour toute liérédité de son père (chose surprenante), que dix 
mille cseus de rente, mais qui a espousé une triple liéritière 
de Monterey, de Zuîïiga et de Maldeghein en Flandre, riche, à 
ce qu'on dit, de cent trente mille ducats d'Espagne de rente, et 
au surplus des pierreries, de la vaisselle et des mcuhles pré- 
cieux en quantité prodigieuse. Il a trente ans ou environ ; il 
est bien incliné, aime l'honneur et les honnesles gens autant 
qu'homme d'Espagne; il a mcsme du penchant pour les 
sciences et les belles lettres, et quoiqu'il ne les possède guère, 
il leur fait pourtant de Ihonneur, ayant acheté de mon temps 
pour quarante mille escus de livres de tous les auteurs connus. 
Il aime et est souvent parmi les savans et les gens de guerre; 
et quoique l'on ne l'ait point vcu en aucune occasion , il a 
alFecté le nom et la vie de soUlado , et sa qualité ne le laissera 
pas longtemps candidat d'une des premières charges de l'ar- 
mée. H est généreux et civil à la façon d'Espagne, c'est-à-dire 
(pi'il fait grosse despense pour caresser les dames, dont il a 
enrichi quelques-unes à Bruxelles et à Anvers. Il a de l'incli- 
nation pour la Flandre, où le désir d'avoir des cnfans de sa 
femme l'a conduit ; mais il n'en a point encore. Je crois qu'a- 
vant peu de temps il sera l'un des généraux de ce pays-là. 

Je passerai à (|uel(iues sergens généraux de bataille (pii se 
sont introduits en Flandre, depuis la venu(! de l'archiduc Léo- 
pold , à la façon d'Allemagne. 

Le Prince de Robecq, 

de la maison de Montmorency, marquis de Morbecquc, comte 
d'Estaires, baron de Bersée, Renceurs, etc., sergent général de 



( 351 ) 

bataille, connu plus anciennement sous le litre de comte 
(l'Estaires, est fort considérable par sa naissance, sa bonté et 
son honnesteté; il n'aime point troj) la cour, ce qui lui fait 
mener une vie tranquille et retirée; il est liomme doux et 
fort traitable, généreux, aimant Ibonneur, mais nullement la 
vanité; il est beau-frère du duc d'Arscliot, eta beaucoup d'amis 
par cette liaison-là. 11 lui est resté fils et fille de son mariage 
qui sont les objets de toute son aj)plication et de sa tendresse 
pour les bien placer, et en celle veue il ne s'e^t point re- 
marié, quoiqu'il fût veuf à l'âge de vingt-sejjl ou de vingt- 
huit ans. 

Le Comte de Rennebourg, 

Sergent général de bataille et oncle du comte d'Ostrale, 

présentement débile d'esprit, est le dernier mâle de la maison 
de Lalaiu, de laquelle Philippe de (domines fait l'éloge, disant 
(iu<; presque tous ceux de cette maison estoienl morts Tespée 
à la main au service de leur prince. Il est homme de bon sens , 
belle et honnestc éducation, et a plus d'élotiucnce et de poli- 
tesse que bien d'autres de cette volée; il a esté fait gouverneur 
de Bruxelles dans la dernière guerre; il est fort aisé et fort 
soumis, ce qui lui a acquis l'amitié des princes et gouverneurs 
du Pays-Bas; il n'a que très-peu de biens et néanmoins les 
inclinations hautes; il est assurément un des plus honnestes 
honuiies de ce pays là. 

Le Prince de Steenhuvs, 

mieux connu sous le nom de comte de Gamarage,est aussi 
sergent de bataille. Il a esté nourri dans l'habit el la profes- 
sion ecclésiastique, et a très-bien profité dans les lettres, dont 
il lui reste une bonne teinture; mais deux de ses frères ayant 
esté successivement tués en duel, il a pris l'espéc et s'est jeté 



( 3,^2 ) 

flans les armes , et par son adresse et sa valeur s'est fait consi- 
tlérer en sorte quil a obtenu un vieux corps d'infantei'ie 
wallonne , et a esté fait en la dernière guerre sergent de ba- 
taille. Homme qui a du faste, des pensées et des ternies am- 
poulés, parle bien, mais en détour, il se souvient encore de 
l'art de raisonner à la seolastique, et fait entrer beaucoup 
d'inductions et quelques sillogismcs dans le discours. Au reste, 
la valeur est béréditairc dans sa maison, quoique d'ailleurs 
les lettres lui ayent donné le luslre et l'origine, le président 
Riehardot, très-habile ministre sous l'archiduc Albert, ayant 
planté les fondemens des biens et des honneurs qu'elle pos- 
sède aujourd'hui. Le baron de LambeqQe, sergent de bataille 
de cavalerie, est son cadet : homraedecœur et d'entreprise et 
l'un des meilleurs chevaliers de cette armée-là, il a toujours 
bien réussi en ses combats généraux et particuliers. 

Le Baron de Berlo 

est aussi sergent général de bataille, homme qui entend assez 
bien la conduite de l'infanterie, ce qui est rare parmi les 
Flamans : car le penchant de tous les jeunes gens est la cava- 
lerie, et ayant commencé le métier par cette route, dilTicile- 
mcnt ils reviennent à estre fantassins, dont l'art doit estre 
pratiqué de jeunesse et longtemps. Je reviens au baron de 
Berlo, qui est assez mécontent que ses longs services ne 
l'ayent point avancé davantage, et l'une de ses plaintes est 
qu'estant vieux sergent de bataille, au lieu de pousser sa for- 
tune plus avant, on lui a créé cinq ou six collègues de plus 
qu'il n'y en avoit avant la dernière guerre, et que l'on lui a 
osté son régiment qui lui donnoit plus de revenu que sa 
charge de sergent général de bataille, dont les appointemens 
sont grands en patente, mais ne se payent point ou peu : en 
effet, je dirai encore en cette occasion que c'est luie chose pas- 
sée en coutume et peut-estre en maxime en Espagne, d'accor- 



( 353 ) 

dcr de gros appoinlemcns à tous les olFicicrs servans, et de 
grandes pensions , qu'ils apellcnt suelda de entretenido , à tons 
eenx qui ont servi et qui se trouvent réformés; mais de toute* 
ces pancartes personne ne tire que peu de chose, en sorte 
que des sommes immenses dont les estats sont chargés ils n'en 
payent point la centiesme partie. C'est pourtant ce qui fait du 
hvuh que CCS entreteîiid os , dont la plusparl vieillissent dans 
leurs prétentions; et du moins ils ont la vanité de monstrer 
de grands crédits qu'ils ont à la charge des finances d'Espagne, 
qu'ils transmettent à leurs enfans, et mesme quelques-uns les 
portent en mariage; et à la lin toutes ces lettres patentes 
ahoutissent à mettre sur leurs tomheaux : Knfreleuido de Su 
Magestad. 

Carlo Campy, 

Milanois, 

est un des plus anciens sergens de bataille. II a passé, par tous 
les degrés de la milice, au rang qu'il tient aujourd'hui; mais, à 
l'exemple des Espagnols qui s'enrichissent ou qui vieillissent, 
il s'en faut bien de cette première vigueur avec laquelle il 
défendit Mardicq et Gravelines; et l'usage de ces sortes 
d hommes se restreint presque à fournir au conseil de guerre, 
dont il y a longtemps qu'il est. 

Il y a encore quantité de sergens généraux de bataille créés 
dans celte dernière guerre; mais le nombre dispense de faire 
le portrait de chacun. Je crois que ceux-ci en sont : le prince 
d'Aremberghe, le marquis de Riehebourg, le comte d'Anappes, 
le marquis de Conflans, le marquis d'Aiseaux, le comte de 
Rache, le baron de Lambcque et mons" de Louvigny, dont il 
faut dire quelque chose: c'est un gentilhomme de la province 
de Hainaut, de la famille de Landas, qui a eu pour toute 
hérédité l'honneur de sa naissance, car son père lui avoit 
laissé peu de biens; il a esté nourri page chez le duc de Lor- 



( 554 ) 

raine, lequel il ;i suivi en ses guerres d'Allemagne cl de Bour- 
gogne, et il a bien profité en eette escole. Le feu comte de; 
•uquoy lui donna son amitié et le fit cornette de la générale. 
Il a donné mille marques de son courage et de son bonheur en 
plusieurs pai'tis : ce qui le faisoit nommer, du feu comte de 
Fuensaldaigiie, el dichoso Louvigny. Il eut le bonheur de 
sauver l'archiduc à la bataille de Lens, sopposant avec son 
escadron à celui qui le venoit accabler, et cet honneur ne lui 
cousta qu'un bras cassé; il a depuis continué de se signaler à 
la cour et à la guerre. Il est d'un esprit doux et délié, parle 
agréablement, fait plaisir de bonne grâce et volontiers; il est 
bon ami, splendide et économe, a l'air accommodant avec 
toutes les nations du monde : en un mot, c'est un des plus 
honnestes hommes de ce pays-là. 

Je pourrois faire ici un estât fort long des gens de qualité 
des Pays-Bas qui ne cèdent le pas en aucune chose à bien des 
gens que je viens de nommer; mais, comme ils ne sont point 
dans des emplois considérables et que le nombre en est trop 
grand, je me contenterai de faire récit de ({uelques noms 
luniultuairement, pour ne point les différencier par la pré- 
séance. 

ScEiETZ. Le comte d'Ursel. Lallain. Le comte d'Ostrade. 

DiicHATEL. Le comte de Blan- Baste. Le comte de Moucron. 

gerval. Mé roue. Le marquis de Trelon. 

S'*-Aldegonde. Le comte de Gonzague. Le marquis de Gon- 

S"'-Aldegonde. zague. 

S'^-Aldego-nde. Le comte de Crov. Le comte du Rœulx. 

Genay. Horne. Le comte de Bassigny. 

JossE, Le comte de Mastin. Longueval. Le comte de Bu- 

GiiELiN. Le comte de Ghelin. M"t)} • 

Ogmes. Le comte deCoupigny. Berghe. Le comte de Grim- 

LANNOv.LecomtedelaMoiterie. berghe. 



355 ) 



IIénin-Liétaud. Le comlc Phi- 
lippe de Bossut. 

Ognies. Le comte d'Estrée. 

NoYELLE. Le comte de Noyellc, 
gouverneur de Malines. 

NoYELLE. Le comte de Marie. 

LiÈREs. Le comte de S'-Venant, 
gouverneur de S'-Omer. 

Mëi.hn. Le marquis de Riche- 
bourg. 

Maison de Saxe. Le ringrave. 

La Tour et Tassis. Le comte de 
la Tour et Tassis. 

Bette. Le marquis de Lede. 

Mérode. Le marquis de Deinse. 

MAn.LY.Le marquis du Qucsnoy. 

Or.NiES, Le comte de Sueve- 
ghem. 

RuBEMPuÉ. Le comte de \er- 
taing. 

BouRNONViLLE. Le vicomtc de 
Berlin. 

NoYELLE. Le marquis de Li- 
hourg. 

Lens. Le comte de Blandequc. 

Mérode. Le comte de Waroux. 

Mérode. Le comte de Montfort. 

Mérode. Le comte de Mérode 
et d'Ognies. 

Jamoigxe. Le comte de Hasselt. 

IIoRNE. Le comte d'Herlies. 

Rivières. Le comte d'IIers. 

DelamoiN't. Le comte de Rran- 
deviile. 

Tome x'"% S""* série. 



Crèvecoeur. Le marquis de 

Wargnies. 
SciiETs. Le comte de Grohcn- 

doncque. 
BoiscHOT. Le comte d'Erps. 
GoMicouR. Le comte de Gomi- 

cour. 
Vilain de Gand. Le marquis 

d Hem. 
Berghes. Le comte de Rache. 
RoBLEs. Le comte d'Anappes. 
Dubois de Tiennes. Le vicomte 

de Fruges. 
Bernimicour. Le vicomte de la 

Tieuloye. 
Groesbeque. Le com te de Groes- 

beque. 
La Chapelle. Le comte de la 

Chapelle. 
WiLs. Le comte de Wils. 
Watou. Le comte de Watoii. 
Bourgogne, Le comte de Wa- 

ken. 
Montmorency. Le vicomte de 

Roulers. 
Desfiennes. Le comte de Rin- 

beque. 
Rrias. Le comte de Brias. 
Duciiatel. Le vicomte d'Mau- 

bourdin. 
De Tiennes. Le marquis de 

Berle. 
Bornhem. Le comte de Born- 

hem. 

26 



( 556 ) 

Voilà les noms do ceux dont il me souvient à présent. Par- 
dessus cela il se trouve quantité de gens de qualité qui portent 
le titre de barons et qui n'ont point de titres, qui sont pourtant 
fort bien nés et le portent fort haut, comme les barons de Wam- 
brechies, de Saint-Jean, de Cruysaulcm, de Selle, d'Inghelmun- 
ster, de Wasmes, de Bousy, d'Escornay, de VVanghes, d'Erpe et 
autres, les seigneurs de Recour, Roisin, etc., et cent autres; 
mais la relation succincte m'empcsche de les nommer tous. 

Je ferai ici une petite adjonction des aisnés de famille qui 
sont en estât de se marier, avec un portrait sommaire de leurs 
qualités personnelles et du bien qu'apparemment ils posséde- 
ront. 

Le Dlc d'IIavré (1), 

Grand d'Espagne, prince el mareschal hérédilaire du saint-empire, comte de 
Fontenay, 

paroistra à la teste de cet escadron de galanterie. Il est beau 
et bien fait, fort doux et docile, bien incliné, sage en sa con- 
duite; et s'il adjoutoit le brillant d'esprit, qu'il a pourtant d'ail- 
leurs fort raisonnable, il n'y auroitrien à souhaiter. Il a soixante 
mille florins de rente en Flandre et en Lorraine, mais avec cela 
quelques affaires, quoiqu'il en ait déjà débrouillé quantité. 

Le Marquis de Roubaix, 

Fils aisné du prince de Ligne, d'Amblise el du sainl-empire, grand d'Espagne, 

est âgé de :23 ans ou environ; il est assez mal tourné du 
costé de l'esprit; il aura pourtant de grands biens, car le prince 
de Ligne estoit ci-devant le plus accommodé de toutes les per- 
sonnes de sa volée : mais la réintégration du prince d'Es[)inoy 

(I) On lit à la marge : « J'ai déjà parlé tle loi au rang des grands d'ICs- 
pagne. » 



( 357 ) 

dans ses terres lui donne un grand escliec, estant une affaire 
de 45,000 florins de rentes. J»; crois pourtant qu'il en reste 
encore jusques à 80,000 florins avec fort peu d'affaires. 

Le Comte de Buren, 

Filsaisné du comte de Solre, baron de Condé et de Molembaix, 

est âgé de 26 ans ou environ, beau, galant, spirituel, for[ petit 
de corps, mais bien fait en sa taille. 11 y avoit ci-devant 80,000 
florins de rente en très-belles terres, qui sont encore toutes en 
cette maison ; mais les guerres en ont fort diminué le revenu , 
estant exposées aux frontières: d'ailleurs il y a uneinfinité d'af- 
faires que le comte de Solre a pourtant fort esclaircies, et 
n'eust esté la surcharge de la dernière guerre, il en seroit ap- 
paremment venu à bout. 

Le Comte de Beaumont, 

Fils et enfant unique du prince de Cliimay, seigneur d'Avesnes, souverain 
de Funiay et de Kevin, baron de Commines, etc., 

est âgé de 20 à 22 ans ; il a de l'esprit, mais un peu estourdi et 
volage comme le père. N'estoit qu'il y a une machine d'affaires 
arriérées, embrouillées et presque insurmontables, il y a plus 
de terres et de grands biens dans cette maison qu'en aucune 
autre, excepté celle d'Egmont, où il y a pour le moins et autant 
de biens et autant de brouilleries qu'en celle-ci. Autrefois on 
faisoit l'hérédité de Chimay riche de 100,000 escus de rente (1), 
je dis escus du Pays-Bas dont chacun est de 3 florins, monnoie 
forte. Le comte d'Isembourga depuis institué le comte de Beau- 
mont son héritier, et la succession est très-considérable; mais 
avec tout ce secours on aura peine de rétablir les affaires de 
cette famille. 

(1) Ou lit à b marge : « Gel escu vaut 5 liv. 1:2 s. cJp France. » 



( 558 ) 

Le Duc Octave d'Arembehgiie, 

Fils unique du prince de Barbançon , 

n 28 ans ou environ, beaucoup d'esprit et d'agrément et un 
certain air de gaieté qui plaist fort aux dames et déplaist fort 
aux hommes, car il a eu assez de querelles avec ces derniers, 
comme il a eu assez les grâces des premières. Une privauté, 
suivie d'un petit poupon qu'il fit à une fort belle clianoinessc, 
lui a attiré sur les bras toute une famille de braves gens qui 
ont employé le duel et un projet d'assassinat pour en tirer 
raison; mais il s'en est démesié avec beaucoup de cœur, 
d'adresse et d'honneur. Il a peu de biens, quoiqu'il en mérite 
beaucoup par son penchant à la générosité et à la gloire; et à 
en parler franchement, c'est un des plus brillants génies du 
Pays-Bas. 

Le Comte de Bossu 

a atteint la succession par la mort de son père, qui estoit che- 
valier de la Toison d'or. Il est baron de Lidekerke et vicomte 
de Rombecque, qui sont de belles terres, neveu du prince de 
Chimay par sa mère, âgé de 24 à 25 ans, bien fait de corps, 
un peu estourdi, brave et hasardeux, ce qui est héréditaire en 
cette maison-là, qui ne conserve plus que l'esclat de la nais- 
sance, qui est haute et très-illustre : car les biens sont telle- 
ment embourbez par les dcbtes, qu'il court risque d'estre in- 
commodé toute sa vie, s'il ne s'allie avec quelque personne qui 
ait un grand fonds de finances pour le rétablir. 

Le Cojite du Reux 

est chef de la maison de Croy en Flandre, cl cependant moins 
accommodéde biens (pu* tous les autres; il est âgé de 20 à ôOaus, 
n'aime point trop la cour ni la galanterie, attache sa demeure 



( 559 ) 

à la campagne ou aux villes de province, et ne se produit point 
selon le rang que lui donne cette belle prééminence d'estre 
chef d'une des plus puissantes et des plus illustres maisons du 
Pays-Bas. 11 a un régiment de cavalerie, s'acquitte de sa charge 
en homme de cœur, mais sans faire le bruit que pourroit faire 
un homme de sa qualité. Je crois que sa fortune resserrée con- 
tribue à cela, et je ne vois point qu'il soit en estât de la changer 
par sa conduite, qui n'a rien de relevé. 

Le Marquis de Morbeque, 

Fils unique du prince de Robeque (1), 

est un jeune homme de 1 7 ans, qui promet toutes choses pour 
la vivacité de l'esprit, la belle taille et les bonnes inclinations 
qui brillent en sa jeunesse ; il est prompt, esveillé et gai, cl il a 
un de CCS génies qui pourroit eslre assez conforme à l'air que 
donne l'éducation françoise. Le père idolâtre ce fils, et ne fera 
aucune difficulté de se dessaisir de grandes terres pour lui faire 
trouver un parti considérable. 

Le Comte de Vertaing , 

Baron d'Everberghe, grand veneur du Brabant, de la maison de Kubempré, 

âgé de 35 à 50 ans, est jus(|u'aujourd"hui sans prendre femme: 
le meschant estât des affaires de sa maison et le peu d'occasion 
qu'il y a en Flandre de s'allier avec des personnes qui ayent de 
quoi le restablirle tiennent, comme je crois, si longtcm|)s sans 
prendre parti; d'ailleurs il est d'un génie penchant pluslost à 
la mélancolie et à la solitude qu'à l'air gai de la cour : ce qui le 
fait grand chasseur et peu amoureux. 



(1) On lil cil marye : v Morl en 1692, culonucl du régimenl de Hobec(i. » 



( 360 ) 

Le jeune Comte de Grimbeughe 

est âgé de ;24 à 2o ans, le plus grand godelureau de Bruxelles, 
dont la galanterie consiste la pluspart en la propreté qu'il aime 
à un point que la pluspart de ses fleurettes sont de parler des 
modes et des ajustemens. Il y a force enfans et peu de biens 
en cette maison-là , qui pourtant est fort illustre et bien al- 
liée; la beauté y est héréditaire; les enfans participent de 
celle de la mère, qui a esté en son temps une des plus galantes 
et pourtant, à ce que l'on dit, des plus sages dames de Flandie. 

Le Comte de Grobendoncque , 

âgé de 28 ans ou environ, est d'une maison que la valeur de 
deux prédécesseurs a illustrée, et où il y a près de 40,000 flo- 
rins de rente ; il est principal héritier de ces biens par la mort 
de son père; il est dun génie doux, mais médiocre, suflisant 
plustost pour seconder la valeur de ses pères que pour la re- 
lever. 

Le Comte de Coupigny, 

De la maison d'Ognies , cousin germain du duc d'Havre par sa grand'inére et 
Montmorency par sa mère, 

est présentement âgé de 22 à 2ô ans, bien fait de corps et assez 
d'esprit, un peu brusque, mais ce feu se peut attribuer au 
bouillon de jeunesse que l'on pourra corriger. Je crois qu'il a 
des biens fort médiocres, estant cadet de la maison, et ses an- 
ceslres l'ayant toujours porté fort haut : ce qui leur a attiré de 
la dépense dont la maison paye aujourd'hui, avec beaucoup 
d'autres, la folle enchère. 

(MS. n" 782 de la Bibliollièciue de Saiiil-Omor, 
pet. ia-i" de 146 pages.) 



( 561 ) 



CCCLXXXVI. 



Lettre du prince de CJthnmj , gouverneur des duché de Luxem- 
bourg et comté de Chinij , sur les usurpations et les violences 
commises par les Français dans celte province depuis la 
paix de Nimègue : 12 avril 1682 (I). 



Monsieur , j'ay cru, avant de donner part à Vostre Excel- 
lence de Testât de cette place, hiy devoir rendre un conij)te 
succinct du procédé qu'ont tenu les François depuis la paix 
de Nimègue, pour la réduire, pas à pas, et enfin par des vio- 
lences et des attentats manifestes, dans celuy où elle est pré- 
sentement. 

Immédiatement après ledit traité, ils ont voulu, sur des 
vains prétextes, à leur ordinaire, entrer à mains armées dans 
cette province, menaçant d'y faire vivre à discrétion six mille 
chevaux, si nous ne leur abandonnions les bourg et chaslcau 
de Roderaacker, la comté et seigneurie de Russy, les chas- 



(1) Celte intéressante lettre, dont la sHscription manque, paraît a voir été 
écrite au marquis de Grana (Othon-Honri , marquis del Caretto, Savona et 
Grana, comte de Milesimn) que Charles 11 avait, au mois de février 1682, 
investi du gouvernement des Pays-Bas, en remplacement du prince de 
Parme. 

Le prince de Chimay, qui l'a signée, est Ernest- Alexandre-Dominique 
Croy-Chimay-d'Arenberg, lils de Philippe et de Théodore-Maximilienne- 
Jossine de Gavre, comtesse de Fresin. Il avait été nommé gouverneur des 
duché de Luxembourg et comté de Chiny par Charles II, le 21 juil- 
let 1673, décoré le 5 août suivant de la Toison d'or et élevé à la dignité 
de grand d'Espagne. Il s'acquit beaucoup de renom par la défense de la 
place de Luxembourg , lorsque le maréchal de Créquy vint l'assiéger au 
mois d'avril 1684. 11 mourut, le 3 juin 1686, à Pampelune, où il remplis- 
sait le pobte de vice-roi et capitaine général de Navarre. 



( 562 ) 

tciuix de l'ulhingc cl Preisch cl la seigneurie dllespcrange 
avecq toulcs leurs dépendances qui consislcnt en soixante 
villages. El coinine, maigre les justes raisons que nous avions 
de n'y pas vouloir consentir, et les i)roteslations que nous 
fisnies au contraire, ils envoyèrent des troupes se présenter 
devant lesdits cliasteaux, où nous tenions garnison, faisant 
ujine de les vouloir attaquer par la force, monsieur le ducci 
de Villa Ilermosa (1 ) trouva bon d'ordonner que nos gens en 
sortissent, en protestant seulement de violence, comme il fut 
en effet exécuté. 

Cette première infraction à là paix qui venoit d'cstre rati- 
fiée, me faisant juger que les François, qui depuis tant de 
temps et par toute sorte de moyens ont aspiré à la possession 
de cette place, ne manciueroicnl pas de suivre le mesnic pied 
et de mettre tout en usage pour venir à bout de leur dessein, 
m'obligea de faire une représentation, le 18"" de juin 1680, 
à monsieur le duc de Villa Heimosa , de toutes les clioses 
nécessaires pour sa scurcté, le sup[)lianl de vouloir ordonner 
à temps qu'il y soit jjourveu. 

La mcsme année, les François, qui avoicnl desjà estably 
à Metz cette cbambre qu'ils appellent de réunion, s'avisèrent 
d'y vouloir décider des droits des souverains, jusqu'à citer 
Sa Majesté par-devant ladite eliambrc, pour y faire ses reprises 
de la ville et des prévostez de Verton cl Saint-. Mard, comme 
iiefs mouvans de l'évcsché de Verdun, exigeant pareillement 
foy cl lioramage du Roy, comme comte de Chiny, pour ladite 
comté : à quoy succédèrent des actes d liostililé de la part de la 
France, en chassant nos gens de guerre logez dans la prévosté 
d'Orchimont, de laquelle ils s'emparèrent par voye de fait. 

Le 20""" janvier de l'année suivante 1081 , le chevalier de 
Foudras me vint déclarer, de la pari du comte de Bissy, que 



(t) Alors liouleuaiil , j^ouvenicur et capitaine général des Pa^s-Das. 



( 563 ) 

cc'luy-cy avoil ordre du roy de France, son inaislic, si je ne 
laisois évacuer ineessanienl la \ille el prcvo^lé de Veilon 
avecq leurs dépendances, d'entrer a\ee un corps darniée 
dans la province de Luxembourg, el d'y rester jusques à ce 
(jue la chose fust accomplie. 

FA pour ne pas ennuyer Voslre Excellence par une inlinilé 
de circonstances toutes remplies de chicane el d injustice de la 
part de la France sur ces démeslés, je luy diray que le comte 
de Bissy entra effectivement avec des troupes dans ce pays le 
J5'"'' de mars, ruinant et saccageant tout : ce qui iîl résoudre 
monsieur le prince de Parme (l)à menvoyer ordre d'évacuer 
ladite ville et dépendances de Vcrton, et de protester en 
mcsme temps que cette infraction à la paix ne devoit |»orter 
aucun préjudice à la souveraineté du Roy sur Icsdits lieux : 
ce (jui fut aussy exécuté dans les formes requises. 

Tout le mois d'avril se passa dans ces entrefaites (jue les 
François, sur mille prétextes extra\agants, différèrent de se 
retirer; mais enfin, l'ayant fait, ils continuèrent leurs pour- 
suites pour la comté de Chiny, et, sur ce prétexte ridicule, 
envoyèrent des huissiers dans la province, accompagnez de 
gens armez, insinuer les décrets de leur chambre île réunion 
par lesquels il estoit ordonné aux sujets du Roy de porter 
leurs titres et documcns à Metz, et d'y aller faire reprises de 
leurs fiefs, à peine de confiscation d'iccux, avec défense de 
plus reconnoistre autre souverain que le roy de France, de 
plus obéyr, en quoy que ce fût, au gouverneur de Luxem- 
bourg, ny plus payer les subsides ou autres impositions cl 
droits aecoustumez à Sa Majesté. 

Après toutes ces insinuations faites et distribuées indiffé- 
remment par toute la province, et en exécution d'icelles, le 



(I) Alexandre Farnèse, prince de Parme, avait succédé, en 1680, au 
duc de Villa Hermosa. 



( 304 ) 

comte de Bissy y rentra de nouveau, avee un corps d'armée, 
le 11"'" de juillet, à |)ropos et à dessein de nous empeseher la 
récolte et rinlroduction des grains, qui n'estoient pas encore 
en estât d'estre moissonnez; et <i|)rès avoir fait sommer le 
commandant (jui s'estoit fortifié dans Cliiny par mes ordres, 
cl l'avoir menacé inutilement de l'envoyer aux galères avec ses 
gens, s'il n'en sortoit, il vint se camper à une heure de cetle 
place, souffrant que ses troupes y exercent toute sorte de 
désordres, et coupent tous les grains qui n'estoient pas meurs. 
|)lus d'une lieue à la ronde, uniquement afin de nous en pri- 
ver, pendant que le marquis de Boufflers, avec un autre corps 
de 4,000 hommes, tant de cavalerie que dragons, s'estoit 
posté à Rcmich sur la Moselle, et ruinoit tout le plat pays 
entre Luxembourg et Trêves. 

Ces hostilitcz, jointes à celles (jue le comte de Montbron, 
campé au pont d'Espière avec un autre corps d'armée, exer- 
çoit en Flandre, firent résoudre monsieur le prince de Parme 
à m'envoyer ordre, par un exprès, d'abandonner ladite comté 
de Chiny de la mesme manière que j'avois desjà fait- la ville et 
les prévostez de Verton et Saint-Mard : à quoy je dcus obéir. 

Mais l'occasion paroissoit trop favorable aux ambitieux des- 
seins de la France pour ne pas pousser l'injustice plus loin. 
Le comte de Bissy resta dans notre voisinage avec ses troupes, 
et, se trouvant pressé par mes instances de se retirer, m'en- 
voya enfin de nouveau le chevalier de Fondras, le premier 
d'aoust, avec une lettre de créance, pour me déclarer que le 
roy très-chrestien ne pouvoit estrc satisfait que par l'évacua- 
tion générale des troupes d'Espagne de toute la province de 
Luxembourg, à la réserve de la prévosté seule. 

Cette nouveauté luy donna lieu, et au comte de Montbron, 
de rester où ils estoient, et de continuer leurs jeux, en atten- 
dant que monsieur le prince de Parme aj t consenty à leurs 
prétentions : ce qu'il trouva encore à [iropos de faire, dans 
les formalitez comme dessus. 



( 365 } 

Miiis, par une maxime détestable, elcjui leur est i'amilière, 
lion eonlents de tant d'usurpations, ils inventèrent une nou- 
velle chicane touchant les dé|)endances de cette prévostc , de 
laquelle, après tout, ils voulurent encore nous retrancher 
toutes les seigneuries, jusliceries et lantmayries qui de tout 
temps en ont fait une partie essentielle, nous laissant seule- 
ment trente petits villages qui n'en font pas la cincquiesme 
partie, après néantmoins en avoir chassé les habitans, enle\é 
tout leur bestail et razé la pluspart de leurs maisons : ensuite 
de quoy ils envoyèrent des garnisons dans tous les postes d'où 
nous avions retiré les nostres, et esloignèrent de la veue de 
cette place le reste de leurs troupes, pour les loger dans les 
lieux qu'ils nous avoient retranché de la prévosté, afin de 
nous empescher, comme ils ont fait, toute sorte de commerce, 
et tâcher de nous alTamer : ce qui leur auroit infiullihleinent 
réussy, si, plusieurs mois avant leur première invasion et 
dans l'intervalle de Tune à laulre, je n'avois, de mon autho- 
rité, fait prendre, dans tous les endroits de la province qu'il a 
esté possible , les grains des seigneurs et des particuliers , des- 
quels cependant ils ont tous esté payez dans la suite. 

Estant à remarquer qu'il y a plus de neuf mois qu'il n'est 
entré icy une seule mesure de grains, et que, dans tout ce 
temps-là jusqu'au jour de la levée de ce blocus, les François 
nous ont fait une guerre ouverte, en tuant cl prenant pri- 
sonniers indifféremment tous ceux qu'ils pouvoient attraper 
de cette garnison, soit soldats ou bourgeois, jusqu'à poignar- 
der des femmes, en violer d'autres et les renvoyer toutes 
nues, lesquelles s'estoient bazardées d'aller chercher du bois 
à la veue niesme de cette place. 

Je crois que Vostre Excellence sera desjà informée que, 
pour nous mieux interdire toute sorte de communication, ils 
avoient fait des forts non-seulement dans tous les villages à 
une et deux lieues d'icy aux environs, mais encore dans les 
camj)agnes à veue de cette ville, seulement hors la portée du 



( 566 ) 

canon, mais que le niai-éehal de Créquy, lequel cstoil venu 
quinze jours auparavant à dessein de ^)res.ser ee blocus, ayant 
voulu faire travaillera un nouveau fort, à la portée de noslre 
canon, le jour de la feste de Saint-Joseph, je trouvay à pro- 
pos, conformément aux ordres que j'avois de monsieur le 
prince de Parme, de le faire tirer contre ledit ouvrage : ce 
(pii l'obligea à le faire cesser. 

Ce maréchal avoit encore fait venir à llcspérange, Ber- 
trange et Bettembourg toute sorte de munitions de guerre, de 
l'artillerie et grand nombre de bombardiers et canonniers, et 
faisoit enfin tous les préparatifs pour le siège de cette place, 
lorsque, le 25""" de mars, il reçut ordre de me déclarer le con- 
tenu dans le mémoire icy-joint, et dont s'acquitta, de sa part, 
le inesme jour, le S"^ de Barville, lieutenant-colonel du régi- 
ment des fusiliers du roy de France, lequel vit escrire et dicta 
liiy-mesme, mot pour mot, le contenu audit mémoire (I). 



(1) Ce mémoire était ainsi conçu : 

» Que le roy a pris la résolution de remettre à la décision du roy d'Aii- 
i^lelerre tous les ditFérends (jue Sa Majesté a avec le roy catholique. 

» Que M. le maréchal de Ciéquy a receu ordre de retirer incessam- 
meiil toutes les lrou|>es qui oceupeni des postes dans les terres reconnues 
du duché de Luxenii)ourg par M. de Bissy. 

n Que M. de Lambert a ordre de laisser entrer dans Luxembourg 
toute sorte de vivres et de munitions de guerre venans des autres terres 
de la domination d'Espagne, moyennant le payement des droits de fo- 
raine. 

•' Que, lorsque le gouverneur des Pays-Bas voudra faire |)asser des 
troupes de Limbourg à Luxembourg, ou de Luxembourg à Limbourg, 
M. de Lambert aura ordre de convenir des logemens que lesdites troupes 
feront sur les terres du roy, en allant ou venant de l'une de ces deux 
places à l'autre, et de leur faire fournir, en payant, les vivres et fourrages 
nécessaires pour leur subsistance. 

•> Qu'il sera permis aux habilansde ladite ville de Luxembourg et des 
villages de la prévosté qui en dépend, d'acheter dans les terres de l'obéis- 
sance du roy des vivres, ou de les faire passer par icelles, venans des 
pays étrangers. 

» Le tout conformément à l'article 16 du traité de Nimègue. » 



( 367 ) 

Sur quoy je prens la liberté de représenter à Vostre Excel- 
Icnee que la levée de ce hlocus, toute imprévue qu'elle paroît, 
ne met pas la ville de Luxemboui'g hors de danger. C'est un 
respit qui ne durera qu'autant qu'il plaira aux François, à 
moins que le roy d'Angleterre ne les oblige à abandonner 
toute la province et la remettre dans son premier estât, pour 
pouvoir décider, en arbitre inijtartial, des différends entre les 
deux couronnes, tant en ce regard qu'en tout autre. 

Je passe à rendre compte à Vostre Excellence de Testât de 
cette place. 

Premièrement, quant au nombre des gens de guerre qui 
composent la garnison, je ne fais pas compte, y compris offi- 
ciers et soldats, de plus de seize cents cfTectifs, au lieu que, 
dans les représentations que j'ay faites à monsieur le duc de 
Villa Hermosa et à monsieur le prince de Parme, j'en ay de- 
mandé six ou pour le moins cincq mille. 

Secondement, touchant les vivres et fourrages, il ne m'en 
reste ]dus que pour u\^ mois. 

Sur quoy je me trouve obligé de faire remarquer à Vostre 
Excelleiue que, monsieur le prince de Parme ayant trouvé à 
propos de faire livrer partout aux gens de guerre le pain de 
munition en argent, à raison de six liards pour chaque pain, 
à commencer du premier de mars ensuivant, et m'en ayant 
donné advis, je luy rcpréscntay qu'à l'égard de cette garnison, 
il estoit d'une très-mesehante conséquence de n'y pas laisser 
un entrepreneur qui soit obligé à le livrer en nature, tant 
parce que les boulangers de cette ville estoient en si petit 
nombre et si pauvres qu'il leur seroit impossible de fournir 
le pain nécessaire aux militaires, encore moins de pouvoir 
faire des provisions suffisantes de grain à cet effet, d'autant 
que ce pays~cy, par sa distance des autres Estats du Roy, 
estant privé des secours qu'ils se pouvoient donner entre eux 
par le commerce des rivières et de la mer, et dans l'impossi- 
bilité de plus de les pouvoir tirer de soy-mesme, l'on dcvoit 



( 568 ) 

les cinpruntor, comme de tout temps, des Estats voisins étran- 
gers, et principalement de la Lorraine, mais avec grande didi- 
ciilté , faute de rivière, que parce que ces moyens nous alloicnt 
cstre infailliblement interdits par l'invasion que les François 
dévoient bientost faire dans la province, et qu'ainsy nous tom- 
berions dans l'inconvénient de nous voir réduits à consommer 
d'abord nostre petite réserve, et puis à en manquer tout d'un 
coup, sans aucune ressource; que de plus, à cause de la cherté 
dudit grain, les six liards ne pouvoient pas suflu'c })Our un 
pain de la qualité qu'il avoit ordinairement esté livré par les 
commis du provcedor général. 

Sur (juo} monsieur le prince de Parme régla seulement ledit 
pain à sept liards, sans néantmoins juger le surplus digne 
d'aucune réflexion : ce qui fut cause que, sur mon crédit, je 
fis livrer, dix jours durant, le pain en nature comme aupara- 
vant, pendant lesquels je luy représentay de nouveau, mais 
inutilement, les meschantcs suites qui en pourroient naistre, 
comme en effet il manciua d'arriver, le i I"" du mesmc mois, 
par la licence que quelques soldats attroupez prirent de voler 
quelques marchandises de bouche dans la ville, voyant qu'ils 
ne pouvoient trouver du pain pour l'argent qui leur avoit esté 
distribué à ce sujet: estant vray que, par la visite que je fis 
faire le mesme jour au major de la place, accompagné d'un 
eschevin, dans toutes les boutiques des boulangers, il ne se 
trouva .en tout que quaranle-cincq pains, de cincq livres 
chascun. J'en donnay part encore à monsieur le prince de 
Parme, mais sans succès, puisque l'on m'en laissa le fardeau, 
malgré toutes mes raisons, et que j'ay esté jusqu'à présent 
contraint de faire boulanger, tant les grains que j'avois de 
réserve dans les magasins du Roy, au grand danger d'en estre 
bientost dépourveu, pour le peu qu'il y en avoit, que ceux 
(comme j'ay dit cy-dessus) que j'avois fait et fis prendre par- 
tout où j'ay pu dans la province. 

Je ne me serois pas tant estendu sur ce chapitre, si ce n'es- 



( 369 ) 

toit afin de faire connoislre à Vostrc Exoclience l'importance 
qu'il y a, pour la conservation de celte place, de traiter avec 
nn entrepreneur qui s'oblige , au prix dont on conviendra 
avceq luy , et aux conditions ordinaires, de livrer en nature le 
pain à cette garnison, pendant que d'ailleurs on fera toute 
diligence pour repourvoir les magasins du Roy de six mille 
nialders pour le moins, et sans aucune perte de temps : au- 
quel effet il conviendroit de remettre une somme considérable 
d'argent au receveur général Baillet, qui n'en a point du tout. 
C'est de quoy je supplie très-humblement Vostre Excellence. 

Troisiesmement, pour ce qui regarde les fortifications de 
celte place, je joins icy un estât, tant de celles qui sont indis- 
pensablement à réparer que de celles qu'il conviendroit faire 
nouvellement, et duquel j'ay joint un double aux représenta- 
tions que j'ay faites à monsieur le duc de Villa Hermosa et à 
monsieur le prince de Parme. 

Je fais encore mention , dans ledit estât, de toutes les choses 
qui manquent dans larlillerie de cette place. Et touchant les 
munitions de guerre que je demande par-dessus celles que 
nous avons dcsjà, c'est sur le pied davoir icy de garnison six 
mille hommes. 

Au regard des villages dépendans de cette place, à scavoir 
ceux que les François nous ont bien voulu laisser, comme les 
habitans n'ont rien semé dans la saison, il est à douter s'ils 
reviendront. De plus, il n'y a point du tout de fonds à faire si 
tost sur les petits secours que l'on en pourroit espérer, et 
principalement de leurs charriots, qui viendroient fort à 
propos, pour commencer à chercher du grain, si Ton avoit de 
l'argent. 

Le S"^ Baillet , ayant esté à ses affaires particulières depuis 
la levée de ee blocus, n'est revenu que cejourd'hui. C'est ce 
qui est cause qu'il n'est pas party plus tost pour aller rendre 
compte à Vostre Excellence des deniers qu'il a déboursez pour 
les nécessitez de cette place. Je l'ay chargé d'informer Vostre 



( 570 ) 

Excellence de l'est-at de toutes choses, comme estant une per- 
sonne qui en a la plus pai faite connoissanoe. 

En attendant l'honneurdes commandemens de Vostre Excel- 
lence , je suis , avec([ le respect que je dois, 

Monsieur, 

De Vosire Exe'' le très-humlile et très obéissant serviteur, 

Chimay. 
A Luxcmhoiirg, le 1*2 avril 168'2. 

(Copie (lu temps, aux Arciiive-; du myaunu.) 



CCCLXXXVII. 

Dépêche de l'empereur Charles VI au prince Eugi-ne de 
Savoie par laquelle il ordonne que les çpuirerneurs des 
provinces résilient ilans leur tjouverneinent : 2 février 1718. 



L'Empereur et Rov. 

Mon cousin, m'ayant été fait rapport delà représentation 
tpi'en suite de mon ordre du 18""' de décembre passé, vous 
m'avez faite le 15' du mois de janvier dernier, par rapport à 
la résidence et demeure des gouverneurs des provinces de 
mes Pays-Bas et à l'exercice et fonction de leurs charges, je 
veux bien vous faire la présente pour vous dire que, me con- 
formant à votre avis sur ces deux points, mon intention est 
que lesdits gouverneurs résident régulièrement dans leurs 
respectives provinces, etexercenl les fonctions de leurs charges 
sur le lieu, puistiue la nature de ces emplois et le bien de 
mon service et celui de mes peuples le recjuièrent ainsi, 
hormis que ({uelque raison et la permission supérieure les en 



( 371 ) 

dispensassent : voulant et ordonnant bien expressément qu'en 
ce cas d'absence légitime, les ordres supérieurs qui se don- 
nent à chaque province s'adressent au gouverneur respectif, 
pour être envoyés par lui à qui il appartient, afin de ne pas 
altérer la bonne règle et la subordination essentielle dans les 
affaires du gouvernement. En suite de quoy, vous ordonnerez 
au comte de Valsasina, gouverneur de ma province de Lim- 
bourg et trois pays d'Outre-Meuse, que, nonobstant la permis- 
sion que je lui avois accordée, le 20' febvrier 171(), de pouvoir 
se rendre à Bruxelles et y demeurer jusqu'à nouvel ordre, il 
ait à se restituer dans ladite province, pour y exercer la fonc- 
tion et les devoirs de sa charge, l'état présent d'icelle et le bien 
de mon service et de mes sujets demandant absolument sa pré- 
sence. Et* vous me donnerez part de l'avoir fait exécuter ainsi. 
A tant, etc. A Vienne, ce 2" de février 1718. 

( Archives du royaume : chancellerie des Pays-Bas 
à Vienne , reg. n" 119, fol. 209. ) 



CCCLXXXVHI. 

Dépêche de Vempereur Charles VI au prince Eugène de 
Savoie lui ordonnant de faire rétahlir les choses, dans la 
province de Limbourg , par rapport à la religion, eu létal 
où elles étaient avant la dernière guerre, et par conséquent 
de prendre des mesures pour que Vexercice de la religion 
protestante n'y soit pas continué : ^2l» avril 1718. 



L'Empereur et Roy. 

Mon cousin, les états de ma province de Limbourg m'ayant 
remontré que, dans le temps que cette province a été remise à 
ma domination, la capitale d'icelle auroit été provisionnelle- 
TOME X^S S-"^ SÉRIE. 27 



( 572 ) 

ment gardée par un commandant cl garnison hollandoise, et 
qu'en cette occasion et sous ce prétexte il y auroit été intro- 
duit un ministre protestant, avec libre exercice de sa pré- 
tendue religion; que cet exemple nouveau et scandaleux 
auroit tellement animé les religionnaires qui, jusqu'à un cer- 
tain nombre de vieilles familles seulement, auroient toujours 
été tolérez aux lieux marchands d'Eupen et llodimont, dépen- 
dances de Linibourg, que ceux-cy se seroient émancipez d'a|;- 
peler, de leur autorité privée, pareillement auxdits Eupcn 
et Hodimont, où cependant il n'y auroit aucune garnison, des 
ministres de leur secte, au mépris des placards et ordonnances 
portant, en termes exprès, qu'elles devront à jamais être 
observées; que le comte de SinzcndorfT, ci-devant mon ad- 
ministrateur de ladite province, pour mon service et pour 
conserver la religion dans sa j)ureté, auroit fait republier 
lesdits placards, et entre autres celuy de Tan 15G2, qui porte 
de démolir promptcment les temples et édifices auxquels on 
auroit prêché toute nouvelle ou fausse doctrine, et que, dans 
le placard de l'an 1G09, on auroit défendu , sous peine rigou- 
reuse, à tous mes vassaux de comparoître aux semblables ser- 
mons; que pourtant tout cela n'auroit servi que d'augmenter 
davantage la témérité de ces religionnaires, de sorte qu'ils 
n'auroient non-seulement fait venir dans leurs maisons les 
ministres et entendu leurs sermons, mais aussi fait bâtir des 
temples pour y exercer leur religion, et d'y établir des maî- 
tres d'école, à l'entière désolation des calholiques romains, 
n'y s'étant jamais vu un exemple de telle nature; qu'une telle 
témérité, quoiqu'au-dessous de celle des religionnaires de 
Borcheid, aux portes d'Aix-la-Chapelle, leur auroit coûté bien 
cher, les ayant obligés de licentier leurs ministres et maîtres 
d'école et de démolir leurs temples, et qu'avec tout cela ils 
auroient eu assez de peine de se mettre à couvert de la rigueur 
de mes fiscaux; qu'ayant par ce moyen fait revenir le lustre 
et le maintien de la religion catholique romaine, sans qu'au- 



( 373 ) 

cune puissance prolcsiantc y auroit trouvé chose à redire, et 
qu'enfin celte considération fcroit espérer aux remontrants 
que je voulusse faire défendre dans leur province l'exercice 
de la religion prétendue réformée, quoique permis en quel- 
ques Etats de l'Empire , et que dans aucune autre province des 
Pays-Bas il n'y auroit plus aucun de leurs ministres, depuis 
que les Ilollandois en sont sortis : 

A ces causes, et ayant meurcnicnt refléchi sur les remons- 
trances desdits états de Limbourg, j'ai bien voulu, par avis 
de mon conseil suprême pour les affaires de mes Pays-Bas,, 
vous écrire la présente, pour vous dire que ma royale inten- 
tion et volonté est que les affaires par rapport à la religion 
dans ma province de Limbourg soient mises au même état où 
elles étoient avant la dernière guerre; que par conséquent on 
n'y continue pas l'exercice de la religion protestante que l'on 
y a introduite pendant le séjour de la garnison hollandoise, 
et qu'enfin l'on en fasse retirer incessamment les ministres et 
maîtres d'école de ladite religion. Mais, ayant égard à la si- 
tuation présente des affaires, vous ordonnerez au marquis de 
Prié d'exécuter le tout avec modération et douceur, en pré- 
fixant auxdits religionnaires un terme proportionné afin de 
vendre, à leur profit, le temple qu'ils y ont fait bâtir, et 
ordonnant, comme de soy-même et en conséquence des pla- 
cards qu'il y a sur le fait de la religion, que les ministres et 
maîtres d'école sortent incessamment de la province. Et en 
cas que ledit marquis trouvât quelque obstacle ou empêche- 
ment considérable dans l'exécution de tout cecy, je veux et 
ordonne qu'il vous en informe sans délai, pour (piensuite 
vous m'en puissiez donner part. 

A tant, etc. A Vienne, le SC d'avril 1718. 

( Archives du royaume : cliancelleriedes Pays-Bas 
à Vienne, reg. n° 119 , loi. 203.) 



( .'^T^ ) 



CCCLXXXIX. 



Rapport adressé à Marie -Thérèse par le prince de Kainiilz, 
sou chancelier de cour et d'Efut , sur la situation politique , 
tant externe fju'interne, des Pai/s-Bas : l'^iivrii \1{M\ (I). 



Madame, j'eus l'honneur de présenter à Votre Saerée Ma- 
jesté Impériale et Apostolique, au eommencement de ITtiTi, un 
tableau de la situation ])oliti(iue et économique de ses finances 
des Pays-Bas. J'y développai les principes qui nous guident, 
tant dans la surveillance confiée à ce très-liunihle département 
sur la régie du gouvernement, que dans les vues et projets 
d'amélioralion qu'on lui proj)Ose d'ici. J'entrai dans le détail 
des mérites et défauts de celte régie, de l'attention qu'on a ici 
de prôner et louer les uns, et des soins continuels qu'on se 
donne pour corriger les autres. J'eus la satisfaction de démon- 
trer à Votre Majesté qu'en général ses finances étoient Itien 
gouvernées , que leur économie étoil sur un bon pied, et que ce 
qui pou voit s'y trouver de défectueux, n'étoit qu'une exception 
de la règle et n'affectoit pas le fond de la direction, et je ne 
pouvois en présenter de preuve plus convaincante que l'ac- 



(1) Lorsque, en 1757, Marie-Thérèse eut fait cesser l'activité du conseil 
suprême qui traitait , près sa personne , les affaires des Pays-Bas , et trans- 
féré ses attributions à la chancellerie de cour et d'Étal, le comte, depuis 
prince Kaunilz, s'imposa pour règle de présenter à l'Impératrice des rap- 
ports annuels sur la situation de ces provinces. Une partie de ces rapports 
existe aux Archives du royaume Nous avons, il y a longtemps déjà {Ann- 
lectcs belyiques, 1830, pp. 4oo-469^ publié un de ces rapports, et ce n'était 
pas le moins curieux. Nous croyons qu'on lira avec un intérêt égal celui que 
nous faisons connaître aujourd'hui. 



(575) 

croissemcnt des revenus de Votre Majesté, qui, jusquà la fin 
de 176i, alloicnt toujours en augmentant. 

Pour remplir ce plan, que je me suis prescrit moi-même, du 
compte que j'ai à rendre tous les ans à Votre Sacrée Majeslé 
de nos affaires bcigiques, j'aurois dû ajouter à la partie des 
finances la situation politique de ces provinces, tant externe 
qu'interne, les nouvelles lois ou les opérations de la législation, 
l'accroissement ou décroisscment de leur commerce, de leur 
industrie et agriculture, enfin leur état militaire. 

Mais je n'ai pu rassembler, qu'au mois de juillet 1705, les 
notions dont j'avois besoin sur plusieurs de ces objets et sur 
d'autres, comme sur le commerce, l'industrie et l'agricultine. 
Je demande inutilement, depuis plusieurs années, des mémoi- 
res, des tableaux et des états de situation au gouvernement; 
il ne peut pas mcdonncrce qu'il n'a pas lui-même; il ne les \oil 
lui-même qu'en gros: les lois constitutionnelles du pays laissent 
pleine liberté aux sujets sur les détails de leur agriculture, in- 
dustrie et commerce; le gouvernement ne peut en diriger que 
le mouvement général , qui, là comme partout ailleurs, est sou- 
vent traversé et arrêté par de petits intérêts, comme les ja- 
lousies et les rivalités entre province et province, entre ville 
et ville, métier et métier. Cela n'cmpêcbe pas qu'en ne consi- 
dérant les elioses qu'en dernier résultat, on les trouve dans 
un état florissant, et il paroît que la prospérité de la nation a 
commencé une nouvelle période depuis la paix d'Aix-la-Cha- 
pelle de 1748, la politique et le fisc travaillant à l'envi, l'une à 
libérer son commerce des entraves dont le chargent les traités, 
et l'autre à y répandre des faveurs. 

Mais je m'écarte de mon sujet : je n'ai mis ces objets sous k-s 
yeux de Votre Majesté, que pour prouver que je ne pouvois 
pas les traiter en détail dans mon rapport de 1765. L'ensemble 
de toutes les parties qui constituent la situation politique, tant 
externe qu'interne, des Pays-Bas, pendant le cours des années 
1764-65, fera donc la matière de ce présent très-humble rap- 
port. 



( 376 ) 



^Kiiiilioii politique lies Puy.s-Uas vis-à-vis les puissauces 
étraugèrcs. 

Vis-A-vjs LA France. 

De tous nos voisins, celui que nous devons ménager le plus, 
c'est la France, et c'est aussi avec elle que nous avons les inté- 
rêts les plus difficiles à débattre : contestations territoriales, 
matières bénéficiales, objets de commerce et de police, droits 
d(r traite : tout ce qui peut rendre un voisin incommode, la France 
peut nous le faire éprouver. 11 s'en faut de beaucoup pourtant 
que les ménagements que nous avons pour elle, depuis le traité 
d'alliance de 1750, aillent, comme autrefois, jusqu'à une espèce 
de sujétion : de la fermeté sans hauteur, de la dignité sans éta- 
lage, beaucoup d'attention à éviter tout ce qui sent la chicane, 
à se rendre facile sur les petits })laisirs qu'on nous demande, 
à se refuser en échange aux sacrifices qu'on exige, à compenser 
un refus nécessaire par des complaisances qui nous coûtent 
peu, et à éviter, autant que possible, que des affaires domes- 
tiques des Pays-Bas ne tournent en engagement de cour à cour, 
voilà le fond de notre conduite vis-à-vis le ministère de Ver- 
sailles. Il faut lui passer ce qu'on appelle le ton du bureau; ses 
commis ne sauroient encore oublier celui du siècle de Louis XIV, 
et le germe de l'ancienne rivalité entre les deux augustes mai- 
sons fermente encore dans la nation; elle a de la peine à se faire 
aux égards mutuels qu'exige l'alliance. Quiconque négligeroit 
ces observations se tromperoit plus d'une fois dans le jugement 
qu'il porte des procédés du ministère et des ministres de France: 
ce qui paroît annoncer des vues et des intentions de nuire, 
n'est souvent que le langage de l'habitude ou l'expression de 
l'humeur. Ajoutons cependant qu'ils sont aussi peu scrupuleux 
aujourd'hui qu'autrefois sur le choix des moyens; quel'impu- 



( 577 ) 

dcncc n'a jamais passé pour vice dans la nation, et nous aurons 
l'art de négocier avec eux. Les faits que je vais mettre sous les 
yeux de Votre Majesté prouveront l'usage que nous avons fait 
de ces principes. 

De ces objets, j'en rapporterai quelques-uns qui ont clé 
traités de cour à cour, et quelques-uns que le gouvernement 
seul a débattus avec le ministère de Versailles : le même esprit 
les a dirigés les uns et les autres, pour autant que de ceux de 
la seconde classe j'ai pu en être averti à temps. 

Nouveau Cautel sollicité paii la France. 

Le duc de Choiscul, occupé à introduire une nouvelle disci- 
pline, en grande partie moulée sur la nôtre, dans les troupes 
françoises, voyoit avec peine la prodigieuse désertion que ces 
nouveautés y causoicnt. L'expiration du cartel qu'on avoit ar- 
rêté avec la France pendant le cours de la dernière guerre, 
assuroit à ses déserteurs un asile dans les Pays-Bas : il falloit 
donc les en priver, en se ménageant un nouveau cartel avec 
nous. Le duc de Choiscul ne négligea aucun mo) en pour y par- 
venir: on sollicita; aux sollicitations on fit succéder des intri- 
gues et manigances; on se plaignit; enfin on menaça. 

Les sollicitations commencèrent à Bruxelles, passèrent de là 
ici. Le conseil de guerre, consulté sur la convenance d'un car- 
tel, fut d'avis qu'il n'étoit pas de notre intérêt d'en avoir un 
avec la France : les dilficultés que nous eûmes aux Pays-Bas, 
dans le cours de la dernière guerre, pour nous faire rendre nos 
déserteurs, que les oflîciers francois sa voient soustraire à nos 
recherches par toutes sortes de ruses et de manœuvres; les 
embarras qu'ils nous suscitèrent, en prétendant pouvoir fouiller 
jusqu'à nos forteresses, pour déterrer les leurs ; les débats con- 
tinuels qui résultèrent de ces collisions, tout cela me lit croire 
qu'il valoit mieux désobliger le ministère de France une bonne 
fois par un refus, que de se mettre dans le cas d'avoir avec lui 



( •■îTS ) 

cinquante querelles par an. On lui répondit donc par éci'it 
qu'on ne pouvoit se prêter au renouvellement du cartel. 

Ce refus piqua le duc de Choiseul; il nous lâcha des cmbau- 
clieurs qui nous enlevèrent du monde, et à Bruxelles on fil 
pai'oître un chevalier de Saint-Louis, charge dune commission 
si odieuse. Un des malheureux qu'il employoit à ce vilain métier 
fut pris sur le fait par la vigilance du colonel de Charles-Lor- 
raine, et, pendu ensuite de la sentence d'un conseil de guerre. 
A peine l'a voit-on saisi, que le chevalier de Saint-Louis disparut; 
le cas éloit embarrassant; le prisonnier, dans ses interrogatoires, 
donna des soupçons contre le secrétaire de Lesseps, ministre 
de France; je craignis un engagement de cour à cour; je don- 
nai des instructions en conséquence au comte de Cohenzl, mais 
il est apparent qu'eu France on trouvoit le cas trop vilain pour 
s'en mêler, de sorte (jue la partie politi([ue neut pas besoin de 
paroître. 

En échange on accumula plaintes sur plaintes, et on s'exhala 
en reproches contre le gouvernement : on prétendit qu'il favo- 
risoit à dessein la désertion des troupes françoises, que nos 
régiments regorgeoient de déserteurs, et qu'on les employoit 
dans nos fabriijues. On anroit pu se borner à répondre à toutes 
ces plaintes que, n'y ayant pas de cartel qui nous obligeât à 
rendre les déserteurs françois, il devoit nous être libre de 
les engager ou de leur donner de l'emploi dans les manu- 
factures du pays: mais, attentif à éviter tout ce qui pourroit 
causer du refroidissement entre les deux cours, on eut soin de 
répondre en détail à ces plaintes, et on manda au prince de 
Starhemberg qu'il y avoit défense de recevoir dans nos régi- 
ments des déserteurs françois, et qu'il constoit par les déclara- 
tions de plusieurs de nos colonels qu'on n'y en admcttoit point; 
que, quant à ceux qui trouvoient à gagner le pain dans nos 
manufactures, ils étoient en très-petit nombre, et que d'ail- 
leurs le gouvernement ne pouvoit pas se mêler du choix des 
ouvriers de fabricans particuliers, (jui, au I*ays-iîas comme par- 



( •■JTO ) 

tout ailleurs, cloiciil libres dcn prendre de loules les nations. 
Le ministère de France scntoit trop bien lui-même la foi- 
blesse de ses plaintes; mais il falloil Caire du bruit pour nous 
embarrasser, et, eomme ni sollicitations ni plaintes ne pou voient 
rien etTectuer,on passa aux menaces, et, pour s'en ménager loc- 
casion, on remit sur le tapis l'affaire de S'-IIubert. Les débats 
qu'elle a déjà fait naître ont toujours paru si diflieiles, ipi'on 
en a renvoyé l'accommodement d'un traité à l'autre; à cliaiiue 
époque elle a pris une nouvelle face, et dans le fond ce n'a 
jamais été qu'une pure chicane que les François nous font. Ce 
n'est |)as ici la place d'en tracer l'histoire; jen rappellerai seu- 
lement le trait qua saisi le due de Prasiin pour fonder ses me- 
naces. 

En 1738, après bien des altercations cl même des voies de 
fait pratiquées par la France, on arrêta, par une convention, 
!" Qu'on termineroil le différend de S'-Hubcrt par une né- 
gociation amiable; 

2" Qu'en attendant, on ne pourroity établir aucun bureau, 
et qu'enfin 

5" Les choses resteroient provisoirement sur le pied où 
elles avoient été en 1732. 

Etant de la nature d'un engagement provisoire que, lors- 
(ju'après un certain temps l'arrangement définitif auquel il se 
rapporte n'a pas lieu , il vient à cesser de lui-même, le gouver- 
nement éloit en droit, après un laps de temps de 28 ans, et 
après avoir tenté plusieurs fois inutilement d'ajuster amicale- 
ment le différend en question, de rétablir le bureau supprimé 
provisoirement en 1758. Il eut pourtant la précaution de se 
concerter avec notre ambassadeur, le prince de Starhembcrg, 
et ce ne fut que d'après son avis ([u'il rétablit ce bureau. 

La cour de Versailles parut d'abord n'y pas faire grande at- 
tention, malgré que l'évêque de Liège, qui, à cette occasion, crut 
pouvoir renouveler ses prétentions de souveraineté sur Saint- 
Hubert, en avoit d'abord fait grand bruit et y a\ oit opposé une 



y 



( 380 ) 

protestation formelle : mais, au retour de notre ambassadeur de 
Spa à Paris, le duc de Prasiin l'attaqua vivement sur ce bureau 
à deux ou trois reprises; son emj)ortement alla juscjuà nous 
menacer de vouloir le détruire à main armée, et de commencer 
une guerre. Le prince de Starbemberg ne balança pas un mo- 
ment à répliquer au duc qu'on opposeroit la force à la force, 
pour soutenir les droits de Votre Majesté, mais qu'il croyoit 
que le duc, mieux instruit de ces droits qu'il ne paraissoit 
l'être, trouveroit que de pareilles démarches ne convenoient 
pas à des cours alliées. Il eut sur le même objet un entretien 
avec le duc de Cboiscul, qui, quoi(iue d'un ton plus modéré, 
demanda aussi l'abolition du nouveau bureau. 

Le prince de Starbemberg n'eut pas de peine à démêler la 
cause pi'incipale de ces agitations : le local de S'-IIubcrt parois- 
soit aux ministres francois pouvoir favoriser la désertion de 
leurs troupes; il falloit les rassurer sur ce point; on leur fit 
entendre qu'il y auroit moyen de s'arranger là-dessus, de même 
(lue sur les intérêts de leur commerce passant par S'-Hubert. 

Voyant, par le compte (]ue me rendit le |)rincc de Starbem- 
berg de tous ces mouvements, (jue, pour soutenir notre bureau, 
comme un monument de la souveraineté de Votre Majesté, il 
éfoit nécessaire de calmer les esprits, en leur présentant des 
aisances pour le commerce et des dispositions favorables pour 
un cartel propre à arrêter la désertion, je mandai , sur le pre- 
mier objet, au comte de Cobenzl (I), ({u'il falloit absolument se 
prêter à toutes les facilités combinables avec les véritables in- 
térêts du service, et, sur le second, je présentai à Votre Majesté 
le rapport, ci-']oinl subn" /'"", en conséquence duquel elle trouva 
bon d'autoriser Son Altesse Royale (2) à la conclusion d'un 
nouveau cartel avec les Francois. 



(1) Ministre piénipotciuiaire iioiir le gouvenienieiU des Pays-Bas. 
(:2) Le prince Charles de Lorraine, beau-frère de rin]i)éralrice, lieiile- 
nanl, gouverneur et capitaine général des Pays-Cas. 



( 381 ) 

Entre autres raisons qui me déterminèrent à ])ro[)oser ec 
parti à Votre 3Iajesté , éloit cette considération, que cétoil une 
espèce de scandale politique de voir deux cours alliées se con- 
duire comme si l'une trouvoit du plaisir à voir diminuer et 
dépérir les l'orces de l'autre, sans en tirer aucun profit : car 
enfin nous n'enrôlons pas, ou du moins, de l'aveu du gouver- 
nement, ne devrions pas enrôler des déserteurs françois qui, 
par leur indiscipline et leur esprit inquiet et frivole, ne font 
que causer du désordre dans nos régiments, et finissent d'or- 
dinaire par nous emmener du monde en désertant de nou- 
veau. 

Je ne retracerai point ici les différentes phases par lesquelles 
celte affaire, qui n'est pas encore terminée, est passée jusqu'à 
présent; le ra])port ci-joint sous n° 2 les déveloj)pe. J'ajou- 
terai seulement qu'a}ant voulu soutenir, à cette occasion, une 
ancienne prérogative du gouvernement de donner lui-même 
des lettres de ciéance pour ces sortes de négociations, ori a cru 
à Bruxelles qu'il pourroit arriver que toute la négociation se 
rompît pour cette formalité, et on a désiré des pleins pouvoirs 
signés de Votre Majesté. Je leur en ai donc envoyé, mais à con- 
dition expresse de ne s'en servir que lorsqu'il n'y auroit plus 
moyen de faire accepter ceux de Son Altesse Royale, et que dans 
ce cas même on déclarât au général françois que c'étoit {>ar pure 
complaisance, et sans préjudice, qu'on vouloit bien déférer 
cette fois au désir du ministère de France. 

Il résulte de l'exposé que je viens de présenter à Votre Ma- 
jesté de celte affaire, qu'elle a été dirigée d'après les principes 
que j'ai mis pour base de notre conduite vis-à-vis la France : 
il lui a fallu solliciter trois ans pour avoii' un cartel, et nous en 
dictons les conditions. 

On l'a traitée avec plus de rigueur encore dans un autre 
objet qui, entamé aux Pays-Bas, passa ici et devint également 
une affaire de cour à cour. 



( 382 ) 

Al'(;mematio.\ de Duoits suii les Sels de Lokralne. 

Il ëtoit question dune augnienlation de droits sur les sels de 
Lorraine qui se débitent dans la province de Luxembourg; le 
gouvernement, pai' une ordonnance <lu j mai ITfJ'J, les avoit 
j>ortés de IJ) à ù'i sols du cent pesant, sans y assujettir le sel 
venant de Hollande par Cologne et Liège. Cette distinction 
parut l'ra[)pante; elle avoit même en apparence quelque chose 
d'odieux dont on sut se servir avec avantage dans le mémoire 
n" 3, ci joint, que l'anibassadeur de France me présenta sur 
cette affaire. Dans le fond, cette augmentation ne (aisoit (jue 
diminuer les gains des fermiers de la Lorraine; mais la plume 
habile qui avoit rédigé le mémoire de l'ambassadeur sut la faire 
passer pour une disposition qui, sans être utile aux finances de 
Votre Majesté, ne produisoit d'autre effet que celui de |)river 
une cour amie et alliée dune liberté de commerce <pie Ion 
conservoità d'autres États voisins. C'étoit lui doruier le tour le 
plus odieux, et la dénoncer comme une prédilection marquée 
pour les HoUandois et, par conséquent, comme une démarche 
contraire aux principes et vues de lalliance. Je ne pouvoisme 
figurer (juc dans ce sens le gouvernement se la fût |)ermise; 
je lis donc passer le mémoire de l'ambassadeur, par la lettre 
ci-jointe sous n** 4, au comte de Cobenzl, avec ordre de me 
donner des éclaircissements sur ce qui en faisoit le sujet; et 
comme on insistoitsur une réponse prompte et décisive, tan- 
dis (ju'en France on ne se presse pas beaucoup de répondre à 
nos plaintes en pareils cas, je chargeai en même temps le mi- 
nistre de faire former et de m'envoyer une notice des mémoires 
que le gouvernement a fait passer à la cour de France, sans 
avoir eu réponse ni redressement de ses griefs, et je me pro- 
posai d'en faire usage au cas qui; l'ambassadeur insistât trop, 
soit dans cette affaire, soit dans quelque autre, sur une réponse 
prompte et favin-able. 



( 585 ) 

Le comte de Cobenzl me remit , par la lettre ci-joinlc avec 
toutes ses annexes, sous n" a, les notions que je lui avois de- 
mandées. Il n'a pas encore élé question de faire usage de la 
notice en question; mais entre tcmj)s les éclaircissements que 
le conseil des finances a fournis relativement à son opération 
sur le sel de Lorraine, mont servi de fond pour le mémoire, 
ci-joint sous n" G, que j'ai remis au comte de Châtelet, en ré- 
ponse à celui qu'il ra'avoit présenté sur le même objet. 

II est démontré, dans cette pièce, que le surhaussement des 
droits dont il s'agit ne tient à aucun motif de prédilection ou 
d'exclusion, mais qu'il dérive dun des principes généraux des 
tarifs, qui exigent que, pour maintenir sur une denrée ou mar- 
chandise quelconque la concurrence en général, et pour la 
déterminer surtout en faveur de l'espèce de denrée que le 
pays produit, on charge les mêmes espèces étrangères de dif- 
férents droits, selon que chaque espèce, par sa qualité ou par 
son prix, nuit ])lus ou moins à la concurrence des autres, et 
qu'ainsi , comme le sel de Lorraine a , par le bon marché de ses 
frais de production ou d'aflînage, un grand avantage sur tous 
les autres sels, soit étrangers soit ralïinés dans nos propres pro- 
vinces, il a été nécessaire, pour mettre les choses à peu près 
de niveau, de le charger plus que les autres; 

Que, malgré cette disposition, le sel de Lorraine conserve 
toujours un bénéfice considérable sur les autres sels étrangers, 
et l'enjporte même sur nos propres sels dans toute la partie 
méridionale du Luxembourg. 

Enfin on a fait sentir, dans ce mémoire, au ministère de Ver- 
sailles que, comme par l'avantage que le sel de Lorraine con- 
serve, il pourra toujours être débité chez nous, le surhaus- 
sement des droits sur cette denrée ne sera pas aussi inutile à 
nos finances que le comte de Châtelet l'a avancé dans son 
mémoire. 

11 résulte de ces faits et considérations qu'en cette occasion 
le gouvernement n'a rien fait qui soit contraire aux règles des 



( 384 ) 

bons procédés entre deux cours amies et alliées, et j'ai par con- 
séquent lieu de croire que le ministère de Versailles, (jui paroît 
n'avoir fait la démarclie en question que par complaisance pour 
les fermiers du sel de Lorraine, ne remuera plus celte affaire. 

Nous avons eu encore quelques autres différend-^ avec les 
François relativement à la perception des droits d'entrée et 
de sortie sous les deux dominations et au commerce des sujets 
respectifs, mais ils ont été traités à Bruxelles, san> que la cour 
y ait été mêlée directement. 

Je n'ai voulu présentera Votre Majesté que quelques édian- 
lillons de-i démêlés que nous avons avec la France; il seroit 
trop long et peu utile d'en insérer ici tous les détails. Si nous 
ne pouvons pas nous attendre à des complaisances de sa jiart 
en tout ce (jui, intéressant notre commerce, pourroit gêner le 
sien, nous ne lui accordons pas non i)lus des facilités ou des 
bénéfices qui pourroient nous être préjudiciables; et on lui a 
déclaré tout récemment, à l'occasion de quelques difficultés 
survenues à l'égard du transit par les enclavements, qu'il devoit 
y avoir une parfaite réciprocité, sur cet article, entre les sujets 
des deux dominations, et qu'on étoit très-décidé à traiter les 
François chez nous comme l'étoient les Autrichiens chez eux; 
(ju'on soumeltroit par conséquent les premiers aux mêmes 
conditions auxquelles la France assujettissoit actuellement les 
sujets autrichiens, à moins qu'elle n'aimât mieux prendre 
d'autres arrangements avec le gouvernement. 

Instruit d'une déclaration si ferme parla lettre ci-jointe {n°l) 
du comte de Cobenzl, et ne pouvant en méeonnoître la justice, 
j'y applaudis, à la vérité, par ma réponse également ci-jointe 
(n" 8); mais je crus devoir en même temps prévenir le comte de 
Cobenzl qu'il étoit de la prudence d'éviter, dans la négociation 
qu'on venoit de proposer à la France sur le transit par les en- 
claves, de renouveler Taifaire de l'échange de ces endroits, 
parce que, jusqu'à celte heure, je ne vois pas moyen d'en sortir 
avec avantage, non plus que de toute autre contestation ter- 



( 385 ) 

n'toriale que nous avons avec celte couronne, ainsi que la 
observé de même notre ambassadeur le prince de Starbem- 



bcrg. 



Situation politique vis-a-vis la Riôpublique des Provinces- 
Unies. 

Notre système politique vis-à-vis la république des Provinces- 
Unies est en quelque façon indéfinissable : sans avoir renoncé 
formellement aux anciens traités entre nous et la république, 
l'exemple que les états généraux nous ont donné en nous re- 
fusant, en 1756, les secours que ces traités nous assuroient, 
nous autorise néanmoins à nous conduire comme s'ils n'avoient 
jamais existé, et les intérêts non-sculcmcnt des Pays-Bas, mais 
aussi delà monarcbie en général, exigent qu'on évite d'entrer 
en négociation avec les ministres de la république, soit pour 
renouer nos anciens engagements, soit pour en prendre de nou- 
veaux, de quelque nature qu'ils puissent être. 

C'est d'après ces principes que je me suis refusé nettement 
à la proposition de la France de comprendre les Hollandois 
dans le cartel qu'il est question de conclure avec cette cou- 
ronne pour les Pays-Bas, ainsi que j'ai eu l'honneur de l'exposer 
à Votre Majesté dans mon trcs-bumble rapport ci-joint sous 
n" 9. 

Ces mêmes principes m'ont dicté aussi la réponse que j'ai 
donnée à une lettre très-captieuse que le ministre de la répu- 
blique à la cour de Votre Majesté m'écrivit en date du 7 août 
de l'année dernière, et dans laquelle, en se plaignant, sur un 
ton néanmoins des plus honnêtes, de nos arrangements de com- 
merce, et surtout de ceux qui gênent le débit du poisson hol- 
landois dans nos provinces, il chercha avec beaucoup d'astuce à 
m'engager à renouer nos anciennes négociations. Je joins ici , 
sous n" 10, celte réponse, que Votre Majesté a daigné honorer 
de son approbation avant que je l'aye adressée à Burmannia, 



( 386 ) 

et moyennant laquelle je erois avoir évité les pièges que ce nii- 
nislre me tendoit. 

Vn des plus grands avantages que ee système politique nous 
donne, c'est qu'il libère, peu à peu, le commerce des Pays-Bas 
des entraves dont les IloUandois l'ont chargé. Aussi ne né- 
glige-t-on rien pour le relever de sa décadence; mais, comme 
la prospérité du commerce de ces voisins jaloux dépend, en 
grande partie, de lanéantissement du nôtre, il est tout na- 
turel qu'ils emploieront le verd et le sec pour faire échouer 
nos vues. 

Ce qui paroît surtout les avoir alarmés, c'est 1" les gros 
droits que, pour favoriser nos scieries, nous avons mis sur le 
bois scié venant de l'étranger, et 2" les faveurs que nous avons 
accordées à noire pèche renaissante sur la côte de Flandre, 
ainsi que les différentes dispositions qui ont été faites en même 
temps pour gêner, dans cette province, le débit du poisson de 
la pêche hollandoise. 

Cette dernière disposition a occasionné la démarche de Bui'- 
mannia dont j'ai parlé ci-dessus; et, pour nous forcer à révo- 
quer la première, ils défendirent d'abord la sortie des espèces 
de bois que nos scieries, à ce qu'on croit, ne sauroient se pro- 
curer que par la voie de la Hollande , et puis ils menacèrent de 
défendre la sortie de différents autres articles qui nous sont 
nécessaires, et de charger de gros droits nos productions que 
nous envoyons en Hollande. 

Le gouvernement ne fit pas grand cas des prohibitions dont 
les Hollandois firent usage pour faire tomber nos scieries : il 
étoitaisé à prévoir que, si les plaintes des négociants intéressés 
dans les scieries hoUandoises avoient pu effectuer la défense de 
la sortie du bois brut, les clameurs des marchands de cette 
espèce de bois forceroient la république de révoquer celte 
disposition, ou que du moins ceux-ci trouveroient les moyens 
de l'éluder; et en effet le comte de Cobcnzl ma mandé que, 
malgré la défense, un négociant de Rotterdam avoit procuré 



( 387 ) 

à no5 scieries une quantité de bois 'Je Hollande qui suflii'oit, 
j)endantdeu\ ans, à la consommation de nos provinces. 

Mais les nouvelles que le comte de Cobenzl reçut des autres 
dispositions que la republique vouloit faire pour gêner notre 
commerce, parurent l'alarmer, et il me prévint, par la lettre 
ci-jointe par extrait sous n" 1 1, quil auroit besoin d'instruc- 
tions sur le parti à prendre relativement à cette question : s'il 
convenoit mieux à nos intérêts de plier, que de soutenir nos 
dispositions. 

Je ne pouvois qu'être extrêmement surpris de ce langage : 
le conseil des finances auroit péché contre toutes les règles de 
la partie de l'administration qui lui est confiée, si, avant de 
proposer nos arrangements de commerce qui peuvent donner 
de la jalousie aux Hollandois, il avoit négligé de prendre en 
considération et d'évaluer les moyens que cette nation pour- 
roit employer pour traverser nos vues; j'ai même rappelé ce 
devoir au comte de Cobenzl, il y a plusieurs années. La chose 
fut discutée au conseil des finances, et le conseiller de Mullen- 
dorff forma un ouvrage qui devoit absolument me tranquilliser 
sur toutes les dispositions que les Hollandois pourroient vou- 
loir faire par représailles, pour gêner notre commerce. 

Cependant la seule démonstration que les Hollandois firent 
de vouloir en venir à de pareilles dispositions, parut avoir 
porté l'alarme à Bruxelles. Pour faire adopter donc au gou- 
vernement un plan de conduite plus lié et plus conséquent, 
j écrivis au comte de Cobenzl la lettre ci-jointe en copie 
sous n° 12. 

La matière présente donc deux points sur lesquels il étoil 
question d'établir des principes fixes : 

Le premier, jusqu'où la politique nous permet de pousser 
nos démêlés de commerce avec les Hollandois, et le second , si 
les Pays-Bas en particulier ont plus à perdre quà gagner dans 
ces différends. 

Quant au premier point, j'ai cru ne pouvoir donner au 

Tome x"'% ô""" sékif.. 28 



( 388 ) 

comte de Cobenzl, instruit d'ailleurs déjà de notre système 
politique vis-à-vis la république, de meilleures instructions 
que celles que présente ma réponse à Burmannia; je la lui ai 
donc communiquée avec la lettre de cet envoyé, en l'avertissant 
que, si la politique ne nous oblige, vis-à-vis la république, 
qu'aux égards qu'on doit à toute puissance, elle exige d'autant 
plus d'attentions pour les Anglois, et qu'elle veut que, bien 
loin de provoquer cette nation par de nouveaux impôts sur 
leur commerce, nous dissimulions, autant que notre conserva- 
tion le comporte, les entraves dont elle cbargc le nôtre. 

C'est par une conduite pareille que nous pourrons empècliei' 
que la nation angloise ne force son ministère de faire cause 
commune avec la Hollande contre nous; et tant que nous pa- 
rerons ce coup, la république, abandonnée à elle-même, ne 
pourra, pour soutenir son commerce vis-à-vis de nous, qu'em- 
ployer des moyens semblables à ceux avec lesquels nous tâchons 
de relever le nôtre, c'est-à-dire quelle ne pourra opposer que 
tarifa tarif, impôt à impôt; et nos querelles, considérées sous 
ce point de vue, forment le second point de cette matière, qui se 
réduit à celte question : qui des deux parties pourra soutenir le 
j)lus longtemps les incommodités, les privations, les pertes que 
l'interruption du commerce occasionnera? 

La décision de cette question dépend d'une connoissance 
parfaite de tout le détail de notre commerce, et ne peut être 
par conséquent que du ressort du gouvernement, et en parti- 
culier du conseil des finances. A en juger par l'ouvrage de Mul- 
lendorff dont j'ai parlé ci-dessus, on l'a déjà examinée à fond 
et décidée en notre faveur : je n'ai donc pu que m'en rapporter 
sur cet objet aux lumières du gouvernement, en lui indiquant 
les articles qu'il faut surtout bien éclaircir, si l'on croit encore 
avoir besoin des ordres de Votre Majesté sur cette matière. 

En réponse à celte lettre, le comte de Cobenzl me mande, 
par celle ci-jointe par extrait sous n" 13, que Son Altesse 
Royale a beaucoup ap()laudi aux principes poses dans la 



( 389 ) 

mienne; il soutient même qu'il est déjà démontre par l'ou- 
vrage de Mullendorff que, dans tous nos différends de com- 
merce, l'avantage est de notre côté, et que ce n'est que par 
surabondance de précaution qu'il a proposé à Son Altesse 
Royale de consulter de nouveau là-dessus le conseil des 
finances. Mais jusqu'à présent ce conseil n'a pas encore 
rempli cette tâche; du moins n'en suis-je pas encore in- 
formé. 

Situation politique vis-a-vis l'Angleterre. 

J'ai exposé, dans l'article précédent, les principes de ména- 
gement que la bonne politique nous conseille de suivre vis-à- 
vis l'Angleterre, En en instruisant le gouvernement, je lui ai 
néanmoins bien recommandé d'éviter, dans les affaires qu'il 
pourroit avoir à traiter avec cette couronne, tout ce qui poiir- 
roit donner de la jalousie à la France; mais, pendant les deux 
dernières années, il ne s'en est présenté aux Pays-Bas aucune 
où nous aurions pu faire usage de ce système politique. 

. Situation politique vis-a-vis l'Espagne. 

Nous n'avons rien eu non plus à démêler avec l'Espagne; 
cependant il s'en est fallu fort peu que nous n'eussions eu un 
différend avec cette couronne, au sujet des enrôlements qu'elle 
fait dans les environs des Pays-Bas pour recruter ses troupes 
wallonnes. Sur les instances que le ministère de Madrid a faites, 
non-seulement à Bruxelles, mais aussi ici, on a accordé au co- 
lonel qui dirigeoit ces enrôlements, pour le transport de ses 
recrues par la voie d'Ostende, toutes les facilités combinables 
avec la conservation de nos propres troupes et avec les lois 
qui défendent aux sujets belgiques de prendre service en pays 
étranger : mais cet offieier a abusé de notre complaisance , en 
contrevenant aux conditions sous lesquelles on avoit permis à 
ses recrues de traverser nos provinces, et en y enrôlant des 



( 390 ) 

déserteurs françois. Cette dernière eirconslance excita mémo 
des plaintes de la part de la France, et le gouvernement étoit 
sur le point de refuser à cet oflicier toute j)ermission ulté- 
rieure pour le transport de ses recrues, lorsqu'il apprit que 
sa cour l'avoit rappelé, en statant en même temps la levée des 
recrues; et dans ces circonstances, par ménagement pour une 
cour alliée. Son Altesse Royale a fait encore expédier dos passe- 
ports pour le dernier transport de ces recrues. 

Différend avec la Cour de Ro>ie. 

Il n'y a qu'un peu de temps que j'ai eu Ihouneur de rendre 
compte à V^otre Majesté d'un différend (jue nous avons avec la 
cour de Rome, qui a pris fait et cause pour un ecclésiastique 
à qui elle avoit conféré un canonicat de l'église royale d'Aix-la- 
(^liapelle, dont les tribunaux belgi(iues ont adjugé la posses- 
sion à un pourvu de l'université de Louvain, et j'ai en même 
temps exposé à Votre Majesté la nécessité de s'opposer aux vues, 
que la cour de Rome a développées en cette occasion, de s'ap- 
proprier la collation du plus grand nombre des bénéfices si- 
tués aux Pays-Bas, en se réservant celle dont les protonolaires 
apostoliques puremeiil titulaires sont pourvus. 

NÉGOCiATmN avec la Cour Palatine. 

Il y a une négociation ouverte avec la cour palatine relati- 
vement à la terre de Winncndael en Flandre. J'en ai mis l'état 
actuel sous les yeux de Votre Majesté dans mon très-humble 
rapport du 12 du mois dernier; et d'après ce que le comte de 
Cobenzl me marque dans ses dernières lettres, ce différend 
sera terminé aux premiers jours. 



(591 ) 

SniATION VIS-A-VIS DES LlÉfJKOlS. 

Il ne iiic reste qu'à dire un mol de nos démêlés avce les Lié- 
geois. 

Une jalousie ancienne entre Liège et les provinces belgi(]ues 
au sujet du commerce; les enclavemenls des deux Élals et les 
conflits de jurisdiclion qui en dérivent; le droit qu'a l'univer- 
sité de Louvain de conférer nombre de bénéfices dans le dio- 
cèse de Liège; l'exercice de la jurisdiclion épiscopale (ju'a, à son 
tour, l'évéque dans quelques provinces des Pays-Bas, tout cela 
ne peut manquer d'occasionner des contestations fréquentes, 
dans lesquelles la politique des Liégeois clicrchc toujours à in- 
téresser l'autorité de Sa Majesté l'Empereur, et à nous attirer 
à la diète de Ratisbonue et devant les tribunaux de I Empire, 
tandis que la discorde qui règne entre les différents ordres et 
membres de cet évécbé empècbe le prince et ses ministres de 
terminer définitivement le moindre difTérend, ([uand même 
ceux-ci désireroient le faire de bonne foi. 

Pour soutenir, dans des contestations de cette espèce, ics 
droits de Votre Majesté contre les entreprises des Liégeois, on 
a pris pour principe de renvoyer au gouvernemeni, comme des 
affaires domestiques des Pays-Bas, tous les objets dont ces voi- 
sins incommodes clierchent à faire une affaire de cour à cour; 
le gouvernement, de son côté, dans tout conflit de jurisdiction, 
fait agir principalement nos tribunaux, et en fait de commerce, 
comme il n'y a |)as moyen d'arrêter quelque chose de fixe avec 
des gens qui ne sont pas d'accord entre eux-mêmes, il tâche 
du moins, en opjjosant tarifa tarif, de faire redresser ce qu'ils 
établissent au préjudice de notre commerce. 

A cette méthode de traiter les affaires avec les Liégeois je ne 
cesse de recommander au gouvernement d'ajouter certaines 
attentions que des Etats indépendants se doivent réciproipie- 
mcnt , comme de ne pas laisser leurs mémoires trop longtemps 



( 592 ) 

sans réponse (luclcoiuiuc, de faire ces réponses dans un style 
poli, et d'éviter en général tout ce qui peut aigrir encore 
davantage la jalousie nationale entre les Liégeois et les Fla- 
mands. 

Votre Majesté daignera se rappeler que Ton a mis en usage 
ces maximes dans l'affaire de la visite ipic l'évéquc et prince 
de Liège voulut faire dans l'abhayc de S'-Hubert. 

Quelques moines discoles, dont l'un même étoit atteint et 
convaincu d'un vol d'église, s'étant sauvés de celte abl)a}c, 
trouvèrent protection à Rome et à Liège; une partie des 
moines restés à la maison prirent également fait cl cause 
pour eux contre leur supérieur, et les choses allèrent si loin 
que l'abbé fut interpellé pour justifier sa conduite vis-à-vis de 
ses moines, et lèvèque diocésain se proposa même de faire 
une visite en forme dans l'abbaye. 

Le gouvernement, informé des procédés, tant de la cour de 
Rome que de l'évéquc de Liège à cet égard, lit défendre à labbé 
de déférer aux citations devant un tribunal étranger; et quant 
à la visite que l'cvêquc vouloit faire, on lui insinua qu'on ne 
pcrmcltroit jamais qu'il la fit autrement que sur un plaicl du 
gouvernement, et d'après les aulrcs lois et usages des Pays- 
Bas. 

Le prince et évèquc de Liège, <pii ne vouloit pas se sou- 
mettre aux formalités que cependant d'autres évèques étran- 
gers dont le diocèse s'étend également aux Pays-Bas, tels que 
l'électeur de Trêves, l'archevêque de Cambrai, etc., ne font 
pas difliculté de suivre, tenta de faire évoquer cette affaire 
ici, en faisant présenter, à ce sujet, à Votre Majesté même 
un mémoire par le comte de Iloensbroek; mais, sur mon très- 
humble avis, elle daigna en renvoyer la discussion à Bruxelles. 

On l'y a en effet débattu encore quelque temps ; mais les 
moines étant rentrés par eux-mêmes dans leur devoir, l'affaire 
est tombée d'elle-même. 

En tout ceci on a été néanmoins bien loin de disputer à 



( 393 ) 

l'évcque de Liège sa jiirisdiclion en madère de discipline mo- 
nacale; mais on ctoit en droit d'exiger de lui d'exercer celle 
jurisdietion selon les lois et usages des Pays-Bas, et il conve- 
noit d'autant moins de permettre à l'cvèque de iaire (luekjuc 
chose à S'-Hubertqui annonçât une sorte d'indé])endance, que 
ce prince forme des prétentions, (luoique chimériques sur la 
souveraineté de celte terre. 

Indépendamment des prétentions mal fondées que je viens 
de rappeler, les Liégeois en ont affiché d'autres de la même 
espèce, pour éluder le droit qu'a Votre Majesté de faire mar- 
cher ses troupes par le pays de Liège , sans même y faire 
passer au préalable des lettres réquisitoriales. J'ai eu Ihonneur 
d'exposer à Votre Majesté, dans un très-humble rapport du 
5 octobre de l'année dernière, l'origine de ce droit et notre 
possession à cet égard, ainsi que la convenance d'informer de 
ces avantages la chancellerie de TEmpirc et le commissariat de 
guerre, afin que ni lun ni l'autre de ces départements ne fasse 
des dispositions qui croisent les nôtres : Votre Majesté, adoptant 
mon sentiment sur le tout, a trouvé bon d'agréer les démarches 
que le gouvernement a faites pour soutenir une si belle pré- 
rogative. On a cependant, de notre côté, consenti à ce qu'on 
averliroif. à temps la régence de Liège de la marche de nos 
troupes, afin (ju'elles puissent trouver les aisances dont 
elles ont besoin , et on a oiferl aussi de payer les vivres , tant 
pour le passé que [)Our l'avenir, les prétentions des Liégeois 
sur ce dernier article ayant paru fondées sur le litre même que 
nous réclamons en faveur de nos droits : mais ce même titre 
paroît nous assurer gratis le Vorspann qu'on doit donner à 
nos troupes; ainsi nous refusons tout jjayement de ce chef. 

Entre les dillércnds que nous avons eus avec les Liégeois au 
sujet du commerce et des droits de traite, les principaux ont 
pris naissance des dispositions que le gouvernement a faites 
pour favoriser la clouterie que le nommé Marchai a voulu 
transporter du pays de Liège sous la domination de Votre Ma- 



( 394 ) 

jcsté, cl (le rclablissoment trnii noiiviui biircitu des droits 
d'entrée cl de sortie qu'on a place à la Rocliette, inconteslable- 
nicnt de la domination de Votre Majesté dans le pays de Lini- 
boiirg. 

Quant au preniicrde ces objets, non contents de gcnei", autant 
qu'ils pouvoienl, par de nouvelles impositions, nos forges et 
notre commerce de fer, les Liégeois firent même porter des 
j)lainlcs ici contre la conduite du gouvernement; on n'y a cepen- 
dant répondu autrement qu'en les renvoyant au gouvernement. 
Sadiant néanmoins que notre conseil des finances entrepi'cnd 
quebiuefois trop légèrement le soutien de nouveaux établisse- 
ments, j'ai cru devoir avertir le comte de Cobenzl d'être en 
garde par rapport à celui du cloutier Marclial, et d'éviter en 
général de s'engager dans des dispositions (jui pourroient con- 
duire à une interruption de commerce entre les Pays-Bas et 
Liège, dans la(|uelle nous aurions peut-être plus à j)er(lre (juà 
gagner. Le ministre lit, à la vérité, l'apologie des opérations du 
conseil des finances : mais mes craintes à l'égard de l'établisse- 
ment du cloutier Marclial ne sont que trop réalisées déjà; cet 
homme a fait banqueroute, et par là sa manufacture est tombée 
d'elle-même. 

Pour ce qui est du bureau de la Rocliette, son établissement, 
qui gêne extrêmement le commerce des Liégeois dansée canton- 
là, a donné lieu à la mission du tréfoncier comte de Rougravc à 
Bruxelles, pour y négocier sa révocation. 

Son Altesse Royale a rendu compte à Votre Majesté, par la 
relation ci-jointe (n" 14), de ce nouvel établissement et dune 
partie des suites qu'il a eu : mais, comme la matière n'étoit pas 
assez préparée pour que Votre Majesté pût y prendre là-dessus 
quelque résolution, et qu'elle ne l'est pas même dans ce mo- 
ment-ci, je dois différer encore d'en faire à Votre Majesté un 
très-humble rapport détaillé. En attendant, j'ai l'honneur de la 
prévenir que la façon dont Rougrave a entamé sa négociation 
ne vérifie (|ue tro|) ce (pie j'ai observé ci-dessus de la mésin- 



( 395 ) 

Iclligonce qui règne entre ceux qui oui pari au gou\ernemeut 
du pays de Liège, et qui doit néeessairenient empèelier tout 
arrangement définitif avec eux. 

D'abord ce Ircfoncicr insinua qu'il étoit chargé de négocier un 
accommodement amiable de tous nos différends; mais, sommé 
de faire des propositions à ce sujet, il déclara que sa commis- 
sion n'avoit pour objet que la révocation du bureau de la Ro- 
chetle. 

Il y eut une autre contradiction entre ses insinuations et le 
fait de ses commettants. Les Liégeois, d'abord après lélablisse- 
mcnl du l»ureau de la Rochette, menacèrent d'intéresser à 
sa révocation plusieurs puissances, et surtout les Ilollandois; 
mais de Rougrave assura le gouvernement, à son arrivée à 
Bruxelles, que, pendant la négociation, ses commcttanis ne 
feroient aucune démarche auprès des cours étrangères, |)Our 
se plaindre. Cependant, dans le même temps, les Liégeois 
firent présenter à La Haye un mémoire extrêmement fort pour 
ameuter les Ilollandois contre nous. 

Enfin Rougrave est revenu à sa première insinuation, que le 
prince de Liège désireroit s'entendre amiablement avec nous 
sur tous nos différends, et il proposa à ce sujet des conférences; 
mais en dernier lieu il a communiqué au comte de Cobcnzl 
une lettre de son secrétaire de cabinet, par laquelle celui-ci 
marque que ce piince désireroit que, pour éviter les dilïicullés 
et les oppositions qu'il prévoit de la part des états de son 
évêclié, on put concerter, aussi secrètement que possible, 
l'accommodement en question; que ce seroit le comte de Co- 
bcnzl qui en proposeroit le plan, et que ce ne seroit que lors- 
qu'on seroit déjà d'accord ensemble, que l'on communiqucroit 
la chose aux états. 

En tout cela le gouvernement a agi avec toute la dignité et 
modération possibles : non content de témoigner d'être tou- 
jours |)rél à arranger à l'amiable tous nos différends, et en par- 
ticulier celui du bureau de la Rochette. il a même consenti à 



( 396 ) 

la suppression de ce bureau pour uii Icinps, parce ([ue Uougravc 
avoil assure^ que celte comjjlaisancc! avanccroil beaucouj) la né- 
gociation. Mais, en donnant ainsi aux Liégeois pleine mesure, 
on n'a eu garde cependant de consentir à des conférences, sur- 
tout liors de Bruxelles, parce (pTelles seroienl trop disi)en- 
dicuses et, selon toutes les apparences, sans succès , comme 
il est arrivé aulnd'ois, et on n"a pas cru non [)lus devoir se 
charger de la proposition du plan d'accommodement, pour ne 
pas perdre l'avantage de les voir venir. 

Je joins au reste ici deux mémoires (n" 15 et I G) sur toutes 
les allaires qui ont élé traitées à la jointe des terres contestées, 
pendant les années 17G4 et 17G5. 

Législatio.\. 

Jai eu riionneur de l'aire remarquer à Votre Majesté, dans 
mon lapport linal de I7G0, tpren général les lois civiles des 
Pays-Bas étoient fort bonnes, cl qu'il n'y a guère d'objets 
(pfelles n'embrassent, de sorte (ju'il est assez rare qu'on soit 
obligé d'y émaner une loi tout à fait nouvelle. 

Nous avons été néanmoins dans ce cas l'année dernière. Les 
anciennes lois défendoient, à la vérité, aux sujets de passer au 
service militaire d'une puissance étrangère, ou de (piitter leur 
patrie, dans la vue de transporter ailleurs leurs arts, ou de con- 
tribuer à la population de contrées désertes; mais, dans tous 
les autres cas, nulle loi n'cmpcehoit un sujet d'aller s'établir 
en pays étranger. 

On s'aperçut du vide qui se trouvoit dans cette partie de 
la législation à l'occasion du dessein que, vers la lin de l'an- 
née dernière, le comte de Mérode paroissoit avoir formé, de 
transporter son domicile fixe en France. Comme ec cavalier est 
un des chambellans de Votre Majesté, et que par là il est lié 
par un serment particulier à son royal service, on auroit, à la 
vérité, [Hi de ce chef lui défendre d'exécuter son dessein, et le 



( 397 ) 

punir CI) cas de désobéissance; mais on aima mieux envelop- 
|)cr son cas dans une défense générale de quillcr les provinces 
beigiques de la domination de Votre Majesté, pour s'établir 
ailleurs, sans une permission par écrit de Votre Majesté ou de 
son gouvernement général. 

Le placard portant cette défense fut publié le ::20 novembre 
de l'année dernière (!). Les peines qui y sont comminécs sont 
proportionnées au genre de délit que les émigrants commet- 
tent : l'État, qui a des droits sur eux et qu'ils abandonnent en 
enfants ingrats et désobéissants, rompt à son tour tous les liens 
qui pouvoient attaclicr encore 1 emigrant à sa patrie : ce qu'il 
fait en l'en bannissant à perpétuité, en confisquant son bien, 
et en le déclarant incapable de parvenir jamais à aucune 
succession à laquelle il pourroit être appelé par ses anciens 
concitoyens. 

Au reste, le bien général de lÉtat et le repos et l'intérêt 
particulier des familles sollicitoicnt , sur des raisons également 
fortes, l'émanation de celte loi, qui a déjà produit ce bon 
effet, que nous avons retenu dans le pays un cavalier assez 
opulent qui étoit sur le point de le quitter. 

Mais, quelque bonne que puisse être non-seulement celle 
loi, mais en général toutes les autres dispositions de la légis- 
lation, il s'en faut bien qu'elles produisent tout T effet qu'on 
devroit en attendre. 

D'abord les officiers cliargés par état de veiller à l'exécution 
des lois et ordonnances remplissent fort mal leur devoir, et 
rien ne prouve mieux cette triste vérité, que la conduite qu'ils 
ont tenue dans l'affaire de l'ordoimance qui avoit haussé les 
droits de traite sur le sel, et dont j'ai rendu compte à Votre 
Majesté dans le très-humble rapport que je lui ai présenté sur 
la révocation de cette ordonnance. 



(1) Voy. Placards de lirabanl, t. X, p. 5:21, et Placarda de Flandre, 
livr. VI, p. 1720. 



( 598 ) 

A la négligence des olliciers de justice et de police se joint 
la facilité qu'ont les transgresseurs des lois d'éluder la peine 
qu'ils ont méritée, en jetant des doutes sur la publication de 
la loi, et il y a en effet peu de procès où il n'y ait en niènie 
temps des procédures aussi longues que dispendieuses sur la 
question si le placard qui doit décider l'affaire a été publié 
ou non avec toutes les lormalités requises, ou, ce qui pis est, 
on met en question si, malgré la publication, la loi a été ob- 
servée ou point, et cette non-observance équivaut aux Pays- 
Bas à une abolition de la loi. 

Cependant le peu d'cllicacilé de nus lois ne dérive pas d'un 
défaut de règlements sur les devoirs des olliciers de justice et 
de police, ou d'un défaut de précaulioÉis pour s'assurer de 
leur ()ublicati()n , mais il arrive à ces sortes de dispositions 
même ce qui arrive aux lois dont on veut assurer l'exécu- 
tion , c'est-à-dire, elles sont à peine émanées, ([u'on leur con- 
teste la publication ou Icdjservance; et tant que les officiers 
de justice pourront impunément négliger de faire observer les 
lois qui regardent la clio-e |)ublique, il ne faut pas espérer 
qu'ils respecteront mieux les règlements (pii concernent leur 
ministère en particulier. Je n'en raj»porterai qu tin seul exem- 
ple, qui suffit pour décider du sort qu'auront tous les règle- 
ments de cette espèce. 

On émana, le i28 novembre I7.j5, un placard sur la publi- 
cation des édits et oi'donnances, et les |)i"écautions qu'on y prit 
paroissoient plus que suffisantes pour assurer cette partie 
essentielle des lois. En voici les points essentiels : il est enjoint 
à tous les cliefs- officiers de justice d'adresser, dans le terme 
d'un mois, aux fiscaux de leurs départements, une relation 
bien détaillée de la publication qu'ils auront faite des placards 
qu'on leur aura envoyés directement. 

Les officiers subalternes sont obligés d'adresser une relation 
pareille, dans le terme de quinze jours après la [)ublication 
des ordonnances, aux officiers principaux, et ceux-ci doivent 



( 599 ) 

joindre oetio rclalion à celle qu'ils feront aux fiscaux, lesquels 
ils doivent en même temps informer si et (juels oflleiers subal- 
ternes sont restés en défaut de faire le rapport dont ils sont 
eliargés. 

Les fiscaux, de leur eôté, doivent, six mois après l'émana- 
tion de chaque j)lacard, envoyer au conseiller commis aux 
causes fiscales des conseils privé et des finances une liste des 
endroits où le placard aura été publié, et une autre de ceux 
où il ne l'aura pas été; et on commine enfin une amende de 
2o florins contre les ofïiciers, tant principaux que subalternes, 
|)our chaque contravention à cette ordonnance. 

L'attention que l'on y a eue d'établir non-seulement un ofli- 
cier de police contrôleur de la conduite de l'autre, mais de 
domier la surveillance sur tous à un membre des conseils col- 
latéraux, qui est lui-même sous les yeux du représentant; la 
facilité que les relations ordonnées donnent de convaincre les 
transgresscurs de leur désobéissance, tout cela paroissoit de- 
voir assurer le but de la loi. Cependant lorsque, fainiée der- 
nière, il étoit question dune contravention à l'édit d'amortis- 
sement qu'on vouloit justifier par la non -publication de la 
loi, le conseil privé dut convenir, dans l'extrait de protocole 
ci-joint sous le n° 17, que le placard de 17.')5 étoit déjà tombé 
dans l'oubli, sans pouvoir néanmoins suggérer d'autre remède 
que la réimpression et republicalion du même placard. C'est 
en effet tout ce qu'on fait aux Pays-Bas en pareilles occasions; 
et, si l'on y édicté rarement des lois nouvelles, rien en 
échange n'y est plus commun que cette republication des lois 
anciennes; mais j'en ai déjà remarqué ci-dessus l'inutilité, 
tant et si longtemps qu'on ne parviendra pas à faire obéir les 
oHiciers de justice. Cet esprit de subordination est d'autant 
plus difficile à introduire, que le mal auquel il est question de 
porter remède tient à la constitution du pays, et en fait un des 
principaux vices. 

Ce n'est donc qu'en rectifiant la source d'où coule ce mal 



( 400 ) 

qu'on peut espérer de le guérir, cl je ne néglige assurément 
aueune oecasion pour introduire là-dessus de bons principes 
dans le gouvernement, ainsi que je lai fait encore dernière- 
ment dans les termes les plus énergiques, à l'occasion de la 
révocation de l'ordonnance sur le sel. 

Si la jurisprudence que Ion suit aux Pays-Bas en matière 
civile et de police a des vices et des défauts, celle qui regarde 
la matière criminelle n'en est pas exempte non plus. 

La poursuite des malfaiteurs vagabonds à la campagne, la 
procédure qu'on institue contre eux, et leur punition, sont 
confiées à des tribunaux particuliers, parmi lesquels les ofllces 
du drossard de Brabant et du prévôt général de lliôtel sont les 
|)rincipaux. Les criminels, dans les villes closes, et ceux (pii 
ont un domicile fixe ailleurs, sont soumis, dans les villes, à 
la jurisdiction des magistrats, et, au plat pays, aux seigneurs 
hauts justiciers. Les olïiciers de justice et de police connus sous 
le nom iVauunan, mayeur, drossard, etc., sont partout la 
partie publique ou acteurs d'office , et l'on suit, et pour le fond 
et pour la forme des procès criminels, encore en grande par- 
tie, les lois édictées par Charles-Quint sur cette matière. 

Votre Majesté daignera se rappeler les terribles abus qu'à 
loccasion de l'affaire du jjrévôt de l'hôtel de l'Escaille, on a 
découverts dans la partie de l'administration de la justice cri- 
minelle qui étoit confiée à cet officier : l'un des principaux 
éloit que les accusés n'avoient j)our juges que le prévôt, qui 
est en même temps partie publique, avec un autre juge qui, 
sous le nom d'assesseur, étoit en même tems membre du tri- 
bunal du drossard du Brabant. Cet assesseur étoit donc pro- 
prement le seul juge impartial des criminels, et l'expérience 
n'a que trop fait voir à combien d'abus un système pareil d'ad- 
ministration de justice est sujet, lorsqu'un homme violent et 
injuste s'y trouve à la tète. 

On a remédié à cet abus, en nommant un assesseur parti- 
culier pour l'ollice du drossard en Brabant, et en statuant 



( 404 ) 

que, lorsque le prévôt et son assesseur seront d'opinion diffé- 
rente, ou qu'il pourra être (jueslion de peine de mort, ils 
assumeront l'assesseur de l'oflice du drossai'd, pour assister 
au jugement et y donner sa voix. 

Je joins ici, sous n" 18, le règlement qui fixe non-seulement 
ce point important de la procédure criminelle, mais on y rec- 
tifie aussi les autres parties de cette procédure, dans lesquelles 
on a découvert quelque défaut ou irrégularité (I). L'office du 
drossard du Brabant étoit monté à peu près sur le même pied 
que celui du prévôt de l'hôtel , et sujet par consécjucnt aussi 
aux mêmes abus et inconvénients, auxquels on a cherché à 
parer par des règlements analogues à ceux qui ont été émanés 
sur la procédure de ce dernier tribunal. 

Jusqu'à présent on n'a |)as porté, autant que je sache, des 
plaintes contre les autres tribunaux qui jugent les vagabonds, 
et je croirois que, dans les villes closes , où il y a un magistral 
dont du moins une bonne partie est composée de personnes 
([ui ont des études, et dont on doit connoître la probité avant 
de les nommer à leurs places, la justice criminelle en général 
ne seroit pas mal administrée non plus, si je pouvois me per- 
suader que la partie publique, ou les officiers de police, sont 
plus exacts et plus vigilants dans cette partie, qu'ils ne le sont 
dans les autres devoirs dont ils sont chai'gés. 

Mais ce qui doit donner absolument une mauvaise idée de l'ad- 
ministration de la justice criminelle au plat pays, c'est qu'elle 
est confiée aux seigneurs hauts justiciers. Cette triste préro- 
gative, dont ils sont néanmoins extrêmement jaloux, est si oné- 
reuse pour eux, que l'on a vu des gens réduits à vendre leur 
seigneurie pour payer les frais d'un procès criminel; et des 
cas pareils doivent naturellement intimider d'autres, et les 



(1) Règlemeul du 13 octobre 176i. Voy. Placards de B râlant , t. IX , 
p 70, et Placards de Flandre, liv. VI, p. liTl. 



( 402 ) 

induire à laisser échapper des malfaiteurs, plutôt que de sex- 
poser aux frais du procès et de rexécution. 

La sûreté des citoyens, la vindicte publique, le bon ordre, 
tout réclame contre une constitution pareille, dont l'expé- 
rience journalière fait voir !a foiblcsse, les dangers et les 
abus; j'ai cru, en conséquence, de mon devoir d'inviter le 
comte de Cobenzl à s'occuper sérieusement des moyens de 
pourvoir eflicacemenl à une partie aussi importante de l'ad- 
ministration supérieure, et je lui ai suggéré en même temps 
l'idée d'établir, pour le plat pays de chacune de nos provinces, 
un seul tribunal ambulant, composé déjuges éclairés , intègres 
et assez bien salariés pour pouvoir sacrifier tout leur temps à 
la besogne qu'on leur confieroil. Le ministre est convenu avec 
moi de l'existence des abus et des bons effets qu'on doit atten- 
dre du remède que je lui ai indiqué, et qu'il croit d'autant 
plus j)raticable que déjà, dans le Franc de Bruges, la justice cri- 
minelle ne se fait pas aux dépens des seigneurs, mais aux frais 
de tout le public, et que par là le crime y est puni sévère- 
ment, comme il doit lètre. Il m"a donc promis de faire former 
un projet pour l'exécution de mes vues; mais d'autres affaires 
le lui ont apparemment fait perdre de vue. Il n'est assurément 
pas sans difliculté; mais je ne le crois pas impossible, et je le 
rappellerai au souvenir du ministre. 

Un autre objet également important dans la jurisprudence 
criminelle, dont je me suis occupé avec lui, c'est la recherche 
des moyens de supprimer la torture ou question et la marque, 
sans affoiblir par là les ressorts de la justice criminelle. 

La question , comme tout le monde sait, fait souvent succom- 
ber l'innocence sous la violence des tourments, que de vrais 
coupables soutiennent; on ne s'en sert pas en Angleterre, sans 
qu'il en résulte aucun inconvénient notable, et s'il y en avoit 
même, ils ne sont pas à comparer avec les tristes effets qu'elle 
j)roduit là où elle est en usage. Quelques cas connus, arrivés 
en France de nos jours, révoltent l'humanité, et doivent faire 
trembler tout juge qui la prononce contre un accusé. 



( 405 ) 

La marque, en retraïuhaiil un coupable de la soeiélé sans 
fournir à sa subsistance, doit nécessairement faire d'un 
homme vicieux un voleur ou assassin, qui exj)ie ensuite sou 
crime à la potence ou sur la roue. C'est peu connoitre la valeur 
des hommes, que de se mettre dans le cas de devoir les dé- 
truire, tandis qu'il y auroit eu peut-être moyen de les corri- 
ger; et ceci on pourroit l'efTectuer en substituant à la peine de 
la marque celle d'être enfermé dans une maison de correction 
destinée à des travaux utiles à la société. 

Le ministre m"a [)romis de faire entrer la discussion de ces 
deux objets dans le projet sur l'administration de la justice 
criminelle dans le plat pays dont j'ai parlé ci-dessus. L'aboli- 
tion d'abus pareils feroit une époque digne du règne bienfai- 
sant de Votre Majesté, et j'y donnerai, en conséquence, toutes 
les attentions que la matière mérite. 

Au reste, j'ai I honneur de lui présenter, ci-joint, sous n" I !> 
et 20, la correspondance que j'ai là-dessus avec le ministre, 
ainsi qu'une notice de toutes les ordonnances et édits en ma- 
tière civile et de police qui ont été publiées pendant le cours 
des deux années dernières. 

Outre les dispositions dont j'ai parlé ci-dessus, cette notice 
en contient de fort sages sur l'agricidturc qu'on a faites dans 
la province de Namur. 

On a autorisé les états de Namur à partager dans le terme 
de six mois, et à louer pour le terme de trente-six à quarante- 
cinq ans, les communes de cette province, qui à présent ne 
produisent qu'un mauvais gazon , et le prix des nouveaux baux 
est destiné au payement des charges publiques de cliaque com- 
munauté, pied qui étoit déjà introduit auparavant dans la pro- 
vince de Hainaut. 

Pour peu que l'on connoisse l'économie rurale, (|ui l'ail la 

base de la population, et celle-ci la force de l'État, on sentira 

les grands avantages que doit produire, dans tous les Pays-Bas, 

le partage et l'endos de ces vastes communes qui, pour appar- 

TOMF. x*"', S""*^ SÉRIE. 29 



( an ) 

tenir ii la géncralitc, n'attircnl les soins de personne en parli- 
eulier. C'est à des arrangements pareils qne lAngleterrc doit 
ec point de perfection où elle a porte la cnllure de ses terres; 
mais ce qni a empêché jusqn'à présent d'antres nations de sui- 
vre en grand cet exemple, c'est, outre l'opposition ([n'éprouve 
tout établissement contraire à une ancienne routine : 

1° La diftîculté d'assigner à chaque membre de la commu- 
nauté la portion qu'il peut réclamer de ces vains pâturages, à 
raison des autres facultés qu'il possède ; 

2" Les procès qui doivent naître nécessairement des diffé- 
rends qne toute espèce de partage occasionne, et qui augmentent 
lorsque les droits des manants sont mêlés à ceux des seigneurs, 
ou lorsque plusieurs communautés ont droil de pâturage sur 
une même commune. 

On a fait, à Namur, des dispositions fort sages sur l'un cl 
l'autre de ces points. 

En louant au profit de toute la communauté les vains pâtu- 
l'ages, après qu'on U'^ aura divisés en petites parties, on pré- 
\ ient la grande difllculté d'assigner à chaque membre sa paît 
en nature; et comme ces baux sont à un terme fort long, le 
locataire cullivera le fond (ont aussi bien que pourroit le faire 
un propriétaire. 

Quant aux procès qui pourroient naître, malgré la précau- 
tion que je viens de relever, le gouvernement, sans toucher 
aux droits d'un chacun, a déjà établi une espèce de commis- 
sion, composée de quebiues membres du conseil de Namur, 
(jui doivent décider sonnuairement, sans forme ni figure de 
procès, toutes les contestations (|ue l'arrangement en ((uestion 
engendrera. 

l-n inconvénient tout aussi nuisible aux pi'ogrès de l'agri- 
culture que le sont les communes, c'est le droit qu'ont les 
seigneiu's ou les communautés de faire paître le bc'tail sur le 
fonds des particuliers, ce qu'en Autriche on aj)pelle /iliint- 
siieli : cela empêche non -seulement qu'un cbacun puisse en- 



( 405 ) 

clore son héritage, mais oblige même de l;iisser en jachère 
les fonds qu'on pourroit cultiver avec bien plus d'utilité. 

On a fait encore, dans la province de Namur, sur cet objet, 
un règlement dans lequel , comme l'on n'a pas pu donnera 
l'agriculture toute la liberté qu'elle devoil avoir, on a du moins 
diminué le nombre des bonniers qui par charrue doivent res- 
ter en jachère; on travaille de plus, dans cette province, à tirer 
parti pour les campagnes des immondices de la capitale; enfin , 
pour y encourager la culture des bois, on a mis les nouvelles 
plantations de niveau avec les anciens bois, qui sont affranchis 
de toute imposition et cotisation dans les rôles des coniniu- 
naulé>i. 

Politique iNTEn.\E. 

La politique, qui, en général, n'est que l'intelligence des 
véi'itables intérêts d'un État et Ihabileté de les manier, est 
aux Pays-Bas l'art de mettre les droits de la couronne à l'abri 
des incursions des états et den reculer les limites, sans em- 
piéter sur les privilèges de la nation. 

Tout art a ses principes. Celui dont je viens de présenter la 
définition doit également avoir les siens; je les ai mis sous les 
yeux de Votre Majesté dans plusieurs de mes rapports, et je 
les ai fait connoître au gouvernement à mesure que les affaires 
m'en fournissoienl des occasions. Les dépêches de Votre Ma- 
jesté en abondent; ma correspondance avec le ministre en con- 
tient les développements : mais l'exercice de ces principes sup- 
pose un plan de conduite réfléchi cl ferme, d'après lecpiel les 
récompenses et les châtiments, les faveurs de la cour et ses 
disgrâces, ses distinctions et ses refus, les charges, les bien- 
faits, les lois, les encouragemenls des arts et du commerce, les 
protections, en un mot toutes les actions, tous les pas et tous 
les mouvcn)ents de l'administration supérieure, devroient être 
calculés sur le bien du service de V^olre Majesté, et subordon- 
nés à la loi générale des véritables intérêts de la monarchie. Il 



( 406 ) 

est des cas, il est des moments où l'application littérale de ces 
maximes est, ou très-difiicile, ou impossible; mais ces cas il 
faut les passer comme des excej)tions, et nullement comme 
une abolition de la règle; la somme totale des actions du gou- 
vernement doit toujours y être conforme. Et pourquoi l'admi- 
nistration supérieure n'auroit-elle pas un plan de conduite 
stable, tandis que les états, les magistrats, les communautés, 
paroissent avoir chacun son système d'indépendance? Ce n'est 
pas qu'ils veuillent se soustraire à la condition de sujets : bien 
au contraire, ils sont tous persuadés qu'ils ne sauroient désirer 
un gouvernement plus doux que celui dont ils ont le bonheur 
de jouir. Mais c'est précisément parce qu'ils lui coniioissent ce 
caractère, que chacun est tenté den abuser, et (|uc tous veu- 
lent se rendre maîtres de la partie d'administration qu'ils ont, 
ou usurpée, ou su se ménager et s'a[)proprier. La douceur de 
l'indépendance et les intérêts privés font naître, il est vrai, 
de pareilles dispositions d'esprit, de pareilles prétentions et 
de pareilles entreprises dans |)resque toutes les sociétés civiles; 
cependant la police générale veille partout à les réprimer: 
mais, aux Pays-Bas , gênée par les vrais privilèges de la na- 
tion, elle s'est accoutumée à en respecter même les abus, et 
cette habitude est reçue dans le gouvernement comme un 
principe d'administration, qui donne le ton à toutes ses ac- 
tions; de là le relâchement général de la police, que mille 
faits attestent, l'inexécution des lois les plus salutaires, contre 
laquelle on n'a proposé jusqu'à cette heure d'autre remède 
que la republication des mêmes lois. L'impunité de ce qui 
blesse l'ordre général , dont la seule afîaire du sel peut servir 
de preuve irréfragable; la crainte de désobliger les états, qui 
arrête souvent les dispositions les plus utiles et fait suppri- 
mer les vues les plus salutaires. En un mot, tel est l'esprit du 
gouvernement, tel est celui des états : tandis que ceux-ci se 
soutiennent, par système, dans une offensive perpétuelle, l'au- 
tre n'a quasi nul plan de défensive; des lieux communs luiser- 



( 407 ) 

>ciil de règle : de io'd loinps , tlil-oii , les éluts ont êlè un peu 
difficiles; cependant on en a toujours tiré ce qu'on a voulu. 
Dabord mille faits réclament contre cette sentence, et puis il 
est tout au plus vrai que les états ont fait moins de mal qu'ils 
ont empêché de bien. On ne doit ni les dépouiller de leurs pri- 
vilèges, ce qui blesscroit la foi d'un serment solennel, ni les 
priver de leur administration, ce qui seroit contraire à leur 
possession : mais du moins ne doit-on pas respecter, comme 
des privilèges, toutes les prétentions, souvent téméraires, 
«pi'ils avancent; du moins Votre Majesté peut et doit-elle faire 
éclairer leur administration , pour savoir si elle est bonne ou 
mauvaise. Mais toute disposition qui tend à un pareil but 
elfraie plus le gouvernement (ju'elle n'affecte les états mêmes, 
dès qu'il prévoit qu'on ne peut, sans emj)loyer la vigueur, la 
mettre en exécution , et qu'il ne sauroit se résoudre à employer 
celle vigueur vis-à-vis de gens qu'il a pris l'habitude de mé- 
nager, de flatter, de craindre. Peut-être entre -t-il d'aulres 
motifs dans celte manière de gouverner : mais ce qu'il y a de 
bien sûr, c'est que, tanl qu'elle subsistera, il sera impossible 
de redresser la police relâchée, de remettre les lois en vigueur, 
de maintenir l'ordre public; cl par conséquent tout projet ou 
de réformation ou d'amélioration ilcvient inutile, parce ((ue, 
sans police, sans lois cl sans subordination à Tordre public, 
on ne peut en exécuter aucun. Votre Majesté étoit d'intention 
de faire revivre l'ordonnance sur le sel; elle a prescrit, dans 
la dépêche sur le dénombrement de Luxembourg, des mesures 
vigoureuses à prendre pour (juc cette opération, aussi juste, 
aussi nécessaire qu'utile, ne soit plus arrêtée par les contra- 
dictions des états; ces mesures sont fondées sur des maximes 
que Son Altesse Royale avoit rapportées et détaillées elle-même 
dans ses relations, et malgré cela, ces deux dépêches lui ont 
causé \çs plus vives sensations, et elle paroissoil en regarder 
le contenu comme un ouvrage du bureau, et nullement comme 
rcxpression des volontés de Votre Majesté. Ces tiaits suftiscnl 



( ^08 ) 

sans doute pour prouver que, tant que cet esprit subsislern, 
on ne peut rien entreprendre de S}slëniatique, et qu'il faut se 
contenter de conduire les affaires, l'une après l'auti-e, aussi 
bien qu'on pourra. 

Telles sont les affaires entamées avec les états de Brabanl 
sur leur comptabilité; avec les états de Ilainaul, sur leur ges- 
tion dans les moyens courants de la province; avec les états de 
Namur, de Luxembourg, de Limbourg, sur de nouveaux dé- 
nombrements; en général toutes celles que nous aurons à 
débattre avec des états. La jointe des administrations munici- 
pales s'en occupe, } travaille avec zèle, et remplit avec dis- 
linclion les vues de son institution : mais il faut, sur tous ces 
objets, s'attendre à des didicultés de la |)ait des élals; et si, 
lorsqu'ils en feront et (jue d'ici on diia au gouNcrnement, 
comme on a fait à l'égard du Ijixembourg, (ju'il faut les rejeter 
si elles ne sont pas fondées, il veut ne pas prendre ce parti 
juste et nécessaire, uniquement parce (piil désobligeroit les 
étals, alors il est tout simple qu'il n'y aura plus moyeu de 
rien faire. 

l'crsonne n'ignore (juc ces sortes d'affaires sont de leur na- 
ture sujettes à des embarras; il s'en présente de pareils dans 
tous les gouvernemenls du monde, mais il y a une grande 
différence des diffu-ullés qui naissent de la cbose même, à 
celles qui ne tiennent qu'à des considérations personnelles : il 
faut avoir le courage de rejeter celles-ci, et des principes 
d'équité sur les autres. Cest là le seul moyen de les aplanir 
toutes. 

Il se présente, par exemple, une difliculté sur la comptabilité 
des états de Brabant. On les a tant pressés de rendre des 
comptes en règle, qu'à la fin ils en ont présenté le premier. 
Selon les ordres de Votre Majesté, ces comptes dévoient por- 
ter sur les aides, subsides et imj)ôts. Les états, sans doute 
dans le dessein de ebicaner le terrain, n'ont pas formé un 
compte séparé des aides. Les commissaires du gouvernement 



( iOî) ) 

chargés de ramlitioii de ces toinples, oui deniaiidc s'ils dé- 
voient insister sur la l'onnalion d'un eoniple séparé pour les 
aides. On a mûrement examiné cette question; et ne sachant 
pas juger, au travers des ténèbres qui couvrent celte branche 
de revenus, si elle est à Votre Majesté ou à qui, et s'il n'y 
avoit pas plus à [)crdre qu'à gagner en voulant la mettre au 
clair, on s'est décidé à ne pas insister sur un compte séparé. 
Voilà donc une dilliculté qui naissoit de la chose même. Bien 
loin de trouver à redire au parti (pi'a pris le gouvernement, 
on ne peut qu'y applaudir; mais s'il ne l'avoil pris que pour 
ne pas déplaire aux états, il seroit tombé dans le cas des consi- 
dérations personnelles, et on n'auroit pas cru ici pouvoir lui 
passer cette complaisance. Tel estres})!il de direction d'ici; plùl 
au ciel qu'on voulût aux Pays-Bas en reconnoître la pureté! 

Je ne parlerai point, dansée très-humble rapport, delà partie 
des finances : le comj)lc que j'en rendi'ai [)our l'année courante 
ne sera que plus détaillé, si, pendant son cours, je peux enfin 
obtenir l'état des linances dont j'ai depuis longtemps envoyé le 
modèleaux Pays-Bas. En général mon rapport final n'est qu'un 
exposé de ce qui s'est passé et de ce qui est entamé pour Fax c- 
nir. C'est un tableau dans lequel je cherche plutôt à peindre 
l'esprit qui dirige, que les objets dirigés; ceux-ci vont leur 
train dans le cours de l'année, et le compte que j'en rends doit 
être plutôt un sonmiaire des plus importantes d'entre elles, 
qu'un protocole détaillé de toutes celles qui se présentent. Il 
n'échoit pas de disposition sur ces objets : ainsi je ne dois les 
mettre sous les yeux de Votre Majesté , que pour qu'elle puisse 
d'un coup d'oeil en saisir l'ensemble. 

Votre Majesté jugera, ])ar tout ce que je viens d'avoir l'hon- 
neur de lui exposer, si j'ai rempli cette tàclie pour la partie 
politique et civile. J'en userai de même pour la partie des 
finances l'année piochaine, et j'en reprendrai l'histoire de 
répo(|ue à hmucllc je l'ai laissée dans mon rap|iort pour !7(}'i : 
ce qui fera un cours d'à peu près trois années. Selon le ju-e- 



( 410 ) 

iiiicr j)l;m d'un ifipporl final, je dcvrois, h l;i vérité, Iriiitcr 
tontes ces parties à la l'ois; mais la besogne est forte, et. 
coninie je Tai déjà fait observer j)Uis d'une fois, les notions 
néecssaires me manquent très-souvent, quoique je sois atten- 
tif à les demander de bonne lieure. 

Si dotic Votre Majesté daigne l'agréer, je diviserai à l'ave- 
nir ee très-humble rapport de façon qu'une année je traiterai 
la partie politique et civile, et l'autre celle des finances; son 
roval service certainement n'y sauroit rien perdre : car toutes 
les affaires qui entrent dans ce rapport sont déjà faites, et ont 
reçu la sanction i\i\ trône, ou sont à faire et seront rapportées 
chacune séparément à Votre Majesté, ou, nétant pas eneoi'e 
susceptibles d'une décision souveraine, sont |)ré[)arées par ma 
corresj)ondance avec le ministre, eorrespondanec qui fait 
l'organe principal de ma direction. 

Votre Majesté trouvera , dans les extraits des rappoits et des 
dépèches que j'ai Ihonneur de mettre sous ses yeux , un narré 
succint des affaires qui ont été expédiées dans le coui's des 
années 1764 e( I7(i5. Cétoit à la présentation de ces cahiers 
(lu'autrefois on bornoit le compte (ju'à la lin de chaque année 
on rendoit à Votre Majesté de la situation des choses. 

Kau.mtz RriTitiiiu;. 

ViL'iiiif, lo 1-i avril 1760. 

// est écrit à lu inar(je, de la iiuiut de Maric-Tltércsc : 

L'ouvrage est immense et, en même tems qu'utile, très- 
agréablemenl représenté. C'est la raison pourcjuoi je l'ai arrêté 
si longtems, voulant au moins le parcourir, pour pouvoir vous 
en marquer avec d'autant plus de fond tout mon agrément. 

[Paraphe de r/inpéra(rice.) 

(Oiigiiial, aux Archives du royauiue : cliaiicelleiic 
des Pays-Bas à Vienne.) 



ill ) 



cccxc. 

Deux lettres de Uiujuet : la première au secrétaire d'Etat 
Henri de Cruinpipen, oii il se plaint de la cuntrefovou 
(fu' on fait de ses ouvrages à Bruxelles et à Malines, et des 
tracasseries de la douane d'Oslende; la seconde au comte 
de lielgiojoso, ministre plénipotentiaire pour le youverne- 
ment des Pays-Bas , oif il exprime le désir de s'établir 
dans ces prorinces , en obtenant des lettres de naturalitc et 
de noblesse : (î mars 1785 et lu jtiillcl 178'J. 



I. .%u Sicerétairi' il'i:(it( ilc Criiiii|iipeii (1). 

Loitdics, ce 6 mars 1785. 

^ Monsieur, vous avez dû recevoir, la semaine dernière, le 
|ta(|uet que jai pris la liberté de vous adresser, et qui conte- 
iioil les Mémoires sur la Bastille. Vous pouvez maintenant 
juger des égards avec lesquels j ai traité ce sujet aussi cruel 
(jue délicat. J'ose me llatter qu'il n'y a point d'homme honnèlc 
(jui ne me sçache gré tout à la fois d'avoir dévoilé les horreurs , 



(1) Après sa sortie de la lîaslille , en J782, Liiiguel élail revenu à 
lîi'uxelles. Au mois de septembre de celle aiuiée, il annonça au prince de 
Siaiiieniberi,' qu'il allait partir pour Vienne, où l'Empereur lui avail 
permis de se rendre: au lieu de cela, il prit le chemin de l'Angleterre j 
afin d'y faire imprimer ses Mémoires sur la Bastille , (jui parurent au 
commencement de 1785. 



( 4i2 } 

et de ii'avoii- rien donné à In vengennce, dans une matière où 
il auroil été très-dilïleile de me blàtiicr, si je m'y étois livré. 

Ayant ainsi répondu aux désirs que Sa Majesté l'Empereur 
m-'a manifestés en me reeommandant la eii-conspection , je 
devois peu m'attendrc à dcu\ espèces de désagrémens, ef 
même de vexations, que j'éprouve en ce moment dans un 
j)aïs de sa domination. 

La première, c'est la hardiesse et la mulli[)li('ité des con- 
trefacteurs ((ui se déclarent ouvertement à Bruxelles, à Ma- 
lines, etc., et qui vont réimprimer les Annales, sans pudeur 
comme sans obstacles. Autrefois le S' Boubers, de Bruxelles, se 
permettoit bien cette piraterie; mais c'étoit en secret : aujour- 
d'hui je viens de voir son successeur Le Francq annoncer son 
brigandage tout simplement dans les Afliches de votre ville; 
j'en ai reçu plusieurs exemplaires; un nommé Ilenick (1) en 
fait autant à Malines, à ce que Ion m'écrit. Je n'aurois pas 
cru qu'il fût permis en Brabant ni ailleurs de faire servir les 
papiers publics autorisés par le gouvernement à faciliter le 
succès d'un pareil vol (!2). 



(I) Haiiicci. 

(i) Le prince <le Slaiheinheiii consulla le [)r()Ciuvur général de lira- 
baiit, el ensuite le comte de Neny, clief cl président du conseil privé, sur 
ce qui se pouvait faire pour donner satisfaction à Linguet; voici la noie 
(jue Nény remit à ce sujet au secrétaire d'État : 

n II est certain (jue la conduite des imprimeurs de Druxelles et de 
Malines à l'égard dft la réimpression des Annales de M. Linguet présente 
un brigandage et une vraie piraterie, (|ui doit frustrer cet écrivain labo- 
rieux et éclairé d'une partie du fruit de son travail. Mais quel moyen 
y a-t-il d'empêcher eCTicacement celle piraterie? On peut interdire aux 
imprimeurs d'ici de réim|)rimer un ouvrage sans permission; nos lois sont 
positives à cet égard : mais (ju'en résultera-t-il? On voit, par le rapport 
du procureur général de lîrahanl , qu'on conlrefail déjà à Liège, oii nous 
n'avons rien a dire, l'inquession des Annales de M. Linguet; et si l'on en 



( ^J3 ) 

Permeltc'z-moi, monsieur, de vous lïtire une ol)sorva(ioii 
encore plus essentielle. D;ins le temps où il était encore pro- 
bable que je ne changerois pas de séjour, Sa Majesté, en 
m'assurant de sa protection, avoit désiré, si je voulois coïKi- 
nuer à écrire, que je me soumisse à une censure; le gouverne- 
ment de Bruxelles a été le dépositaire de ses intentions à cet 
égard. Seroit-il possible que ce gouvernement voulût dis- 
penser d'un joug auquel jaurois été assujetti, des gens qui 
ne prennent ma livrée que pour me voler? 

Je suis incapable d'abuser de ma liberté; mais eux ne \n'u- 
vcnt-ils pas abuser de leur licence, qui est déjà par elle-même 
un abus criminel"? El si quelque; ennemi adroit les corrom- 
poit, pour dénaturer mon travail; si on les engageoit, par ruse 
ou par fraude, ou jiar séduction, à insérer dans leurs léim- 
prcssions des cboscs capables de comj)rometlrc , ou moi , ou 
des personnes que je respecterai toujours, je vous prie, mon- 
sieur, de réflécbir sur ce qui en résulleroit. Il se passcroil un 
temps infini avant que j'eusse pu me justifier. Comnicnt même 
pourrois-je me justifier? 

Ainsi, si je suis, comme assurément je le serai toujours, 
circonspect, bonncte, réservé, ces pirates en recueilleront 
tout le fruit; si à leur vol ils joignent Tinfidélilé ou des mé- 
prises, j'en courrai tous les risques. Mon bonnêteté ne sera 



inlerdisoil la réimpression ici, on conlreferoil cerlaincnienl l'original à 
Maestricht ou ailleurs dans les terres de Hollande. Alors le bénéfice de la 
réimpression se trouveroit en pays étranger, sans aucun avantage ni pour 
M. Linguet, ni pour nos provinces. Toutes ces réflexions se trouvent dans 
le rapport de M. le procureur général ; et après les avoir pesées avec M. de 
Fierlaut, nous ne trouvons pas de moyen d'y remédier. Je l'ai mandé 
ainsi à M. Lifiguet le 22 de ce mois , en réponse à une lettre qu'il m'avoil 
écrite à ce sujet. S'il jieut nous suggérer «[uelque moyen praticable de lui 
faire du bien , je pense que le gouvernement se prêtera à l'adopter. 
>' Uruxelles, le :26 avril I78."5. » 



( il4 ) 

utile (juc pour eux, et leur prévariealion iie sera daugcreuse 
que pour uioi. 

Je vous prie, uiousieur, de vouloir bien peser ces observa- 
lions, et de les mettre sous les yeux de Son Altesse le prince 
minisire (I). Ses bontés pour moi me font espérer qu'il voudra 
bien cbercber et trouver un moïen de me garantir de celle 
nouvelle sorte de persécution. Il me répugne dimportuner 
Sa Majesté d'un objet sur le(|uel un seul signe de nîonscigncui' 
le prince de Stliaremberg sufllit pour m'a^surer une pleine 
satisfaction. 

Je seais bien ([ue je pourrois prendre un privilège ; mais 
cela même auroit des inconvéniens : vous les devinez sans 
peine. Je ne demande ici (pie celui que la police assure en 
tout pais à tout liomme (|ui le traverse ou s'y établit : c'est 
de n'y être ni volé ni assassiné. En envoïant mes Annales 
dons les Pays-Bas, sans privilège, je ne manciuc à rien, dès 
que ce qu'elles contiennent n'en blesse |)as les loix : mais 
Le Francq et ses complices, en les réimprimant sans |)rivilégc, 
niancpientà ces loix qui le leur inlerdisenl. 

Ce que j'altens donc de l'équité du gouvernement de 
Hi'uxclles, cest qu'on leur défende sérieusement de les réim- 
primer sans privilège, parce que c'est de leur part une j)ré- 
varication, et que, s'ils demandoient ce privilège, on le leur 
refuse, parce que ce seroit une injustice; et par toute ma 
conduite, tant que j'ai été sous vos yeux, monsieui', je crois 
n'avoir en aucun sens démérité de l'administration dont vous 
êtes l'organe. 

L'autre contre-lems que j essuie vient de la douanne d'Os- 
tende. L'agent que j'ai établi dans cette ville me marque qu'on 



(I) Le prince de Slarheniberg, miiiislie |ileiii|i'jterili;tiir |»uui le j^oii- 
venieiuenl des Pavs-I3as. 



( 415 ) 

exige un droit de chaque exemplaire des Annales qui passe 
par cette ville. Le directeur de la poste vient de même me 
tracasser; il prétend qu'il a un droit exclusif sur la distribu- 
tion , et même sur ma confiance. Moi oui ne l'ai jamais connu , 
qui ne l'ai vu qu'une fois, il veut que je l'annonce au public 
comme étant mon plus cher correspondant et le dépositaire 
de toutes mes affections! 

Je ne conçois rien à cette dernière prétention : je crois bien 
que je réussirai à m'en débarrasser tout seul; mais celles de 
la douanne, j'ai absolument besoin de votre secours. J'ose 
vous prier, monsieur, de vouloir bien obtenir de Son Altesse 
que la régie me laisse une frandiise qui ne lui nuira pas 
beaucoup, puisque presque tout ce que j'adresse à Ostendc 
ne peut y devoir que le transit , ou bien qu'on iixe une rede- 
vance quelconque au nio'ien de laquelle mon agent ne soit 
plus sujet à une inspection qui cause des retards, des avaries 
et des pertes en tout sens. 

Rien de tout cela n'avoitlieu autrefois, quand j'ai commencé 
à écrire d'ici. Mes sentimens Sont les mêmes pour le pays et 
pour les personnes qui l'habitent : je ne vois pas pour (pielle 
raison les procédés changeroient. 

Je suis, avec un respect dont je vous prie de faire partager 
les assurances à M. le chancelier, votre frère (I), 

Monsieur, 

Votre très-humble et très-obéissant serviteur. 

LlNGUKT. 



(I) .loscpli (le r,i'um|ii|toii , eliiinct'lier du conseil de l'iabani, frère .lîiie 
lin s('( relaiie (rKlal. 



( 416 ) 

II. 4ii Comte «le Reli$lojo»iO (I). 

Londres, ce 13 juillet 17S'». 

Monsieur le coinle, je ne poiivois recevoir (rassuranocs 
plus (laiteuses et plus tranquilisantcs que celles qui m'ont 
été données, le 2 de ce mois, de la part de V^otre Excellence, 



(1) Celle lellre élail accompagnée d'une autre lettre de la même date , 
écrite on ne voit pas à qui (la suscriplion y manque), mais certainement 
à quelqu'un qui avait la confiance du ministre plénipotentiaire. Dans 
celle-ci, Linguet exprime ouvertement le désir (|ue l'Kmpereur fasse 
demander direclement au roi de France, par son ambassadeur à Paris, la 
permission de l'allacher à son service : » D'abord, dit-il, celle démarche 
>■• me seroit honorable. Je sçais bien qu'elle n'est pas absolument néces- 
» saire pour les lettres de naturalité dont je parle à Son Excellence, mais 
« elle les rendroit plus flatteuses el plus respectables , ainsi que le diplôme 
» dont je parle aussi, dans le cas oii Sa Majesté se détermineroil à me 
.' l'accorder. De plus, j'y Irouverois un double avantage : ce seroit un 
» abri contre toute espèce de tentative de la part du dangereux adver- 
» saire que sa propre injustice m'a donné; ce seroit aussi lui titre plus 
» précis à la protection de Sa Majesté dans la poursuite de mes affaires 
>) civiles. Devenu son sujet, sans être déserteur de la France, il n'y 
.. auroit plus de crédit qui osât, dans le royaume, essayer de me fermer 
.> l'accès des tribunaux. Enfin à cette acquisition Sa Majesté gagneroit 
» peu; mais, en France, on commenceroil peut-être à soupçonner qu'on 
" auroil perdu queUpie chose. » 

Quelques jours après avoir écrit cette lettre, Linguel revint aux 
Pays-Bas; il reçut probablement du ministre un accueil qui lui fit con- 
cevoir de grandes espérances, car il loua, pour s'y établir, une maison 
située entre Marly et Trois- Fontaines , le long du canal de Bruxelles à 
Willebroeck. Il retourna, au mois d'août, à Londres, afin d'y emballer 
ses meubles el ses effets, el, le 22 septembre suivant, il dél)ar(pia à Os- 
lende. 

Cependant le comte de Belgiojoso avait rendu compte, le 5 septembre, 
au chancelier de cour et d'Ktal prince de Kaunilz, des démarches de 



( 4i7 ) 

par M. le secrétaire dÉtal. Je l'ai prié, mardi denner, de 
vouloir bien vous marquer combien j'élois sensible à ces té- 
moignages d'estime et de bonté. Je m'acquitte aujourd'hui 
moi-même de ce devoir. Je prie Votre Excellence d'agréer 
mes sincères remercîments, et d'être persuadée de ma vive 
reconnoissance. 

Je n'ai différé à faire usage de la facilité qu'elle avoit la 
bonté de me donner, que pour pouvoir joindre aux ouvcr- 



I, inguet, en lui rappelant qu'il avait déjà eu l'bonneur de lui proposer de 
faire l'acquisition de cet écrivain (ce sont les termes dont il se ser- 
vait dans sa dépêche). Il se montrait on ne peut plus favorable aux désirs 
de l'auteur des Annales, et demandait même que les lettres de naluralilé 
et le diplôme de noblesse sollicilés par lui lui fussent délivrés graluile- 
menl. il exaltait « le zèle et le courage avec lesquels il avoit plaidé la 
" cause de l'Kmpereur de son chef et sans y avoir été invité; « il insislait 
sur Vutililé et la convenance d'acquérir M. Lingttet, et de se l'attacher : 
' Quelque tort, disait-il, qu'il puisse avoir eu, surtout dans ses véhé- 
"^ menées et dans ses variations , fort pardonnables peut-être à un homme 
» qui paroît avoir éprouvé réellement des injustices et des persécutions, 
il est certain qu'il a l'ait preuve d'un zèle ardent et soutenu pour S. M.; 
» que c'est un homme d'esprit infiniment instruit, qui a un talent rare , 
» un style unique dont les tournures et la plume persuadent singulière- 
» ment [sic) : il est proi)re à tous les ouvrages qui peuvent intéresser un 
'^ gouvernement ; et , sans parler des ressources que l'on trouveroit en 
» lui pour la rédaction des déclarations, mémoires ou manifestes que la 
» cour pourroit désirer, ou être dans le cas de faire publier, je ne sortirai 
» même pas de l'intériein- du gouvernement, pour trouver la nécessilé et 
') la convenance d'employer M. Linguet. Votre Altesse sait qu'on n'abonde 
» pas ici des bonnes plumes {sic), et que le style connu dans le gouver- 
» nement est plutôt un style d'affaires qu'un style ministériel : il seroit 
» donc bon parfois, et suivant la nature des affaires à traiter minislé- 
" riellement, d'avoir à la main la ressource d'un rédacteur habile, qui , 
» attaché pour le fonds aux instructions qu'on lui donneroil, seroit à 
■> même de donner, quant à la tournure, le vernis qui persuade souvent 
' mieux que la raison. >> Le minisire proposait, pour Linguet, soit une 
chaire de professeur d'éloquence , soil la charge de conseiller hislorio- 



( 418 ) 

turcs qu'elle paroissoil désirer le mémoire que voici. Elle y 
verra une perséculiou d'un genre aussi nouveau que les dé- 
tails en sont étranges et certains. La première jnarque de 
bonté que je crois pouvoir lui demander, d'après ses invita- 
tions, c'est de vouloir bien faire parvenir à Sa Majesté le 
paquet cy-joint qui contient un exemplaire du même ouvrage, 
et de lui en rendre un compte qui la détermine à emplowr 
quelcjucs-uns de ses moments à cette lecture. 



graphe de l'Empereur, après qu'o/( l'aurait fait recevoir à l'Académie 
comme membre; il pensait qu'on pourrait lui allrihuor un Irailenient 
(lo 3,000 à 5,o00 florins. 

Kaunilz. (il rapport là-dessus à l'Empereur le 2i septembre. Tout en 
(léclaranl (lu'il désirait, autant (|ue le minisire, qu'on put s'attacher Lin- 
}<uet, et qu'il était persuadé qu'en bien des occasions ses talents seraient 
utiles, il ne s'y montra pas aussi engoué de lui que Belgiojoso l'avait lait. 

Josepii II aposlilla le rapporl de son chancelier dans les termes sui- 
vants : > Il faut éviter, de toute façon et autant qu'on pourra , de ne pas 
>) attirer cet homme dans le pays. Sa plume est déjà trop connue pour 
» é'tre vénale et fertile en paradoxes, pour que tout ce qu'il puisse 
>^ écrire puisse faire eft'et dans le monde. Ainsi vous instruire/ M. lîel- 
•> giojoso qu'il agisse en conséquence, et tâche de détourner Linguet de 
» s'établir aux Pays-Bas, en lui fai.sant entrevoir qu'il courroil risque 
» d'être redemandé par la cour de France à la première occasion et de 
» lui être délivré : ce qu'il ne risqueroit pas en .\ngleterre. » Signé Joseph. 

Des raisons (pie nous ne connaissons pas firent toutefois revenir l'Em- 
pereur de cette résolution. Le 10 mars i786, il accorda à Linguet des 
littres de naturalilé, fondées sur « le zèle qu'il avoil déjà montré en 
' plusieurs occasions pour son service. ■> Le 22 du même mois , il signa 
an dii»lôme qui l'anoblissait, eu égard au même motif, et de plus v. à la 
• considération qu'il s'éloil acquise, tant par ses différentes productions 
" littéraires que dans l'exercice de la profession d'avocat. « Les armoi- 
ries qu'il lui donna étaient d'azur, à deux plumes d'argent, posées en 
sautoir, au chef d'argent, à trois langues de gueules, l'écu surmonte 
d'un casque d'argent, décoré d'une couronne d'or, avec la devise Decus 
et tutamen. Joseph II n'eut pas à se féliciter, dans la suite, de ces faveurs 
(|u"il avait prodiguées au fougueux et versatile écrivain. 



C 419 ) 

D'après mes malheurs, d'après les caluninies et les coups 
d'aiilorité dont je me suis vu rol)jel dans ma patrie, d'après 
des mancuvres et des insinuations que je ne puis que soup- 
çonner, mais desquelles je ne puis cependant douter, il m'im- 
portoit que les faits fussent une bonne fois éelaircis définiti- 
vement. Il m'importoit de prouver au souverain à qui depuis 
longtemps mon cœur s'est donné, que si mon empressement 
à saisir l'occasion de le convaincre de mon zèle et de mon 
dévouement a pu lui inspirer pour moi quelque bienveillance, 
rien de tout le reste ne m'en a rendu indigne, ou pluslôt que 
tout le passé me donne quelques droits à sa protection. 

D'après cela, monsieur le comte, je répondrai plus hardi- 
ment, et avec moins d'embarras, aux instances infiniment 
obligeantes que m'a fait M. le secrétaire d'État, de la part de 
Votre Excellence, pour m'engager à l'instruire de mes vues 
et de mes désirs pour l'avenir. 

D'abord vous souhaitez de savoir si mon intention est de 
me fixer dans les Pays-Bas, et d'y fixer irrévocablement mon 
domicile. Oui, monsieur le comte, j'y suis très-déterminé. Je 
ne les aurois même jamais quittés, si j'y avois dans le temps été 
mieux connu. Ce n'est que dans le désespoir de parvenir à m'y 
faire mieux connoitre que j'avois pris le parti de me fixer ail- 
leurs. Aujourd'hui qu'on m'y rend justice, et que mes vrais 
senlimensy sont apprécies, rien ne peut suspendre davantage 
1 inclination qui me porte à vivre dans les États d'un souve- 
rain que j'ai toujours aimé, admiré, autant que respecté. Ainsi 
c'est un point décidé, autant que l'exécution n'en dépendra 
que de moi. 

Vous avez la bonté de me faire demander (juelles seroient 
dans ce cas les marques d'approbation, les encouragemens 
ou les faveurs qui pourroient me flatter. La première, mon- 
sieur le comte, et celle qui pour mon cœur comprendroit, 
vaudroit presque toutes les autres, ce seroit de n'être plus 
Tome x'"% 3""= série. 30 



( 420 ) 

t'iranger pour ces pays ipic j'adopferois , ce seroil d'en èlre 
adopté à mou tour. i\[ais je désirerois, puisque vous voulez 
que je vous pailc franclienient , ({ue mou arrivée cl mon 
séjour y fussent honorables : ce qui résuiteroit , d'un coté, des 
Ici Ires (le nalii rallié , si Sa IMajesté vouioil l)ien m'en accorder, 
et de l'autre, d'un diplôme quclcon(iue , qui deviendroit une 
marque ostensible de ses dispositions à mon égard, cl pour 
moi une espèce de consécration particulière à son service. 
Sur tout le reste, monsieur le comte, je n'ai point de vœu 
à former. Je n'ai aucune espèce d'ambition. L'habitude d'une 
vie retirée, un caractère dont celle du malheur a peut-être 
durci la fermeté, l'âge qui s'avance, ne me permettent point 
d'aspirer à aucun emploi, dont il est très-incertain d'ailleurs 
(|ue j'eusse les talens. Si, d'après la dernière tentative que je 
fais aujourd'hui, j'obtiens en France une justice quelconque, 
ma fortune remplira tous mes désirs. Si j'en avois un à former 
en ce moment, ce seroit celui d'une résidence qui pût, ou dans 
l'intervalle me rendre moins à charge l'attente de l'événc- 
ment, ou su|)pléer à certains égards au succès, en cas que les 
iniquités passées fussent confirmées en France par une nou- 
velle envers moi. C'est ce qui m'avoit engagé à proposer , il y a 
deux mois, l'affaire de 3felle (1). Il s'y est trouvé des obsta- 
cles : si l'on pouvoit les lever; si, soit sur cet objet, soit sur 
quelque autre du même genre, on pouvoit , sans inconvénient, 
me donner les facilités qui d'abord m'avoient flatté, je les 
acceptcrois avec reconnoissance. 



(1) Linguel denuiiuliiil qu'on lui codai l'usage d'une luulie (hi Iwliniciit 
el, du lorrain du priourosupprinné do Molle, situé en Flandre, sur la route 
de liruxelles à Gand, en se cliargeanl (\o la rcparalion du Ijàliment : ce 
ipii, dans sa manière de voii', aurait tenu lieu do loyer. Le comte de 
IJolgiojoso trouva dos diflicullés à ces arrangonienis , el les lui lit coni- 
prondi'O. (Lctlrede l^elgiojoso au princedo Kaunilz,du ô septeml)ro 1785.) 



( 421 ) 

Dans tous les caS, monsieur le comlc, ma rclraile nescroit 
pas une prétention à roisivctc : d'après les dispositions de 
mon cœur, je crois que vous voudriez bien être mon garant, 
auprès de Sa Majesté, que ma solitude ne m'empèchcroit pas 
d'être à ses ordres, et que mon inaction ne dureroit qu'autant 
que je manquerois d'occasions de lui être utile. 

Je suis, avec un profond respect. 

Monsieur le comte, 

De Votre Excellence le tiès-liumblc et très- 
obéissant serviteur, 

LlNGUET. 

Voici, monsieur, ce que j'ai Ibonneur d'écrire à Sa Majesté: 

« Sire, le défenseur de l'Escaut n'est encore connu de 
Votre Majesté que par son zèle : le mémoire que je prends la 
liberté de lui adresser lui en développera la conduite, les 
infortunes, les droits et l'fnne, s'il m'est permis de le dire. 
Si elle daigne le lire jusqu'à la fin, elle y trouvera, j"en suis 
sûr, plus d'un sujet de surprise et d'émotion. 

ï J'ignore quel en sera le succès : mais, quel qu'il soit en 
France et quant à mes intérêts pécuniaires, il en aura un 
grand pour ma cause, s'il peut contribuer à m'assurer l'estime 
et la protection de Voire 3Iajesté. 

« Si elle croioit pouvoir montrer qu'elle s'y intéressât, la 
réussite en seroit incontestablement plus prompte et plus cer- 
taine : il lui seroit facile de créer des inoyens qui lui en 
donneroient le droit. D'ailleurs le ministère de France est 
bien intervenu dans la justice que Votre Majesté vouloit rendre 
à l'Escaut : quand je n'aurois d'autre titre auprès d'elle que 
mon attachement, l'évidence de la justice de mes répétitions 
et le bonheur de l'avoir servie, la protection dont elle m'bo- 
noreroit ne seroit-clle pas plus naturelle ({ue la tracasserie 



( 422 ) 

dont on la menaçoil il y a huit mois? Mon véritable adversaire 
en ce moment est bien réellement celui qui l'étoit alors de 
l'Escaut. Il seroit digne de Votre Majesté de le forcer à reculer 
dans une occasion comme dans l'autre. 

» J'implore à cet égard ses bontés. Quelque parti qu'elle 
prenne, je la supplie d'agréer les assurances du profond res- 
pect avec lequel je suis, 

De Votre Majesté 

Le très-humble, très-obéissant et dès à présent 
de cœur le très-fidelle sujet, 

LiNGUET. 

( Originaux autographes, aux Archives du royauuie: 
Secrétairerie d'Etal et de guerre.) 



FI,> Dr TOME UIMli.Mt DE I.A TROISUiMi; SlilUE. 



TABLE 

DES MATIÈRES DU TOME DIXIÈME. 



Séance du II novembre IS(i7. 

l'aies. 

Adoption du procès-verbal i 

Envois d'ouvrages par MM. les Ministres de l'intérieur et de la jus- 
lice, l'Institut archéologique de la province de Luxembourg, 
et M. Leva, professeur d'histoire à l'université de Padoue. . . i 

Accusés de réception du directeur des collections scientifiques à 
Gotha, de l'Acadéniie royale de Belgique, et lettre de M. Gachard 
concernant ses recherches dans les archives de l'Italie. . . . ib. 

Bureau paléographique. — Envoi, par M. Van Bruyssel, de deux 
tables de documents relatifs à l'histoire des villes , communes, etc., 
qui existent dans le fonds Le Gandèle, à la Bibliothèque royale. 5 

État de l'impression de la Table générale, rédigée par M. Van Bruyssel, 
des notices sur l'histoire nationale, publiées depuis 1850 . . . ib. 

Table CHRONOLOGIQUE DES Chartes ET Diplômes i.mprimés concernant 
l'Histoire de la Belgique. — État de l'impression du deuxième 
volume ib: 

Liste des ouvrages dépouillés par M. Wauters 4 

Collection des Chroniques. — Ëlat de l'impression du tome V de 
la Chronique de Jean d'Outremeuse et de celle de Brandon. . . ib. 



( 424 ) 

Comminicaho.ns. — OHie de M. MiclielaiU de communiquer le texle 
de deux inveiiktires de meubles, etc., apparlenaiU h Marguerile 
d'Aulriclie el à Cliarles-Quint r> 

(iorrespondanoc de 'l'orrenlius avee le nonce Octave Frant^ipaiii 
(communiquée par M. Reusens, professeur à l'universilé de Lou- 
vain) 3, 7 

Renseignemenls fournis par M. le docteur Hoffmann, de Hambourg, 
au sujet d'un volume qui renferme des détails sur les relations 
d'Adolphe, duc de Holstein, avec la cour d'Espagne, le cardinal 
de Granvelle et le cardinal Albert 3 



Séance du janvier 1868. 

Ouvrages offerts a la Commission. — La Société archéologique de 
Namur; le Cercle archéologique du pays deWaes; le Comité fla- 
mand de France 60 

Correspondance. — Lettre de M. le Ministre de l'intérieur sur la 
demande de M. de Potier d'un exemplaire de la Table chronolo- 
gique des diplômes ih 

Bureau paléographique. — Réponse de M. Van Rrujssel louchant 
son dépouillement du fonds Le Candele ib. 

Invitation à M. Van Bruyssel de fondre les trois analyses qu'il en a 
faites 01 

Ajournement de la résolution à prendre touchant les notices histori- 
ques insérées dans les Revues belges ib. 

Table chronologique des Chartes et Diplômes imprimés concernant 
l'Histoire de la Belgique. — État de l'impression du deuxième 
volume; liste de nouveaux ouvrages dépouillés par M. Alpb. Wau- 
ters . ib. 

Fonds des Chroniques. — Envoi à M. le Ministre de l'intérieur de 
la situation au 51 décembre 1867 65 

Communications. — Lettre de M. Gachard sur ses recherches dans 
les archives de Milan, Cènes, Florence ib- 

Publication, projetée par M. Piot , du cartulaire de l'abbaye de Sta- 
velot 04 

Envoi, par M. Michelant, d'une partie des inventaires des meubles 
et joyaux de l'archiduchesse Marguerile et fie Charles-Quint. . ih. 



( Am ) 



CoMMUiNiCATiOiNS. — Deux Cliroiiiquos inéciiU's, (.lis aniiéi's 1:261»- 
1271, conlenant lu géiiéuloiiic de Cliarlemagne, des ducs de 
Lolliaringie ol de Bral)anl. (Par M. HoriDans , membre de la Com- 
mission.) (jf 



Séance du juillet iSfiS. 

Reniercîments de M. Gachard el de la Commission à M. le baron 
Kervyn S7 

Ouvrages offerts a la Commission. — M. Jules Borgnet; la Société 
archéologique de Namur; la Sociélé des sciences, des arls et des 
lettres de Hainaut; le Cercle archéologique du pays de Waes; le 
Comité flamand de France; la Société historique pour la Fran- 
conie inférieure et AscbafTenbourg ; la Société historique pour le 
grand-duché de Hesse ib. 

Correspondance. — Lettre de M. le Ministre de l'intérieur envoyant 
un ouvrage de M. Habets; remerciments 88 

Lettre de M. le secrétaire perpétuel de l'Académie faisant connaître 
le désir de la Société historique de Châlons-sur-Saône de recevoir 
le recueil des chroniques des ducs de Bourgogne, désir que la 
Commission accueille 89 

Bureau paléographique. — Rapport de M. Van Bruyssel : mise en 
ordre des notes concernant le fonds Le Candèle; travail sur les 
chroniques nationales manuscrites existantes à la Bibliothèque 
royale; recherches au grefTe du tribunal de Nivelles Ht. 

Résolution prise sur les deux premiers objets et sur l'impression de 
la Table des notices historiques insérées dans les Revues. . . 90 

Table CHRONOLOGIQUE des Chartes et Diplômes imprimés concernant 
l'Histoire de la Belgique. — Envoi, par M. Alph. Wauters, du 
deuxième volume el lettre qui l'accompagne ib. 

Satisfaction exprimée par la Commission 93 

Mission littéraire en Italie. — Rapport verbal de M. Gachard sur 
la mission dont le gouvernement l'a chargé en Italie 94 

Publication des Chroniques et des Cartulaires. — État de l'im- 
pression du Carlulaire de Cambron; désir de M. de Smet de voir 
quelqu'un chargé d'en dresser les tables 96 



( 426 ) 

l'ublicalion du Carlulaire de Nivelles proposée par M. Pelil ... 97 
Hésolution de la Commission ih. 

Communications. — I. Notice d'une oolleclion de documenls con- 
cernant le comté de Chiny qui est conservée dans les archives 
départementales de la Moselle, à Metz. (Par M. Gachard, membre 
de la Commission. ) 99 

H. Notice d'un manuscrit de la Bibliothèque de la ville de Metz 
renfermant la coriespondance de Philippe 11 avec don Cristoval 
de JMoura, relative à la succession et à la conquête du royaume 
de Portugal. (Par le même.) 145 

Séance du li octobre 186S. 

Dépêche de M. le Ministre de l'intérieur annonçant la nomination , 
en qualité de consul de Belgique aux États-Unis, de M. Ernest 
Van Bruyssel, chef du Bureau paléographique 151 

Arrêté royal accordant à M. Van Bruyssel démission de ses fonctions 
de chef du Bureau paléographique 152 

Délibération sur le maintien ou la suppression de ce Bureau . . . 135 

La Commission se prononce pour sa suppression 134 

Séance du 9 novembre 1868. 

Correspondance. — Dépêche de M. le Ministre de l'intérieur trans- 
mettant un arrêté royal qui supprime le Bureau paléographique . 133 

Dépêche du même Ministre touchant le désir du gouvernement fran- 
çais d'obtenir pour M. Beaune les Joannis Molani hislorke Lova- 
niensium libri XIV 13G 

Autres dépêches minisléiielles en matière de comptabilité. . . . 157 

Regrets et remercîments de M. Van Bruyssel ib. 

Publication , par M. Desplanque, d'un recueil de chartes inédiles an- 
térieures au xiiii^ siècle ib. 

Ofl'res de MM. Bormans et Devillers pour le dépouillement des Car- 
tulaires ib. 

Proposition de M. Emile Varenbergh touchant l'exploration des ar- 
chives et des bibliothèques d'Angleterre 158 



( 427 ) 

l'agcs. 

Hommage , par le Cercle archéologique de Mons, du lunic Vil de ses 
Annales lî>9 

Table chronologique des Chartes et Diplômes imprimés concernant 
l'Histoire de la Belgique. — Mise sous presse, par M. Wauters, 
du 5« volume ib- 

Liste de nouveaux ouvrages dépouillés par lui ib. 

Affaires intérieures. — Délibération sur quelques points concer- 
nant l'organisation de la Commission 160 

Collection des Chroniques et des Cartulaires. — Rédaction, par 
M. Deviilers, des tablesdu cartulaire de Cambroii ib. 

Division , eu deux parties, de ce cartulaire f^- 

Prochain achèvement du tome M de la chronique de Jean d'Oulre- 
meuse 161 

Rapport de M. le baron Kervyn sur les chroniques relatives aux ducs 
de Bourgogne 'b- 

Observations du même membre sur l'utilité d'insérer au Bulletin des 
pièces historiques conservées dans les bibliothèques étrangères. 163 

État de l'impression du cartulaire de Saint-Trond ; désir exprimé par 
M. Piot; résolution de la Commission. ib. 

Communications. — Notice sur la Coleccion de documentos inédilos 
para la historia de Espaiia qui se publie à Madrid. (Par M. Ga- 
chard, membre de la Commission.) 165 



Séance du 11 janvier ISd!). 

Correspondance. — Dépêche de M. le Ministre de rinlérieur deniaii ^ 
dant l'avis de la Commission sur une requête de M. Emile Varen- 

bergh i211 

Envoi , par M. Van Schoor , de cartes d'entrée à la tribune du Sénat. 21^ 

Envoi, par le Comité d'histoire nationale, à Turin, du tome XII des 

Monumenta fiisloriœ patriœ th. 

Fonds des Chroniques. — Étal de situation au 31 décembre 1868. ib. 

Collection des Chroniques et des Cartulaires. — Déiiôt sur le 

bureau de la première partie du Cartulaire de Canibioii. . • ib- 

Ordre adopté pour les travaux de la Omimission en ISGii. . . . 215 



( 428 ) 

l'ages. 

Noie de M. Boigiict toucliaul des ditlicullés (jui se piéseiiteiil au 
sujet du livre H de la Chronique de Jean d'Oulrenieuse. . . . ^lô 

Résolution de la Cumniission à ee sujet iîl8 

Détails relatifs à l'histoire de Flandre trouvés par M le baron Kervyn 
dans un manuscrit de la Bibliothèque de Berne ib. 

CoMMUMc.vTiONs. — I. La Bibliothèque des princes Chigi, à Rome. 
(Par M. Gachaiîd.) ^21it 

II. Relation du mariage du duc Charles de Bourgogne et de Mar- 
guerite d'York. (Communi(iuée par M. le baron Kervyn, d'après 

un MS. du BriUsli Muséum.) 2-4o 

III. Analectes hisloritiues : (|uatorzième série. (Par M. Gach.vrd.). 267 



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